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Matrice 2.8.1. Les 7 graphies de l'heptagraphie
Après avoir vu les spécificités de chaque graphie nous abordons maintenant ce qu'elles ont en commun à savoir une "méthode du discours positif".
Ce n'est pas un secret que dans les dites sciences humaines et sociales une des missions impossibles est de définir les caractéristiques du discours qui doit y être produit.
A la lecture très attentive de la table des matières très détaillée de l'ouvrage "Méthode des sciences sociales" (Grawitz, 1993, p. 5). on découvre que l'ouvrage traite de "tout" sauf de la production de discours.
Pourtant, quelle est l'activité principale du chercheur ? En amont, lire le discours d'autrui avec un regard critique. Pendant disons sa recherche doctorale produire du discours pour échanger avec ses pairs et ses accompagnateurs. Après, produire un mémoire de thèse. En parallèle et en aval, produire des publications.
S'il était poëte il aurait sur son bureau une pile d'arts poétiques d'Horace à Queneau en passant par Boileau.
S'il était romancier il aurait une pile avec entre autre Stevenson, Eco, Kundera, Girard, Irving, Butor.
Mais il est auteur en sciences de l'information et de la communication ...
Étudier le discours peut être le fait de différentes disciplines. Mais tout se passe comme si l'on ne pouvait étudier le discours des politiques, le discours des éducateurs, le discours des militaires mais pas le discours des chercheurs. Ce qui n'est pas étonnant du tout.
Il est concevable qu'un chercheur étudie les pratiques discursives d'un "laïc". Parmi les "laïcs" quelques littérateurs ont décrit des chercheurs. C'est par exemple un chercheur qui flirt avec la folie comme le Docteur Jeckill de Robert Louis Stevenson (1886). C'est aussi un chercheur vu comme un "saint" tel le bon docteur Schweitzer de Gilbert Cesbron (1952).
Il arrive cependant qu'un directeur de laboratoire - Jonas Salk en Californie - accepte qu'un anthropologue "mette son nez dans ses affaires". (Latour, 1979)
Il en résulte tout un courant de recherches qui montre la "vraie vie" des scientifiques et la simultanéité de la production de discours et de la production de faits scientifiques.
Sans aller "fouiner" dans les laboratoires, et toujours dans les années 70, un certain nombre de chercheurs se sont mis à analyser le discours des chercheurs dans les publications, thèses, etc..
Ils ont découvert les métaphores utilisées pour dire les choses cachées, subtiles, etc. que dévoile le chercheur. Voir l'article Métaphore de WikiPédia. http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9taphore et ici le chapitre "logo-sémiographie.
Tout doucement est donc en train de se construire l'ensemble de savoirs nécessaires pour décrire une méthode du discours positif du chercheur.
Le présent texte tente de réunir suffisamment d'éléments pour esquisser la méthode du discours positif qui serait l'idéal pour l'écriture ... du présent texte.
Avec le secret espoir que cela puisse aussi servir à un ou deux jeunes chercheurs.
Au fil de ma quête pour identifier des méthodes de recherche et de discours positif, j'ai rencontré quelques auteurs. Stéphane Lupasco (1987) souligne que c'était parfait d'être aristotélicien à l'époque d'Aristote et peut-être aussi à la Renaissance mais que dans l'hypermodernité ce n'est peut-être plus idoine. Edgar Morin ne jette pas les principes de René Descartes mais les complète pour permettre le travail sur les systèmes, sur la complexité (1982, p.183). On reconnaît à Thomas Hobbes (1651) des qualités mais l'application excessive de ses principes peut être à la longue contre-productive. Et ainsi de suite pour Hegel, le discours sur la science moderne, le romantisme, etc..
Il s'agit donc d'abord de dire : "toutes ces approches ont eu leurs richesses dans leur temps, peut-être peut-on encore en tirer profit dans certains espaces mais dans le présent travail où il est question de système complexe, elles n'ont vraiment pas leur place."
Lorsque d'aventure un universitaire "hexagonal" découvre la sémantique générale d'Alfred Korsybski (1998), il est bien embarrassé.
D'abord l'auteur revendique une scientificité "pure et dure". Ensuite son approche est multidimensionnelle. On peut la schématiser de manière très "simplifiée".
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Matrice 2.8.2 : Les champs de la sémantique générale.
Cette matrice rend compte de la possibilité de penser et d'écrire, par exemple : "Le français - axe : langue - comporte un certain vocabulaire pour dire les rituels - axe : agir - de la famille nucléaire - axe : 2,3,4.
Ou encore : "L'écriture scientifique - axe : discours - permet de dire les représentations - axe : pensée - dans une équipe sportive - axe : groupe.
On a donc 6 x 2 x 2 = 24 espaces qui sont habituellement étudiés par des disciplines "officiellement" disjointes. L'effet de la langue sur la pensée de l'individu, c'est peut-être de la psycho-linguistique. Une institution qui produit-agit du discours cela peut être un objet des sciences de l'information et de la communication. Une société qui pense dans le format des discours produits, cela peut être de la socio-politique. Étudier la mimésis des pensées et leur rapport avec la mimésis des discours, cela peut aller de l'anthropologie à la psycho-pathologie.
Et pourtant Alfred Korsybski voit cela comme un même ensemble où l'on ne peut comprendre les choses qu'en considérant le système à ses différentes échelles, etc..
C'est donc le premier "pêché" de la sémantique générale vis-à-vis de l'académie : traverser les frontières entre disciplines.
Ensuite c'est à la fois un savoir scientifique sur l'homme ET une méthode pour le mieux être de l'homme. Comme si les linguistes Lakoff et Johnson disaient "si les hommes se mettent à être mieux conscients de leur pensée métaphorique ils auront moins de souffrance dans leur relation à eux mêmes et aux autres". Mais ces auteurs sont plus "prudents" qu'Alfred Korzybski : "Collaborer à ce livre nous a donné l'occasion d'explorer nos idées non seulement en discutant entre nous mais également avec des centaines de gens - étudiants et collègues, amis, parents, connaissances, et même inconnus rencontrés à la terrasse d'un café. Et, après avoir développé toutes les conséquences de nos thèses, dans les domaines de la philosophie et de la linguistique, ce qui nous frappe le plus, ce sont les métaphores elles mêmes et les connaissances qu'elles nous ont apportées sur nos propres expériences quotidiennes. Nous éprouvons encore le même émerveillement quand nous observons que ce qui nous fait tous vivre, ce sont des métaphores comme le temps c'est de l'argent, l'amour est un voyage et les problèmes sont des puzzles. Nous ne cessons de penser qu'il faut que nous nous rendions compte que la façon dont nous avons appris à percevoir notre monde n'est pas la seule possible et qu'on peut voir au delà de ces "vérités" de notre culture.
Mais les métaphores ne sont pas seulement des limites qu'il faut dépasser. Car on ne peut parvenir à les dépasser qu'en employant d'autres métaphore. C'est comme si la capacité de comprendre l'expérience à travers la métaphore était un sens, comme la vue, le toucher ou l'ouïe, ce qui voudrait dire qu'on ne perçoit le monde et qu'on n'en fait l'expérience qu'à travers des métaphores. La métaphore joue un rôle aussi important que le toucher, et elle est aussi précieuse." (Lakoff, 1980, Postface p. 251).
J'invite le lecteur à relire la citation ci-dessus après avoir pris connaissance de la manière selon laquelle Alfred Korsybski parle du problème : "Chacun de nous n'a qu'un moyen pour organiser sa pensée, la métaphore. Si son ensemble métaphorique est désorganisé, il va en résulter une confusion mentale et de la souffrance. En parallèle, le sujet va devoir rencontrer l'autre qui exprime l'essentiel de ce qu'il a à dire par la métaphore. Imaginons un couple où chacun est dans son jeu de métaphores sans jamais en prendre conscience, sans pouvoir ajuster son discours au discours de l'autre : dialogue de sourds, privation d'échanges vitaux, potentiellement, folie à deux. Mais, si le couple rencontre un "thérapeute de la relation métaphorique", le dialogue peut se renouer où chaque partenaire du couple trouver un autre conjoint où l'échange des métaphores est possible." J'ai imaginé ce discours en croisant les modèles de Lakoff et de Korsybski.
Que se passe-t-il lorsque l'on relit le texte de Lakoff et Johnson ? On réalise que leur propos est - in fine - tout aussi radical que celui de Korsybski. Certes, ils n'emploient pas les mots qui font peur de "folie" et de "thérapie" mais ils disent "c'est comme le toucher". Et l'on sait qu'un enfant privé de toucher meurt. Ils disent "C'est comme la vue" et l'on repense à la "belle vie" des non-voyants.
Du fait que la sémantique générale est aussi une approche pour diminuer la souffrance de l'homme, celui qui y est sensibilisé se trouve donc dans la situation de "devoir d'assistance à personne en danger". Il y a donc un prosélytisme "par devoir". Cela encore gène l'académie.
Si c'est Jonas Salk qui parle avec enthousiasme de son vaccin, personne n'y trouve à redire - sauf quelques esprits qui s'inquiètent de ce que peut devenir un petit d'homme que l'on bombarde de multiple vaccins.(le travail de Salk est étudié in Latour, 1979).
