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Matrice 2.7.1 : La topoïgraphie, élément 7 de l'heptagraphie.
Peter Sloterdijk (2005) souligne - je le dis avec mes mots - que dans l'épistémè hypermoderne l'on est passé de la question "qui suis-je" à la question "où suis-je". Les lieux, les espaces qui avaient été observés et analysés "objectivement" dans la modernité (Ardoino et Berger, 1997) sont à nouveaux considérés dans la subjectivité. Par exemple, après le travail objectif des architectes du modernisme, la question devient celle du rapport unique qu'un individu établit avec sa maison, qu'un groupe établit avec son lieu de travail. L'espace architectural et celui de la nature deviennent des métaphores et l'on va parler de l'espace-topoï du discours positif ou de l'espace-topoï de la doxa.
La meilleure manière de définir les topoï dont il est question ici est d'en donner des exemples. Par exemple, le phonotope c'est le "bain sonore" dans lequel l'être humain vit, à la ville, à la campagne, au travail, dans un lieu de loisir, dans un véhicule. Voir ce thème de "phonotope" dans les articles "épistémè" de la fin de la troisième partie >>>
Ici, nous verrons d'abord le chirotope.
"Est-ce que tu peux enseigner la prise en main de Windows ?"
"Est-ce que tu peux prendre en main cet étudiant ?"
La langue nous dit l'importance de la main dans la manière d'appréhender les humains et les non-humains.
Dans nombre de ses ouvrages Donald W. Winnicott décrit la "mère suffisamment bonne" comme étant "habile de ses mains". D'une part pour le "holding", la manière de porter le bébé dans ses mains et ses avant bras. D'autre part pour le "handling", la manipulation pour la toilette, la nourriture, etc..
Lorsque je "prends en main" un étudiant, je dois être attentif au "holding" que je lui apporte à travers certains modes de discours "enveloppant" comme au handling réalisé par un discours plus "technique".
André Leroi Gourhan (1980) observe que les aires corticales de la manipulation et les aires du discours sont adjacentes et qu'au fil de la phylogenèse - il y a 300 ou 400 siècles - leur développement est concomitant.
| " Il y a possibilité de langage à partir du moment où la préhistoire livre des outils, puisque outils et langage sont liés neurologiquement et puisque l'un et l'autre sont indissociables de la structure sociale de l'humanité ". (Leroi Gourhan, 1980, t. I, p.103). |
Leitmotiv 54 : L'homme parle-pense comme il manipule.
La formule synthétique pour dire cela est : "Je discours comme je manipule". C'est une problématique développée également par Heidegger, Simondon, Feldenkrais, Piaget, etc..
Dans une tentative de synthèse, Peter Sloterdijk (2005) décrit ce qu'il nomme le chirotope, l'espace - topos - que la main - chiros - peut atteindre.
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Trois concepts heidegériens pour comprendre la suite. 1. L'util Heidegger développe l'usage d'un terme dont l'équivalent en français est le nom "util" à distinguer du nom "outil". L'util (i) est un objet pré-existant dans le monde et que l'homme va rendre utile à quelque chose parce qu'il se met à le manipuler - un os qui sert à frapper (ii) est un objet créé pour répondre à un besoin de vie - une cruche, etc.. L'outil est un util fabriqué soit pour reproduire soit pour améliorer un util naturel en vue d'une fabrication - une enclume - ou de réaliser un réglage - un tournevis, etc.. "Util" est un terme proposé par François Vezin, pour la traduction du nom "Zeug" tel que l'emploie Heidegger dans Être et temps tandis que "outil" traduit le nom "Werkzeug". En allemand, le nom Zeug n'est pas employé en dehors d'un mot composé ou d'une locution, on ne dit pas "passe moi le Zeug". |