Si c'est un "disciple" d'Alfred Korzybski qui s'enthousiasme pour une approche sans effets secondaires qui peut diminuer la souffrance, les sourcils se haussent : "cela sent la secte !" Je ne traiterai ici du travail Alfred Korzybski que dans la mesure où il peut aider à produire du discours positif. En particulier parce que je n'ai pas la qualification pour évaluer la qualité de telle ou telle partie de ce travail en dehors de mon champ. Mon approche est donc très ciblée. Il s'agit de sélectionner des concepts qui me sont utiles pour la production de discours positif.
Un dernier reproche qui peut être fait est celui de ne pas assez relier les travaux d'Alfred Korzybski avec ceux des chercheurs dont il s'est inspiré. Je n'ai pas connaissance de texte, en particulier en français, qui traite de cette question très intéressante.
Ma perspective ici est très pragmatique : si tel élément peut aider alors je l'adopte. Le développement d'un savoir exhaustif sur les sources, etc. est un autre travail.
Il ne s'agit pas non plus de revendiquer comme originale chaque proposition faite. L'intérêt de la sémantique générale est qu'y sont réunies des approches antérieurement éparses dans un ensemble didactique et anthropogogique. http://fr.wikipedia.org/wiki/Anthropogogie
Par contre, chaque fois que je peux illustrer une proposition d'Alfred Korzybski par des travaux postérieurs, je le fais.
Méthode 1 Considérer la phrase comme une carte.
Le premier concept que je sélectionne dans les propositions d'Alfred Korzybski est la métaphore : "une phrase, un texte est comme une carte qui représente un territoire". Avec les conséquences de la métaphore : (i) la phrase sélectionne (ii) la phrase dit dans un système symbolique ce qui est dans le réel (iii) le lecteur de la phrase imagine un réel notablement différent du réel qui a servi à construire la phrase.
Méthode 1a. Être attentif aux sélections faites en qualifiant un objet.
Comme exemple, Lakoff et Johnson proposent quatre phrases : "(i) j'ai invité une blonde pulpeuse à notre soirée (ii) j'ai invité une violoncelliste renommée à notre soirée (iii) j'ai invité une marxiste à notre soirée (iv) j'ai invité une lesbienne à notre soirée." (Lakoff, 1980, p. 173) "Bien que toutes ces descriptions puissent désigner la même personne, chaque description met en valeur un aspect différent de sa personnalité. [...] En faisant une assertion, nous choisissons nos catégories, car nous avons des raisons de nous concentrer sur certaines propriétés et d'en minimiser d'autres. Toute assertion vraie exclut donc ce qui est minimisé ou masqué par les catégories mises en uvres." (Op. cit. p. 173).
Le paradoxe de tout discours est donc que, d'une certaine manière, plus il en dit, plus il masque. Si je dis "c'est une maison construite en terre-argile crue", je focalise l'attention du lecteur sur cette qualité ce qui met en arrière plan d'autres qualités qui avaient une latence - une possibilité d'être évoquées par le lecteur - plus grande tant que j'avais seulement dit "c'est une maison".
C'est comme une carte simplifiée qui laisse toute possibilité d'imaginer le territoire. Par contre, la carte au 20 millième dite "d'état major" laisse beaucoup moins de place à l'imagination : chaque maison, chaque calvaire, chaque pilône est représenté.
Par exemple, dans un colloque scientifique, si un orateur dit des choses "relativement" banales et partagées il ne mettra pas en second plan autant de choses qu'un orateur qui présentera avec enthousiasme le point de vue disons de Peter Sloterdijk. Cet orateur "enthousiaste" s'entendra dire, dès qu'il aura terminé son intervention "mais vous n'avez pas parlé du point de vue de Jürgen Habermas" par exemple.
Méthode 1b. Vérifier le sens attribué à la phrase, au texte.
Sachant que ma carte-phrase peut être interprétée de diverses manières, je dois procéder à des tests pour savoir comment est reçue ma phrase, mon texte. C'est par exemple dans cette dernière perspective que j'ai, dès la première année de recherche doctorale, fait des publications : les feed-backs ont permis (i) de maintenir ce qui faisait sens (ii) d'enrichir ce qui amenait dans de fausses directions. Inconvénient de la démarche : la thèse de doctorat comporte plus d'explications sur le mode de fabrication du discours que de discours.
C'est également pour cette raison que j'ai créé des articles sur WikiPédia. Mais cela ne résout pas tous les problèmes.
Deux "solutions" pour limiter les "effets de carte".
Méthode 2. Donner le plus de points de vue différents sur le même réel afin de limiter les distorsions.
Si le voyageur a une carte "de jour", une carte infrarouge et une carte "de nuit" les possibilités de fausse piste diminuent.
Méthode 3. Chaque fois que c'est possible, montrer des images du réel ou des images homothétiques du réel pour compléter les mots.
Je suis toujours surpris d'une part par les pages de discours sans schéma. Par exemple, Michel Foucault (1966, p. 358) ou Jean-Baptiste Perret (2004, p. 126). décrivent avec du texte seul des trièdres.
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Trièdre 2.8.1 : Les entrelacements des disciplines in Michel Foucault (1966, p. 358).
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Trièdre 2.8.2. : Les "pôles" traités par les Sic in Jean-Baptiste Perret (2004, p. 126).
Je suis d'autre part agréablement surpris - du fait de leur rareté - par les discours avec schémas et images.
En particulier au niveau des "interdisciplines" qui se veulent à la fois littéraires ET scientifiques, l'emploi des deux systèmes de symbolisation me parait être un minimum.
Méthode 4. Vivre "chaud" pour penser" froid".
Le second concept d'Alfred Korzybski est également souligné par toute une famille d'auteurs. Peter Sloterdijk et Éric Alliez titrent ainsi un article "Vivre chaud et penser froid" (Sloterdijk, 2000). Je souligne cela dans un article consacré à l'écriture de Peter Sloterdijk "du vivre chaud à l'écrire vrai". http://www.hypermoderne.com/sloterdijk_ecriture.htm
Le chercheur qui a l'homme pour objet doit prendre le temps de "se frotter à l'homme et à lui-même en tant qu'homme" avant de produire du discours. Par contre, ce discours risque d'être plus dérangeant qu'un discours "loin de l'homme".
| Remarque : Comme dit plus haut, nous sommes ici à un niveau pragmatique. Les méthodes proposées par les auteurs sont décrites mais il n'y a aucune intention d'apporter la preuve de leur efficacité. |
Méthode 5. Articuler biographie et discours positif.
Le troisième concept proposé par Alfred Korsybski est le fait que l'être humain modifie son regard en fonction de son expérience antérieure. Du côté des sensations c'est la "madeleine de Proust", du côté cognitif c'est par exemple le fait que depuis que j'ai restauré une maison je ne vois plus une construction architecturale avec les "mêmes yeux". D'où la proposition de Michel Onfray de mêler autobiographie et discours positif (Onfray, 1997). En effet (i) si c'est la biographie qui fait le regard (ii) si le chercheur doit dire à son lecteur de quel point de vue il parle (iii) alors le chercheur doit dire sa biographie dans le sens d'une explicitation du point d'où il parle.
Par ailleurs, Gérard Abreu comme bien d'autres chercheurs observe que "l'objet de Recherche est un aveu autobiographique". Le lecteur a donc tout intérêt à ce que l'auteur se consacre quelque peu à la question de son mémoire de thèse comme "échappée de l'inconscient".
Méthode 6. Être attentif aux allant de soi du langage ; choisir avec la plus grande précaution les métaphores utilisées.
Le quatrième concept est l'attention à porter aux "allant de soi" qui sous-tendent l'usage quotidien ou soutenu du langage.
La citation de Lakoff et Johnson au début du présent texte décrit en condensé leur travail sur les systèmes métaphoriques de la langue anglaise et leur correspondant dans la langue française. Nous sommes "cernés" de systèmes métaphoriques qui correspondent à une vision du monde possible mais peut-être très limitante.
Par exemple, si je relis le texte ci-dessus qui suit "méthode 5" dans cette perspective, je suis frappé par la présence de la métaphore "le regard du chercheur". Le fait que ce que fait le chercheur vis à vis de son objet puisse être comparé à un "regard" est contesté en particulier par Bruno Latour. Soit j'en prends conscience mais je maintiens l'usage de cette métaphore habituelle en avisant le lecteur des limites de la métaphore. Soit je supprime cette métaphore de mon discours.
Méthode 7. Être attentif aux multiples usages du verbe être.
Le cinquième concept est l'attention aux quatre utilisations du verbe être (i) être-au-monde : "je suis" (ii) auxiliaire : "je suis allé" (iii) relation avec une classe : "je suis un homme" (iv) relation avec un qualificatif : "il est vert de trouille". Dans la phrase : "je suis celui qui est allé vers - celui qui est - l'homme - qui est - vert de trouille." le verbe être a les quatre utilisations. Il s'agit d'être suffisamment conscient des implications des classes, des qualités, que nous attribuons.