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2. Le souci "La formule totale exprimant le souci se compose donc de ces trois éléments : être-au-delà de soi - avoir d'ores et déjà été dans le monde - être-auprès des choses. Leur unité n'est pas celle d'une proposition qu'on pourrait toujours établir arbitrairement, mais celle du phénomène concret du souci [...]" Levinas (1932) Le souci est concret. C'est la manière donc je prends soin du monde à portée de ma main, le chirotope. Le souci c'est être au delà de soi. J'utilise ma main non plus pour des besoins primaires - prendre de la nourriture, repousser un danger, etc. - mais pour établir une relation avec des humains et des utils au delà de ma bulle intime, l'être-auprès des choses. Et tout cela c'est possible que parce que j'ai une vision suffisamment clair de ces trois espaces. Mon espace intime où je suis tout puissant. Mon chirotope où je suis puissant. Le monde où je suis impuissant, le monde étant défini par ce qui est hors de portée de ma main. La "puissance du discours à distance" est, pour l'instant, hors de notre champ de réflexion. |
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Topoï 2.7.1 : Util, chirotope et souci selon Heidegger et Sloterdijk. Le souci c'est être en avant de soi, être prêt à aller vers les choses et le monde. Le souci est la condition du projet. La figure 2.7.1. a une fonction de mémorisation beaucoup plus qu'une fonction explicative précise. 3. Personne, sujet, individu, étant, existant L'homme est désigné par "existant" dans le texte suivant. Les termes d'homme, d'individu ou d'existant seront préférés à ceux de personne ou de sujet. |
Écoutons Peter Sloterdijk :
| "Dans les analyses de "l'util" que l'on trouve dans Être et temps, Martin Heidegger a montré qu'il était le premier chirotopologue : nous entendons par là un interprète du fait que les hommes existent en tant que possesseurs de mains et non en tant qu'esprits sans extrémités. [...] les cohabitants concrets du monde dans lequel il vit lui sont "zuhanden" ("à la main") sous la forme de l'util. Dans le monde de Heidegger exploré par le souci, la Zuhandenheit ("l'utilisabilité") est un trait fondamental de ce qui entoure l'existant dans sa proximité. [...] l'util du jet, l'util de la découpe, l'util qui frappe, l'util à coudre, l'util à creuser, l'util à percer, l'util à manger et à faire cuire, l'util à dormir, l'util à s'habiller [...] La main lucide, le cas échéant, ne se le fait pas dire deux fois. Pour le cas critique s'ajoute l'util de mise à mort, pour le cas non critique l'util du jeu, pour le cas d'alliance l'util de don, pour l'accident l'util de bandage, pour le cas mortel l'util d'inhumation, pour le cas de signification l'util destiné à montrer, pour le cas d'amour, l'util de beauté." (Sloterdijk, 2005 p. 322-3). |
Leitmotiv 55 : Le concept d'util pour recréer le couple pensée-main.
De ce panarama "complet" de l'util je retiens ce qui se croise avec mon objet de terrain.
Par exemple, tandis que j'écris ces mots, je dois avoir "à main" un certain nombre d'utils. Bien sûr, tous les éléments du poste de travail informatique.
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NTIC 2.7.1. : Poste ergonomique pour opérateur qui regarde le clavier.
Nous sommes en train de parler du chirotope mais la notion de "à main" peut-être étendue à certaines dimensions de l'ergonomie. Par exemple, pour un opérateur qui utilise un clavier complexe et/ou ne connaît pas la position de toutes les touches, le poste de travail doit être organisé comme ci-dessus de manière à ne pas avoir à faire des milliers de mouvements de tête pour porter le regard alternativement sur le clavier et sur l'écran.
Autour de ce poste ergonomique il y a bien d'autres choses qui doivent être "à main". Par exemple le téléphone et tout ce qui "va avec" : de quoi noter un message mais aussi répondre à des questions diverses. Un tableau de liège au dessus de l'écran permet d'avoir tous les "pense-bête" sur la manipulation de la douzaine de logiciels étudié, sur les différents systèmes d'hébergement, etc.. Les dictionnaires des différentes langues exploitées (français, anglais, allemand, grec ancien, etc.) sont "à main". La vingtaine de classeurs de suivi des projets également. Les ouvrages et articles en cours d'exploitation.
Nous voyons ainsi un exemple à travers du chirotope du chercheur qui correspond à la définition vue ci-dessus : "le souci est la condition du projet". Les utils du poste de travail qui permettent d'agir à distance sur le monde sont "à main", prêts à remplir leur rôle pour que le chercheur puisse se pro-jeter.