Au delà de ces cinq concepts, je retiens parmi les propositions d'Alfred Korsybski la méthode dite d'"extension du langage". Il s'agit, face aux limites du langage dit aristotélicien d'adopter des pratiques de précision, etc..
Méthode 8. Rechercher les traits similaires dans des objets nommés comme différents.
C'est ainsi que des courants philosophiques "opposés" peuvent ne pas contester les bases aristotélicienne, cartésienne, hégélienne, moderne et ainsi avoir un socle commun plus important que ce qui les différencie.
Méthode 9. Rechercher des traits différents dans des objets nommés comme similaires.
Le problème est trivial. Par exemple si j'écris sur le style Empire, le terme de "table de style Empire" ne fait pas particulièrement problème. Par contre, si j'écris sur les tables au XIXe siècle, le terme de "table" va devenir trop vague et il va falloir préciser "table de bridge", "table de toilette", etc..
Le traits différents peuvent être trouvés par une étude statistique.
Supposons que j'interroge mille internautes sur leur temps hebdomadaire de connexion. Il y a des chances que j'obtienne une courbe de Gauss plus ou moins "pointue" - voir ci-dessous. A gauche j'aurais la nouvelle catégorie des "faibles utilisateurs" rares, au centre celle des "utilisateurs moyens" nombreux, à droite celle des "addicts", des "accros" rares.
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Courbe 2.8.1. : Courbe de Gauss in http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_normale voir aussi Grawitz (1993, p. 783).
Derrière l'étiquette "unique" "internaute" j'ai donc déjà trois traits donc trois groupes différents.
Très souvent, même dans un discours positif, j'utilise une "étiquette unique" alors que derrière cette étiquette je sais, qu'il y a des traits différents.
Selon l'objectif du discours - parler du mobilier ou parler des tables, parler de tous les internautes ou parler d'une catégorie - ma formulation va être différente.
Prenons un autre exemple.
| Formulation complète "idéale" | Formulation simplifiée en fonction du "gros" de la population |
|---|---|
| "les adolescents vivent une période de recherche d'identité un peu perturbée sauf ceux qui ne sont pas perturbés et ceux qui sont très perturbés". | "les adolescents vivent une période de recherche d'identité un peu perturbée". |
| "les êtres humains de sexe masculin vivent une période d'andropause où leurs points d'attention évoluent sauf ceux dont les points d'attention n'évoluent pas". | "les hommes vivent une période d'andropause où leurs points d'attention évoluent". |
| "les doctorants d'une discipline multiple ont une maîtrise moyenne de l'orthographe sauf ceux qui ont une très mauvaise maîtrise et quelques uns qui sont excellents." | "les doctorants d'une discipline multiple ont une maîtrise moyenne de l'orthographe". |
Tableau 2.8.1 : Formulation "idéale" et formulation simplifiée.
C'est pour cela d'ailleurs qu'un chercheur expose en début d'ouvrage sa "méthode du discours" afin de ne pas avoir à redire cent fois "je considère ici la partie médiane de la courbe de Gauss."
Méthode 10. Ne pas ramener trop vite un comportement nouveau à une catégorie ancienne.
Par exemple, la légende du temps cyclique n'est pas totalement fausse. Il y a des mouvements pendulaires entre le conservatisme et le progressisme. Mais le pendule ne revient jamais à la même place. Il y a un bon exemple dans les reprises de tubes des années 60-70 : c'est la même chose mais pas pareil. Entendre, par exemple, California Dreaming. http://www.queenlatifahmusic.com/
Méthode 11. Ne pas créer trop vite une catégorie nouvelle.
Il y a le principe général d'Ockham de ne pas multiplier les "êtres". Et puis il y a, par exemple, la nécessité d'avoir un vocabulaire cohérent.
"Le fameux "rasoir d'Ockham" est un principe d'économie selon lequel "il ne faut pas multiplier les êtres sans nécessité". Ainsi, pour expliquer un phénomène qui se manifeste à notre expérience, on doit s'efforcer d'en trouver la ou les causes dans d'autres phénomènes que nous connaissons déjà et on n'aura recours à des principes échappant à notre expérience (les essences mais aussi la volonté divine ou le miracle) que si toute autre explication fait défaut." (Kouadio, 2005, p.3).
Par exemple, dans la présente recherche, il a été délicat de créer les noms des "graphies". Si l'on crée un mot totalement nouveau comme "guipographie" il y a risque qu'un mot existant dise déjà des choses proches". Lorsqu'on emploie un mot déjà existant comme "sémiographie" il y a le risque que les sens soit trop divergents selon les contextes.
Méthode 12. Indexer les objets appartenant à une même classe.
Exemple : Participant 1 du groupe collaboratif, participant 2, 3, etc..
Méthode 13. Employer un "etc." pour préciser qu'une liste comporte ou peut comporter plus d'éléments que ceux qui sont cités.
Les SHS - sciences humaines et sociales : sociologie, psychologie, etc..
Méthode 14. Préciser le contexte spatial.
Exemple : Jean-Michel - quand il est au hamman - est un jeune homme décontracté. Jean-Michel - quand il négocie un contrat - est un professionnel contracté.
Méthode 15. Préciser le contexte temporel.
Exemple : Paul - avant son mariage - était un grand séducteur.
Méthode 16. Dessiner des matrices pour rendre compte des valeurs spatiales et temporelles.
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Matrice 2.8.3. Classification des comportements des acteurs selon les lieux et les temps.
Ce qui permet de classer les phrases-exemples des points 14 et 15.
Méthode 17. Mettre entre guillemets un terme ou une expression dont le sens peut être compris de diverses manières.
Par exemple on a vu plus haut la phrase : "Il est concevable que les chercheurs étudient les "laïcs" beaucoup plus qu'ils n'étudient les chercheurs." Le terme "laïc" le plus couramment opposé à "religieux" est ici opposé à "savant". On a vu également la "Formulation "idéale" d'une qualité".
Méthode 18. Préciser le système théorique, métaphysique, etc. dans lequel s'insère le discours. Indiquer le niveau d'où l'on parle.
Exemple 1 : "La langue dans les blogs" : le mot "langue" veut dire "la langue parlée dans un temps et dans un lieu", elle est considérée "praxéologiquement". Voir définition WikiPédia de "praxéologie" : http://fr.wikipedia.org/wiki/Praxéologie
Exemple 2 : "La langue française évolue" le mot "langue" est beaucoup plus générique que précédemment, elle est considérée "linguistiquement".
Méthode 19. Utiliser le tiret pour signifier la dualité, etc. de deux termes.
Exemples : Recherche-action, logo-sémiographie.
Méthode 20. Être attentif au fait que le langage sert à parler du langage.
Le présent texte est un discours sur le discours. Il faudrait théoriquement un discours sur le discours sur le discours à l'infini pour lever toutes les obscurités mais l'on tournerait vite en rond.
Méthode 21. Être conscient que la définition du dictionnaire, de l'encyclopédie, est trop générale, qu'il faut redéfinir dans un contexte, à une époque, à un niveau d'abstraction.
Par exemple dans le présent travail le lexique est "installé" sur l'encyclopédie libre WikiPédia pour tous les termes spécifiques comme "praxéologie" ci-dessus. Lorsqu'un terme a plusieurs sens dans WikiPédia, le sens utilisé en "local" est précisé.
Une des manières de dire "Votre approche ne convient pas, je la conteste" est de dire "Mon approche est cartésienne !"
Si l'on observe cette phrase à la lumière des méthodes 14 et 15 ci-dessus, on se pose la question : "Le Descartes de quel texte, en quelle année, dans quelles contexte discursif ?"
Bien sûr, on ne pose pas cette question à "l'adversaire" car ce dernier est en situation d'employer ce que l'on nomme un "argument d'autorité" http://fr.wikipedia.org/wiki/Argument_d'autorité à la place d'une proposition précise de voir les choses d'une autre manière.
Lorsque l'on décrit une approche non-cartésienne, pour ne pas tomber dans le même travers, il faut donc préciser ce que c'est précisément qu'être non-cartésien.
Être non-cartésien, c'est accepter les bienfaits des quatre principes de la méthode de Descartes pour certains types de recherche mais aussi faire autrement dans d'autres situations.
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Oeuvre 2.8.1. L'original des quatres principes de la méthode de Descartes.
| J'aurais assez des quatre suivants, pourvu que je prisse
une ferme et constante résolution de ne manquer pas une seule fois
à les observer...
Le premier estoit de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle : c'est à dire, d'éviter soigneusement la Précipitation et la Prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements, que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute. Le second de diviser chacune des difficultés que j'examinerais, en autant de parcelles qu'il se pourrait, et qu'il serait requis pour mieux les résoudre. Le troisième de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu, comme par degrés, jusqu'à la connaissance des plus composés, et supposant même de l'ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres. Et le dernier de faire partout des dénombrements si entiers, et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre. René Descartes ( |
Oeuvre 2.8.2. Transcription des quatre principes.
| Le principe 1 A "au pied de la lettre" |
|---|
| Être critique vis à vis des idées reçues. |
| Le principe 1 A et le travail sur la complexité |
| L'étude hypermoderne d'un objet complexe n'a, le plus couramment, pas d'antécédent de même nature. |
Tableau 2.8.1. La première partie du premier principe de la méthode de Descartes.
Méthode 22. Être conscient qu'au niveau de l'ensemble les "idées" seront construites. Au niveau des sous-ensembles et au niveau du discours lui même, être attentif aux allant de soi.
| Le principe 1 B "au pied de la lettre" |
|---|
| Il existe dans la pensée du chercheur une capacité de "doute" qui permet de distinguer entre une "chose vraie" et une chose fausse. |
| Le principe 1 B et le travail sur la complexité |
| Tenter de développer une méthode critique plutôt que de faire confiance en la capacité des jugements à se présenter de manière claire. |
Tableau 2.8.2. La seconde partie du premier principe de la méthode de Descartes.
Méthode 23. Par rapport aux idées que l'on a sur l'objet de recherche, se mettre en méta position pour critiquer le système du discours.
| Le principe 2 "au pied de la lettre" |
|---|
| Il est possible de diviser un objet de recherche en sous-objets. L'étude des sous-objets informe sur l'objet total. |
| Le principe 2 et le travail sur la complexité |
| Il s'agit d'arriver à passer du non-explicité à l'explicité par l'approche multi-insulaire. Donc de développer des îlots de discours positif. (Voir le chapitre sur l'approche multi-insulaire) |
Tableau 2.8.3. Le second principe de la méthode de Descartes.
Méthode 25. Lorsqu'il n'est pas pertinent de diviser l'objet de recherche, diviser le discours en produisant des îlots de discours via les référentiels idoines.
| Le principe 3 "au pied de la lettre" |
|---|
| Il est plus facile de connaître les objets simples que les objets composés. On peut faire des inférences depuis le simple vers le composé. |
| Le principe et le travail sur la complexité |
|
Exemple : connaître l'assimilation des acides aminés par la cellule peut servir à déterminer le type d'aliments idoines pour un régime alimentaire de bonne santé. Pourtant, certains "spécialistes" proposent de manger de la viande et d'autres des acides aminés (composite céréale + légumineuse) (de Rosnay, 1980, p. 72). |
Tableau 2.8.4. Le troisième principe de la méthode de Descartes.
Voyons un exemple où l'élément "simple" n'est pas déterminant dans la dynamique du "composé".
Une expérience "célèbre" a consisté à "mélanger" des élèves de la manière suivante.
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Tableau 2.8.5. : Trois classes, état 1.
Soient trois classes "normales" d'une école primaire. L'année suivante on constitue trois classes, une des meilleurs, une des moyens et une des "en échec".
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Tableau 2.8.5. Trois classes, état 2.
On laisse se passer une année. Et la classe A ressemble "étrangement" une classe de type 1-3. Idem pour les classes B et C.
On découvre ainsi qu'une classe est "comme une horde primitive" avec ses dominants et ses dominés, son leader, son éminence grise et son bouc émissaire. Le niveau d'apprentissage ne venant que comme une "couche supplémentaire" pour les élèves "du haut".
Par rapport au principe de Descartes, on voit que l'élément simple "élève" ne laisse pas préjuger de l'élément composé "classe".
On retrouve également les méthodes 14 et 15 "préciser les éléments spatial et temporel". En effet Pierre indice année 1 classe 2 est un élève en échec tandis que Pierre indice année 2 classe C est un bon élève.
Méthode 26. Être conscient des ruptures qui peuvent exister entre le niveau du simple et le niveau du composé.
| Le principe 4 "au pied de la lettre" |
|---|
| Il est possible de passer en revue sans rien omettre. |
| Le principe et le travail sur la complexité |
| Le risque d'omettre est dans le parti pris en amont de l'étude de tout objet complexe. |
Tableau 2.8.6. Le quatrième principe de la méthode de Descartes.
Méthode 27. Prendre le risque d'omettre quand l'approche est complexe.
Il y a des choses tout à fait passionnantes dans le Discours de la méthode. Par exemple, le début peut être tout à fait "inspirant" pour un travail de recherche.
Je l'ai développé, soulignant en particulier combien l'hypermodernité a besoin d'une méthode du discours alors que le chercheur de 1637 avait besoin en première instance d'un discours de la méthode : http://atoutsic.ouvaton.org/edito2.htm
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Oeuvre 2.8.3. Entête du Discours de la Méthode Leyde 1737.
Comme l'indique la couverture, l'objet de la méthode est la raison appliquée à l'optique et à la géométrie. Vouloir étendre cette méthode à un champ de plus en plus large, en particulier aux dites sciences humaines a amené des pratiques scientifiques centrées sur la méthode et oublieuses des spécificités de l'objet - que ce soit l'homme et plus généralement tout processus complexe, etc..
Viser à produire un discours positif non-cartésien n'est donc en aucune manière un rejet des apports de cet auteur mais une sélection de ce qui convient bien à tel objet complexe de recherche.
Méthode 28. Pour chaque type d'objet de recherche telle méthode convient, telle autre est à écarter même et surtout si elle a été excellence ailleurs et/ou dans le passé.
Ce point est en particulier développé dans les travaux de recherche d'Eli Goldratt (1984).
Le "non-hégélien" est défini de diverses manières selon les auteurs. C'est la définition que donne Peter Sloterdijk qui fait sens par rapport à la production de discours positif : "[...] un espace mental où la logique de la réconciliation par la synthèse finale n'opérait plus. Pour qui a été élevé dans la foi hégélienne, dans le Principe Espérance [...] eh bien, lire Foucault, c'est un peu se faire arracher le cur par un prêtre aztèque avec une pointe d'obsidienne." (Sloterdijk, 2000, p.11).
Le prototype du discours non-hégélien c'est donc le texte de l'ouvrage "Les mots et les choses". Le prototype du discours qui tente de montrer que la logique de réconciliation peut foncionner est le monumental "Principe Espérance" d'Ernst Bloch (1959, 1600 pages).
Le symbole, selon Peter Sloterdijk, de cette cohabitation possible de la thèse et de l'antithèse est de leur non conflictualité est le "signe" dit " Ying-Yiang utilisé par le taoïsme. Mais ...
Méthode 29. Être critique vis à vis de la pertinence d'un grand symbole pour illustrer tel objet de recherche.
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Méta 2.8.1. : Le symbole taoïste du Ying-ubac-noir et du Yang-adret-blanc.
Les sens des mots ying et yang sont "ubac" - le côté nord de la montagne - et "adret" le côté sud (dans l'hémisphère nord).
Certes, la synthèse du ying et du yang c'est la montagne mais une vraie synthèse ne serait-elle pas plutôt hybridation, mélange ?
Peter Sloterdijk (Op.cit. p. 1) souligne qu'à partir de deux idées "diamétralement opposées" la politique va chercher à produire du consensus - à quel prix.
Le philosophe, lui, n'a pas la nécessité de trouver le consensus, il n'a pas d'action concrète sur un environnement déjà là avec des intérêts d'acteurs.
Représenter la thèse et l'antithèse par le symbole du ying et du yang amène le lecteur vers une "fausse piste" ; le symbole n'a le pouvoir de représenter ni l'hybridation ni le consensus et encore moins le maintien de la tension ou la victoire d'une thèse sur l'autre.
C'est justement cet idéal et cette vision d'un équilibre possible entre deux pôles de l'homme que Peter Sloterdijk pense infécond lorsqu'il dit : "un espace mental où la logique de la réconciliation par la synthèse finale n'opérait plus". D'où le point suivant de la méthode.
Méthode 30. Être critique vis à vis des approches qui proposent un "happy end", une réconciliation des idées au bout du processus de discours.
Il n'est pas besoin à un lecteur d'avoir étudié de manière très précise la dynamique de l'être humain telle que comprise en particulier par la psychanalyse pour voir ce qui se cache derrière la synthèse réconciliatrice hégélienne. Ce qu'Hegel et ses disciples ne supportent pas c'est que puisse exister et continuer à exister ad infinitum la tension entre le scénario ying-maternel et le scénario yang-paternel. Entre le scénario du désir, de l'envie avec espérance d'une satisfaction possible et la "castration à l'obsidienne" de la loi-du-père. (Être non-hégélien c'est vivre avec cette tension jamais résolue entre le "oui !" maternel et le "non !" paternel et leurs représentations sociales particulièrement aiguës à l'ère hypermoderne d'une multitude de propositions hédonistes et de la dure réalité de la limitation des ressources).
Mais revenons au discours positif non-hégélien qui consiste à maintenir les tensions qui apparaissent entre les parties du discours au fil de sa fabrication.
Jacques Ardoino (1988) le souligne à propos de la multiréférentialité.
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Matrice 2.8.4. : Regarder une dimension de l'objet de recherche via quatre référentiel.
Lorsque le chercheur produit un discours à l'aide d'un référentiel puis un second discours à l'aide d'un second référentiel il ne doit pas forcer les choses, faire que les deux discours ne soient pas contradictoires entre eux.
C'est là le cur de la pratique non-hégélienne du discours positif.
Méthode 31. Maintenir la tension entre les îlots discursifs.
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Axe temporel 2.8.1. : Alternance de purification et d'hybridation.
Si l'on observe la vie d'une discipline "postmoderne" comme l'info com on voit l'alternance des périodes. A telle époque, par exemple la création des Sic, l'hybridation est à son maximum. Il y a un besoin social "porteur" - de mieux comprendre les enjeux, de disposer de "recettes" pour le "bien communiquer", etc. qui nécessite le développement d'une nouvelle discipline qui se constitue à partir de chercheurs d'origines multiples.
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Guipe 2.8.1. : Hybridation à la naissance d'une discipline.
Sources : Robert Escarpit avec Jean Devèze et Anne-Marie Laulan (1992) et Jean Meyriat avec Jean Devèze (1994).
A l'époque suivante, tel chercheur n'aura pas trouvé sa place dans la communauté, tel concept ne s'avèrera pas vraiment productif. Il y aura donc purification. Et ainsi de suite.
Bruno Latour (2004) étudie les trois épistémè qui précèdent l'épistémè actuel.
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Axe temporel 2.8.2. : La séquence des épistémès.
"je voudrais proposer quelques pistes de réflexion sur la fin de ce que j'appelle "la parenthèse moderniste". En effet, du point de vue qui est le mien, celui de l'histoire ou plutôt de l'anthropologie des sciences, il s'agit bien d'une parenthèse. Mais pour en saisir l'ouverture aussi bien que la fermeture, il faut suivre en parallèle, ce qui n'est pas très habituel, l'histoire des sciences aussi bien que l'histoire de l'art. Non pas, comme je vais le montrer, parce que nous serions devenus postmodernes, mais parce que, d'après moi, "nous n'avons jamais été modernes". " (Latour, 2004, p. 1).
Bruno Latour va nous faire découvrir les caractéristiques du modernisme et ses relations avec la purification et l'hybridation.
"La périodisation usuelle, toujours critiquée et toujours néanmoins reprise, impose une flèche du temps qui définit trois époques successives - prémoderne, moderne, postmoderne - qui restent relativement stables même si personne n'est évidemment d'accord sur les dates approximatives de ces transformations. La question que je veux poser ce soir est la suivante : que se passe-t-il si nous supposons que nous n'avons jamais été modernes, que l'aventure a toujours mené vers de tout autres chemins ?" (Op. cit. p.1).
Ce que nous a dit le modernisme sur lui-même - et nous avons cru que nous devions nous orienter vers cet idéal - ce discours sur les devoirs du chercheur n'aurait-il jamais été appliqué, n'avons nous jamais été modernes ?
"L'ambiguïté qui m'intéresse provient d'un tiraillement autrement plus profond entre ce que le modernisme dit de lui-même depuis l'ouverture de la parenthèse et ce qu'il fait - tiraillement auquel nous sommes devenus sensibles justement depuis la clôture de la parenthèse et qui, auparavant, ne faisait que troubler sans que nous parvenions à saisir l'origine de ce trouble. Oui, il faut bien l'admettre, les Indiens ont raison : "Les Blancs ont la langue fourchue". Ils font toujours très exactement le contraire de ce qu'ils disent. Quand ils affirment purifier, ils mélangent. Et la question qui se pose donc à tous ceux qui sont saisis par l'idée moderne, c'est de savoir à qui se fier et qui croire." (Op. cit. p.1).
Il y a donc l'injonction des "ayatollah" du modernismes : "purifiez !". Et il y a les pratiques des chercheurs de la modernité : mélanges.
Bruno Latour nous invite à nous "intéresser à la conception que les Européens se sont faite, autour du XVIIe siècle, de l'activité scientifique." à ce que Alfred N. Whitehead nomme "bifurcation de la nature". "Le modernisme s'ouvre quand la nature bifurque ; il se ferme quand cette bifurcation, bien que toujours présente, parait, disons, incongrue." (Op. cit. p. 2).
Des auteurs comme Edgar Morin (1988) ont souligné cette caractéristique du monde moderne : partager, séparer, opposer.
"Le paradoxe de cette bifurcation de la nature qui commence avec l'empirisme anglais qui est explicitée très précisément par Galilée et qui, d'après Whitehead, finit avec William James, c'est que, d'un côté, il y a le monde réel mais sans valeur et connu d'une façon qui n'est pas elle-même susceptible d'être saisie et, de l'autre côté, il y a le monde des valeurs, mais qui a l'inconvénient, le léger inconvénient, d'être sans accroche ou sans ancrage dans la nature des choses." (Latour, 2004, p. 2).
Les modernes sortent de la "confusion des genres" des prémodernes mais, ce faisant, ils créent des problèmes insolubles.
"L'histoire du modernisme d'origine européenne va donc être à la fois l'approfondissement continu de cette bifurcation et, en même temps, la série des efforts, chaque fois plus désespérés, pour la surmonter.[...] lorsque vous définissez la nature, les qualités premières, vous définissez aussi ce que nous avons tous en commun sans avoir à le discuter, ou pour utiliser le terme technique que je préfère, sans avoir à le composer. Le monde commun, ce qui nous rassemble, ce qui nous unit, se trouve déjà assuré par les qualités première. pour le dire d'une phrase : nous sommes assemblés par les qualités première et divisés par les qualités secondes : D'où le cri politique, artistique, moral qui résonne à travers toute l'histoire moderne : "Si seulement nos subjectivités, nos idéologies, nos attaches religieuses n'étaient pas si diverses, eh bien, au fond, nous vivrions tous dans le même monde, celui qui nous est donné par la nature et, surtout, nous tomberions d'accord". Autrement dit, la raison nous unit, la déraison nous sépare."(Op. cit. p. 2).
Le modernisme a connu une sorte de paroxisme avec le romantisme. C'est René Girard (1961) qui souligne que le romantisme a cherché un "nouveau" bouc émissaire aux maux des hommes. "nos subjectivités, nos idéologies, nos attaches religieuses" ont été décrites non comme un produit de l'homme mais comme des vices transmis par la société. Si je mets Paul et Virginie sur une île déserte, ils n'ont plus de problèmes. Les hypermodernes en inventant les Paul et Virginie de la télé réalité nous montrent combien l'homme n'a pas besoin des "mauvaises influences" pour être un loup pour l'homme tout en sachant collaborer pour sa survie et pour la survie de l'espèce.
"[...] ce qui s'invente au cours du XVIIe siècle et ce qui disparaît, tel est du moins mon argument, dans les dernières années du siècle précédent c'est le naturalisme." p. 2 [...] le naturalisme c'est un style. Il y a en quelque sorte une esthétique de l'empirisme [qui] est en train de changer et c'est ce changement que j'ai voulu signaler par ce titre un peu hésitant : "Qu'est-ce qu'un style non moderne ?"(Latour, 2004, p. 2).
Le modernisme est caractérisé par une sorte de fantasme de toute puissance de l'homme. La science moderne est persuadée que grâce au "progrès" tous les maux - microbes, obscurantisme, violence, tsunamis, etc. - vont être vaincus. Le métapheur "vaincre les maux" donne bien l'ambiance de l'époque avec ses chevaliers évangélisateurs de l'Afrique, sa sociologie qui vaincra les causes des troubles sociaux, etc.. Dans cette métaphore, les non-humains - de la nature ou ceux crées par l'homme - ces non-humains n'ont pas la parole.
Bruno Latour et ses collègues proposent que la symétrie soit rétablie entre humains et non-humains. Pour cela le procédé-clé consiste à dire "faisons comme si un non-humain pouvait parler". Comme si les ressources minières pouvaient nous dire : "attention, nous ne sommes pas inépuisables". Comme si la couche d'ozone disait : "attention, je suis indispensable". Comme si la diversité des espèces alertait : " sans moi, plus de médicaments ! "
Si c'est un homme qui dit "attention !" cela se perd dans la masse des avertissements, admonestations, etc.. C'est également à partir de ce constat que certaines villes d'Europe du Nord appliquent le concept de "Naked street" de "rue nue". Il s'agit, dans un endroit dangereux où il y a des accidents graves malgré une multiplication des signalisations d'enlever tous les signaux. (Hutsul, 2005).
Donner la parole aux non-humains a quelque similarité : ce qui est dit sort du brouhaha des discours humains.
Cela fait une grande différence avec la modernité, où les non-humains sont au mieux des serviteurs, souvent des esclaves "exploités" pour le bien être de l'humanité.
Bruno Latour nous décrit cette "non-parole" des non-humains dans le modèle naturaliste : " la nature clôt la discussion mais selon une procédure mystérieuse qui demeure hors champ, qui ne reconnaît pas d'institution, pas de parlement, d'instrument pour en parler. Autrement dit, le naturalisme fait de la politique sans politique." (Latour, 2004, p. 3).
L'homme de la modernité, dans son narcissisme à plusieurs, restre centré sur les institutions humaines : "Et bien sûr, de l'autre côté, il existe une activité politique, des modes de rassemblement, des modes de discussion, des modes de représentation, mais qui manquent d'autorité, cette fois-ci parce qu'ils ne sont pas appuyés sur la nature des choses qui appartiennent en quelque sorte à l'autre "chambre"." (Op. cit. p. 3).
En effet, le projet de maîtrise de la nature et de la nature humaine est de plus en plus mis en échec par les événements climatiques, sociaux et guerriers du XIXe puis du XXe siècle.
Bruno Latour décrit un monde asymétrique où existent deux chambres de délibération, celle de la nature et celle des "discutants modernes".
| La chambre de la nature | La chambre des discutants modernes |
|---|---|
| Comporte ce que nous avons en commun | Comporte les avis discordants |
| Est faite d'éléments indiscutables | Tout y est discutable |
| La décision se fait hors assemblée | La décision se fait en assemblée |
| A l'autorité de "l'étant-là-avant" | En manque de légitimité |
| Correspond aux dites "qualités premières" | Correspond aux dites "qualités secondes" |
| "Vaut" mais est hors du champ des valeurs - intangibilité | Est l'espace des valeurs que l'on défend et que l'on cherche à faire évoluer |
Tableau 2.8.7. : le bicaméralisme du naturalisme versus la chambre "uniquement humaine" de la modernité.
Que s'est-il donc passé au XVIIe siècle qui a fait basculer l'Europe hors de la prémodernité ?
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Les trois siècles de parenthèse moderne s'ouvrent par un "bon en avant" de la peinture corrélé aux progrès de l'optique, etc.. La nature morte est un des éléments clés de cette vision du monde. Bruno Latour décrit un "imaginaire rationnel des faits positifs" partagé par les acteurs de la Hollande du XVIIe siècle : peintres, philosophes, politiques, bâtisseurs d'empire et scientifiques. Gilles Deleuze souligne les interactions entre les acteurs d'un épistémè : "[...] je pense que les figures de la pensée sont fondamentalement inscrites, si elles sont fondamentalement présentées par la philosophie elles sont également inscrites dans tout ce qui est art, et aussi dans le cinéma, puisque pour moi et pour nous, depuis tout ce quon a fait là-dessus, les grands auteurs de cinéma cest non seulement comme des peintres, |
Oeuvre 2.8.4. : Svetlana Alpers (1983) porte un regard nouveau sur l'art de la description en Hollande au XVIIe siècle.
cest non seulement comme des architectes, mais cest aussi non seulement comme des penseurs. Et bien entendu jespère que ce quon aura obtenu en philosophie, on ne se contentera pas de lappliquer à lart ou au cinéma, mais que on sera frappé par des rencontres, tantôt des rencontres attendues, tantôt des rencontres inattendues." (Deleuze, 1983). |
La "vraie" conscience que l'homme crée des épistémès successifs est née avec Michel Foucault (1966). Cette conscience n'est pas encore très "répandue".
Méthode 32. Être attentif au tournant épistémique et aux interactions entre les acteurs de l'épistémè.
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Lorsque la techno-science invente la photographie, cette dernière prend le rôle de "capture du réel" et la peinture peut avoir un rôle différent. Cette peinture de 1907 est un des "candidats" comme signe de la fin de la parenthèse moderne. (Lourdes, 2005) évoqué également par Gilles Lipovetsky. La distinction entre qualités primaires et qualités secondaires a disparu. La recherche de la "profondeur réelle" n'a plus de sens. Le thème lui-même - des prostituées à Barcelone - fait décalage. |
Oeuvre 2.8.5. : Pablo Picasso Les demoiselles d'Avignon. |
Méthode 33. Lorsqu'une approche a "fait son temps" l'abandonner ou la garder consciemment comme "relique", comme trace du passé.
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Marcel Duchamp visitant en 1912 une exposition de technologie aéronautique aurait déclaré à Fernand Léger et Brancusi "La peinture est morte. Qui pourra faire mieux que cette hélice ? Dis-moi tu en serais capable, toi ?" En 1917 la "Fontaine" de Marcel Duchamp fait glisser l'uvre du sens de "représenter" comme imiter le réel à celui de "représenter" comme "mettre en scène". |
Oeuvre 2.8.6. : un fac simile de l'uvre de Marcel Duchamp "La fontaine" Exposée sous le pseudonyme de R. Mutt. |
Méthode 34. Face à la tentation prométhéenne d'être l'homme qui va faire mieux que la nature, que l'objet ou que l'autre, prendre la position modeste de producteur d'un discours "simplement" inédit.
Mais revenons aux propos de Bruno Latour.
"C'est pourquoi la notion de parenthèse est tellement intéressante : ce qui s'ouvre avec la parenthèse moderniste ce n'est pas le début de la science naturellement, ce n'est pas le début de la raison, c'est une certaine interprétation très insolite de l'activité scientifique en contradiction totale, dès le début, avec sa pratique." (Latour, 2004, p. 4).
Méthode 35. La question qui fait suite au "qui suis-je ?" des modernes est "où suis-je" tant pour ce qui est des espaces externes que pour mon "monde intérieur". Comment j'organise et je pense les entrelacements entre moi et mon espace et entre les instances internes de ma pensée.
Nous avons vu précédemment quelques-unes des questions posées par quelques auteurs.
| Auteurs | Interactions à penser |
|---|---|
| Foucault | Quelle conscience de l'épistémè et de ses enjeux ? |
| Sloterdijk, Heidegger | Où suis-je ? Quels topoï m'entourent ? |
| Latour, Dilts | Quelle cohérence entre mon idéal et ma pratique ? |
| Lakoff, etc. | Quelle monde dans ma tête avec quel métapheur ? |
| Freud, Lacan | Quels acteurs dans le théatre de ma pensée, quels vides entre ? |
| Jaynes | Quelle "chambre" de mon cerveau est la conscience, où n'est-elle pas ? |
| Girard, etc. | Quelle nature de la mimésis, quelle culture pour s'en sortir ? |
| Derrida | Quel intangible, quel déconstructible ? |
| Deleuze | Quelle rencontre entre arts de l'hypermodernité et disciplines positives ? |
Tableau 2.8.8. : Des interactions à penser.
"[...] lorsque Descartes invente le cogito qui porte son nom, on affirma souvent qu'il s'agit là d'une nouvelle histoire de la raison, de la pensée, de l'intériorité, de la théologie et de l'individualisme. Mais c'est oublier que Descartes invente ce personnage conceptuel étrange au moment même où se met en place son exacte contraire : le cogitamus de la communauté scientifique naissante, les académies, les sciences de laboratoire, les assemblées scientifiques, les témoins fiables, les instrumentations coûteuses, l'article scientifique. On pourrait dire que Descartes a plutôt mal choisi son moment pour son cogito : le moment même où précisément ce qu'on peut attendre comme certitude du "je pense" est en train de disparaître. Comprenez-vous pourquoi les Blancs ont la langue fourche ?" (Latour, 2004, p. 4).
Méthode 36. Se rappeler que "les Blancs ont la langue fourchue", ce qui a également été formulé par "ils ne font pas ce qu'ils disent qu'ils font".
On se rapelle que, dans les années 70, on a voulu réaliser des systèmes experts à partir des "dire d'expert". Mais l'on a aussi réalisé des vidéographies de leurs pratiques réelles. Et l'on a découvert : "ils ne font pas ce qu'ils disent qu'il font". Le chercheur, le thérapeute, l'expert en dépannage, etc. (i) soit explique les choses dans le langage d'avant alors qu'il a une partique nouvelle (ii) soit explique selon son idéal de pratique qui est différent de sa pratique réelle (iii) soit occulte une dimension qui dérange son inconscient ou sa communauté d'appartenance.
"Lorsque nous parlons de l'objectivité des sciences, devons-nous suivre ce que les scientifiques disent d'eux-mêmes, ou est-ce que nous devons suivre ce que développent au même moment les scientifiques par l'invention ?" (Latour, 2004, p. 4).
"Si vous regardez l'idéal de la science comme la copie exacte d'un modèle et que vous entrez dans le moindre laboratoire pour y suivre la plus petite expérience, vous vous apercevez que cette activité scientifique se trouve traversée par des séries d'images qui peuvent compter des centaines d'étapes intermédiaires : jamais vous n'aurez d'un côté une copie et de l'autre un modèle. Jamais vous ne pourrez réduire la question à deux étapes seulement. Par conséquent, si l'idéal de l'énoncé scientifique objectif demeure la peinture de paysage [ma remarque : voir le succès de Power Point] - un paysage modèle, un tableau copie - il est clair que pas une seule science ne saurait être objective. La notion de cascade d'images annule entièrement le modèle qui sert pourtant de garde fou à la prétendue "représentation" scientifique [...] Et pourtant, malgré l'ubiquité des cascades d'images, c'est toujours le modèle tableau/paysage qui va servir de pattern pour comprendre l'activité savante. Autrement dit, alors que le régime d'images de l'activité scientifique ne va jamais obéir à l'opposition entre illusionnisme, invention, représentation faussée, ces jeux d'opposition vont pourtant servir à la fois aux philosophes des sciences (et parfois aux artistes) de base essentielle à leur raisonnement pour promouvoir ou pour lutter contre l'illusionnisme. Or il n'y a pas de science qui soit mimétique dans la mesure où chaque production d'inscriptions scientifiques multiplie les étapes, laissant dans leur sillage une sorte de feuilleté. [...] les trois sens de la représentation sont en crise continuelle pendant la parenthèse moderniste parce qu'on n'a jamais cessé d'hésiter entre suivre la théorie des inscriptions scientifiques, politiques et artistiques, ou suivre leurs pratiques." (Latour, 2004, p. 5).
Méthode 37. Être conscient qu'une publication "scientifique" c'est comme une photo d'identité (i) ça fige un instant, d'une expression, dans un lieu étrange de production de signe (ii) ça ne rend compte ni de la profondeur temporelle ni des niveaux entre le plus concret et le plus abstrait. Observer le chercheur dans son laboratoire ou sur le terrain entrain de faire "réellement" les choses est la seule solution pour accéder à une parcelle de vérité scientifique.
Méthode 38. Le chercheur produit une sorte de feuilleté discursif alors que sa recherche est à la fois comme des petits ruisseaux qui font une rivière et comme un végétal qui développe des branches et des feuilles.
"Les conquêtes, les empires, le développement technique, les révolutions industrielles, l'écologie, rien de tout cela n'a jamais tenu à l'aise dans une version, disons, classique de l'histoire de la raison. [...] le problème se ramène maintenant à celui-ci : suivre la théorie de la Science avec un grand esse ou suivre les sciences au pluriel et avec un petit esse dans leur travail complexe d'hybridation. Voilà l'origine, à mon sens, de cette instabilité fondamentale du modernisme : toute personne qui se prétend moderne se trouve comme l'âne de Buridan obligé de mourir de faim entre deux versions également attirantes mais totalement contradictoires de ce qui doit convenir à leur estomac. " (Latour, 2004, p. 5).
Méthode 39. Le chercheur doit à la fois s'installer dans le "vrai" des pratiques hybrides de la recherche et "montrer patte blanche" lorsqu'il est en représentation écrite ou orale publique de sa recherche.
"Un autre cas tout à fait étonnant se trouve dans le livre d'Adolf Max Vogt sur Le Corbusier. Alors que ce dernier passe pour un parangon du modernisme (au sens architectural du terme), en reconstruisant la psychogenèse de son style, Vogt dessine le portrait d'un primitiviste foncier. [...] D'après Vogt, Le Corbusier n'a jamais rêvé que d'une chose : reconstruire la cabane sur pilotis des pécheurs du lac de Neuchâtel dont, enfant, il avait visité les fouilles." (Latour, 2004, p.6).
Bruno Latour précise : "Je ne dis pas du tout qu'il s'agit d'une contradiction, comme si Le Corbusier était partagé entre deux tendances opposées, l'une qui le tournerait vers le primitif et l'autre vers le modernisme. Ce serait là, en effet, accepter la scénographie officielle du modernisme. J'affirme au contraire qu'il n'y a là aucune contradiction, puisque se penser comme moderne alors qu'on ne peut jamais l'être, c'est, de toute nécessité, se trouver obligé à hésiter, non pas entre le passé et le futur, mais entre la théorie du modernisme et sa pratique. Il ne s'agit pas d'une contradiction dont on pourrait sortir en devenant enfin résolument moderne, mais de l'ambiguïté fondamentale d'une situation impossible créée par cette parenthèse qui se referme aujourd'hui." (Latour, 2004, p. 6).
Méthode 40. Ne pas chercher à devenir "résolument moderne" ou "résolument hypermoderne". Identifier le décalage entre le scénario idéal et le scénario des pratiques et faire avec.
"Je voudrais finir sur cette étonnante situation des modernistes : leur impossibilité à être de leur temps. Comme Nietzsche et Péguy l'avaient bien senti, il est extrêmement difficile pour un moderne d'être contemporain de son époque. [...] le modernisme, pour le dire de façon trop simpliste, se trompe sur son temps, en ce sens qu'il croit le contraire de ce qu'il dit, ou plutôt qu'il a toujours pris beaucoup trop au sérieux son propre discours sur lui-même. Autrement dit, le modernisme est par définition, toujours en décalage avec lui-même, puisqu'il ne parvient jamais à se situer à la fois dans la temporalité que dicte sa théorie et dans la temporalité que lui autorise sa pratique. Dans sa partie idéale et lumineuse il se vit en rupture continuelle avec le passé, alors que dans sa partie souterraine et anthropologique il ne peut rompre avec rien du tout puisqu'il n'a jamais été moderne. On comprend un peu son embarras." (Latour, 2004, p. 6).
Méthode 41. Être conscient de l'idéal de rupture avec le passé pour créer du progrès "fulgurant" et de la réalité des "lourdeurs" de la nature et de la culture humaines.
Bruno Latour cite ensuite comme exemple l'analyse de la Révolution française faite par François Furet. Il y a d'une part la réalité de la fin du XVIIIe siècle qui a été celle d'événements qui partaient dans tous les sens. Et puis il y a eu une lecture dominante de ces faits qui a (i) sélectionné certains (ii) survalorisés d'autres. La Révolution décrite apparaît ainsi comme un phénomène de changement cohérent qu'elle n'a jamais été. Peter Sloterdijk observe que ce que l'on désigne par le terme de "révolution" est en fait un phénomène lent d'explicitation de ce qui, dans l'étape précédente, a pu être voilé ou expliqué de manière idéologique, mystique, etc..
Méthode 42. Être vigilant vis à vis des discours de "tournant de l'histoire" qui donnent une cohérence artificielle à une multitude de courants parfois divergents
Il est intéressant à la lumière de ce point de relire les deux ouvrages sur l'hypermodernité parus en 2004 (Lipovetsky et Aubert). Je redis que c'est une nécessité pour l'auteur de faire ce travail de sélection-amplification. Sans cela il ne peut construire de discours. Cela ne fait problème que si l'auteur et/ou le lecteur pensent que le discours correspond à la réalité.
Ensuite Bruno Latour observe que le modernisme est toujours fixé sur le passé avec lequel il veut "rompre". "Le thème de la révolution hante toujours [...] la science et la technique sous la forme galvaudée de l'enthousiasme de commande, ce que les anglais appellent hype. [...] la notion même de révolution commence avec la science avant de passer à la politique, puis à l'art. Et quand je dis qu'il est passé d'un domaine à l'autre, cela ne veut pas dire qu'il n'a cessé d'accumuler les ambiguïtés, au point de devenir à chaque fois plus indémêlable." (Latour, 2004, p. 7).
Si l'on prend le cas de la photographie, son impact est d'abord politique. Par exemple, on ne peut plus faire de peinture "édifiante" des dirigeants dans des postures avantageuses sans avoir un contraste avec la photo d'actualité qui les montre dans leur humanité "simple" et leurs artifices quotidiens. On ne peut faire une peinture romantique de la misère, de la prostitution sans avoir en face une photo "cruelle". On ne peut mentir sur un soulèvement ouvrier sans avoir le démenti de la trace photographique. Progressivement le peintre se trouve désinvestit de ses fonctions politiques et sociales de l'épistémè précédent et doit développer un nouveau regard. Voir les Demoiselles d'Avignon ci-dessus. On retrouve ici l'observation de Régis Debray et des médiologues sur le primat du moyen de diffusion dans le déclenchement des changements socio-politiques.
Méthode 43. Être vigilant sur les incidences sociales des nouvelles découvertes en particulier celles qui concernent la médiatisation du discours
"Je vais prendre un exemple trivial mais qui vous fera sentir aussi exactement, aussi rapidement, que l'exemple de Descartes de tout à l'heure, ce que j'essaye de désigner par la différence entre "matters of facts" et ce qu'on pourrait appeler, "matters of concern" [Latour, 2004)] . Prenez le cas des OGMs, dont on discute beaucoup, et dites moi, je vous en prie, s'il s'agit d'un fait scientifique établi ou d'une dispute ? Il s'agit assurément des deux, en ce sens qu'il y est bien question de faits tels que nous aurions pu les apprendre à l'école la capacité de faire des transformations de plantes, non plus par la méthode ancienne du croisement, mais par les méthodes beaucoup plus avancées de la manipulation génétique et de l'insertion d'un gène jugé utile, mais en même temps, en parallèle, on se dit aussitôt qu'il s'agit d'une question compliquée de morale, de droit, de géopolitique, de subvention, de souveraineté, bref d'une affaire. On va parler de controverses "des OGMs au point que j'aurais beaucoup de peine à obtenir de vous que vous partagiez la question selon le clivage des qualités premières et des qualités secondes, comme j'avais pu vous le proposer tout à l'heure. Autrement dit, autour de ces OGMs, se trouve rassemblés d'une façon évidemment très controversée, toute une politique, toute une assemblée, tout un gouvernement, toute une masse d'éléments qui participent, mais d'une façon très obscure, à la définition des faits positifs [Latour-Weibel, 2005)] . Nous pouvons peut-être, en fin de compte, nous mettre d'accord sur la nécessaire existence des OGMs, mais sûrement plus selon le modèle antique du naturalisme. La nature a cessé de bifurquer et donc nous avons cessé d'être modernes c'est-à-dire de nous croire modernes." (Latour, 2004, p. 7).
Méthode 44. Accepter le fait qu'il n'y a pas d'objectivité, que toute approche scientifique dès qu'elle se montre dans le monde devient "affaire", "controverse".
"[...] la fin de parenthèse [moderniste] nous permet de nous intéresser enfin au contemporain et même peut-être, pourquoi pas ? à l'avenir.. Mais cet avenir sera fait d'attachements et d'explicitations et non plus d'émancipations et de détachements.[...] comment se fait-il que cette obsession de la rupture avec le passé continue de servir de boussole alors que nous avons glissés depuis longtemps d'un modèle de l'émancipation à celui de l'attachement ? Pour le dire de façon trop brutale : pourquoi les représentants officiels de la culture (artistes, intellectuels, journalistes, philosophes) continuent-ils à penser à l'intérieur du cadre moderniste au lieu d'explorer leur temps ? S'il est vrai que les matters of facts, et je conclurai là-dessus, s'il est vrai que les faits positifs sont le résultat d'une esthétique, d'une façon tout à fait particulière de situer, d'éclairer, de dessiner, de poser les objets, ce que les historiens d'art et les historiens des sciences commencent à comprendre, alors quelle est l'esthétique des matters of concern ? S'il est vrai que la définition même du fait positif qui a inspiré l'histoire scientifique et technique européenne et l'histoire artistique en parallèle, n'a plus cours, c'est-à-dire ne correspond plus, ne capte plus les êtres avec lequel nous sommes entrés en relation, alors il est évident que la même collaboration des artistes, des scientifiques, des philosophes qui a permis l'invention du premier empirisme doit maintenant se diriger vers ce que j'appelle, le deuxième empirisme. C'est par exemple ce que nous essayons de faire, avec Peter Weibel dans Making Things Public : reprendre le Bauhaus mais dans une autre configuration, non pas tournés vers la rupture avec le passé, non pas inspiré par le modèle de l'objet, mais tourné enfin vers le contemporain et inspiré par le modèle de la chose, de la Thing. Cela suppose évidemment que la grande scénographie de l'émancipation soit remplacée par une autre scénographie, celle de l'attachement. Et ces questions nous paraissent évidemment plus difficiles, justement parce que nous n'en avons pas l'esthétique, nous n'en connaissons pas encore les lumières, l'éclairage, la sensibilité, les réflexes. Rien d'étonnant à cela : quand vous imaginez la floraison d'inventions qu'il a fallu pour construire au xve siècle la première grande synthèse du style associé à la notion d'objets, quand vous contemplez l'inventivité et la générosité de personnalités comme Neurath réinventant les Lumières dans son musée viennois de la statistique sociale, on imagine assez bien les forces d'invention, de création, de visualisation qu'il faudrait développer pour pouvoir absorber enfin la chose contemporaine. Un philosophe comme moi peut-il espérer trouver chez les artistes des collègues de travail pour cet immense chantier ? Ou faudrait-il se résigner à faire moins bien que nos prédécesseurs ?" (Latour, 2004, p. 8-9).
Méthode 45. Travailler sur le contemporain nécessite de travailler sur l'attachement, sur ce qui nous relie à la préhistoire et à l'histoire de l'homme.
Méthode 45 bis. Développer une esthétique de la chose et de l'attachement.
Méthode 46. "Les matters of fact", les faits positifs sont issus d'une manière particulière d'éclairer le monde.
Nous retrouvons ici les thèmes de la construction de l'objet scientifique Perret (2004) et la définition de la positivité de Foucault (1966).
Méthode 47. Construire une "esthétique" pour l'étude des "matters of concern".
Méthode 48. Construire un second empirisme par collaboration entre les artistes, les scientifiques et les philosophes.
Tout au long de l'élaboration de cette méthode du discours, le lecteur a pu observer que c'était aussi bien une méthode de la discipline positive ou de la science avec un petit esse qu'une méthode du discours.
Comme l'a montré Bruno Latour, les milliers de petits détails d'une pratique scientifique sont indescriptibles. Le chercheur fait ce qu'il a à faire. Dans le présent travail, par exemple, il écrit une application informatique. Il ne saurait relater cette écriture : le texte ne serait jamais lu par personne.
Le point d'interaction entre le chercheur et le monde ce n'est pas son objet de recherche, ce n'est pas sa méthode ni les théories auxquelles il se réfère, c'est son discours.
"Nous souhaitons, de notre côté, insister, à nouveau, sur le fait que l'opposition abrupte encore trop souvent érigée entre discours (purement "verbal"?, "imaginatif ou imaginaire"?, "théorique"?, "philosophique"?) et science n'est plus tellement acceptable aujourd'hui. En effet, si ces distinctions restent compréhensibles pour vouloir maintenir, en dernier ressort, une nécessaire soumission aux faits, et demeurent, par conséquent, toujours souhaitables, aussi longtemps qu'elles manifestent un légitime souci d'éviter des confusions dangereuses, elles ne peuvent plus, en revanche, se traduire, comme jadis, en termes d'exclusions catégoriques, comme si elles s'inscrivaient toujours dans le cadre intact d'une pure pensée platonicienne voulant couper radicalement la doxa de l'episteme." (Ardoino, 1997, p.1).
L'illusion que le discours du chercheur est le strict rapport objectif du réel est donc une illusion du passé. L'objectif du chercheur est de ne pas "polluer" son discours positif par de l'opinion - doxa - mais il sait qu'il ne faut pas confondre l'idéal et la réalité. (note 2.8.1.) Simplement en choisissant une métaphore, le chercheur dévoile sa vision du monde doxique. Par exemple s'il est entomologue et qu'il décrit la mouche comme "prisonnière" de la toile d'araignée ou comme "prise au piège" de la toile d'araignée il se montre "chasseur" dans le second cas et "sensible à la question de la prison" dans le premier cas. La démonstration de cela se fait lorsque l'on analyse un certain volume de discours. Un chercheur passionné de chasse émaille son discours de métapheurs empruntés à la chasse. Il n'a pas le choix. Il ne va pas utiliser des métapheurs empruntés à la pêche puisque ces métapheurs lui sont soit inconnus soit pas familiers du tout.
"Le mode d'être de l'homme tel qu'il s'est constitué dans la pensée [de l'épistémè] moderne lui permet de jouer deux rôles : il est à la fois au fondement de toutes les positivités et présent, d'une façon qu'on ne peut même pas dire privilégiée, dans l'élément des choses empiriques. Ce fait [ ] est sans doute décisif pour le statut à donner aux " sciences humaines ", à ce corps de connaissances (mais ce mot même est peut-être trop fort ; disons, pour être plus neutre encore, à cet ensemble de discours) qui prend pour objet l'homme en ce qu'il a d'empirique. " (Foucault, 1966, p. 355).
La question de la métaphore est la démonstration la plus probante de la présence de l'homme "incertain" - le chercheur - dans le discours la recherche sur l'homme, discours qui se voudrait porteur de certitudes.
La méthode esquissée ci-dessus constitue "l'idéal" auquel je me réfère pour construire mon discours positif.
Mais que sera le discours réel ? Il comportera nécessairement des traces archéologiques - inscrites dans la pensée profonde du chercheur - des discours de la modernité. D'où l'intérêt d'une reprise du discours positif dans des instances collaboratives.
Transition
Nous avons donc vu les deux volets de l'heptagraphie, ses sept axes d'une part et la méthode du discours positif d'autre part.
Le discours positif de la troisième partie portera en particulier sur l'expérience de terrain dite GreSLAMED - Grenier de Savoirs en Ligne avec Architecture Multitextuelle et Environnement Dynamique et sera organisé selon les sept axes
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Figure 2.8.7. De l'épistémè au discours positif de terrain
Nous avons vu ce schéma simplificateur où la méthode engendre le discours positif.
En réalité il y a une sorte de récursivité.
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Boucle 2.8.1. : Une sorte de récursivité de la méthode à elle même
On se rappelle qu'un processus est récursif s'il fait appel à lui-même. C'est bien le cas ici puisque la méthode ne saurait être écrite sans faire appel à ce qu'elle est sensé produire, le discours positif.
En terme d'évaluation du travail de recherche, la méthode est bonne si le discours positif est "beau". Mais c'est également le "beau discours" qui va rendre la méthode intelligible.
De même, entre les niveaux extrêmes on n'a pas de processus descendant mais un processus bouclé.
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Boucle 2.8.2. : Génération réciproque du terrain et de l'épistémè
Toujours en terme d'évaluation du travail de recherche un épistémè - vision du monde, mise en discours du monde idoine- permet une production de terrain "intéressante". Mais c'est également parce que l'entrelacement des acteurs et des utils sur le terrain a pu bien fonctionner permettant de dégager des lignes directrices que l'on pourra produire un discours sur l'épistémè.
Comme cela a déjà été dit, seul l'impératif du document papier fait que l'on a l'enchaînement des discours d'un "amont" vers un "aval". Dans le mode hypertexte, il bien plus possible de traduire la circularité.