Lorsque l'on écoute quelque peu l'humain hypermoderne on observe qu'il nous dit "régulièrement" où il est, où il n'est pas.
Il ne dit plus "je suis dans la lune", il dit "je suis la tête dans l'seau".
Le treize avril 2005 on trouve, via le moteur de recherche Google quelques expressions qui commencent par "je suis" et se continuent par un "lieu", un topos.
| Je suis ... il est ... | Peau | Temps | Baskets | Pompes | Ville |
|---|---|---|---|---|---|
| bien dans ma (mon mes) | 15 k | 7 | 773 | 672 | 616 |
| bien dans sa (son ses) | 84 k | 629 | 563 | 690 | 418 |
| mal dans ma (mon mes) | 6 k | 2 | 93 | 47 | 19 |
| mal dans sa (son ses) | 28 k | 12 | 244 | 107 | 10 |
Méta 2.7.1. : Être bien ou mal dans son topos.
Par exemple, dans 84 mille documents, on parle d'un humain "bien dans sa peau". Il existe donc un topos entre réel et symbolique nommé "peau" qui est décrit comme un lieu où l'on peut être "bien" ou "mal". (Anzieu, 1985).
Il serait intéressant d'explorer la répartition des documents par case de la matrice mais ce qui nous intéresse ici c'est que le "où suis-je ?" et la qualité de ce "où suis-je ?" sont soit des questions personnelles - "je suis bien dans ma peau", soit des slogans politiques - "bien dans ma ville", soit des slogans publicitaires - "le scooter bien dans son temps".
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Méta 2.7.2. : Slogan du Suzuki Burgman 400 en 1998-2002 "un scooter bien dans son temps".
On note que dans des campagnes "classiques" on aurait dit "le scooter du futur" puisque cette synthèse des concepts de scooter et de moto est innovante. Mais dans l'hypermodernité le futur n'est plus vu comme "rose", le présent est donc valorisé.
Là encore, nous allons remonter dans le temps et découvrir sous la plume de René Thom une comparaison entre le "moi-peau" et le topos urbain avec ses eschata.
| "Aristote n'a pas imaginé le mot topos. Il l'a trouvé,
existant en grec, avec son sens de lieu, alias localité.
[...] le mot topos implique virtuellement un être
humain ou animal qui séjourne (normalement) en ce lieu ; nous l'appellerons
ici le Maître (ou le Chef) du lieu. [...] ce domaine aura, dans
la pratique, des bornes que l'individu préférera ne pas
franchir. De là la notion - si importante chez Aristote - de bornes
extrêmes de limites, les eschata." [...] Dès le Parménide,
apparaît le premier vocable de la topologie grecque, le sunekhes,
usuellement traduit par continu. Je crois cet usage malheureux, car c'est
plutôt la connexité (par arcs) du domaine qui est évoquée
par sunekhes. Les hardis navigateurs de la mer Égée pouvaient
vérifier qu'une île est connexe, en en faisant le tour. [...]
Notre point de vue, qui rend le maître du lieu assujetti aux eschata
du lieu, plaide pour une discontinuité essentielle dans le passage
d'un lieu à un autre. Car quittant un lieu, L1, pour entrer dans
un lieu, L2, le marcheur doit d'abord remplacer les eschata (extérieurs)
de L1 par ceux de L2, ce qui oblige à une discontinuité
" catastrophique ", si modeste soit-elle par ses effets physiologiques. * On pense à cette réflexion de Woody Allen, entendue dans son film Bananas : " S'étant coupé la main en jouant avec un couteau, il y voit perler quelques gouttes de sang. Il pousse alors cette exclamation craintive : Ehh, it should be inside ! [Cela devrait être à l'intérieur !]" (Thom, 2000). |
Leitmotiv 56 : Topoï, eschata et sunekhes pour penser le lieu physique comme figuratif.
Prenons un exemple composé de deux topoï T1 et T2 et de trois bornes-eschata - un parc au nord-ouest de T1, des arènes au nord-est de T2 et un temple au sud entre T1 et T2.
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Topoï 2.7.2. : Topos et eschatas selon Aristote : un exemple.
L'arbre, le temple et l'arène ont la fonction d'eschata, de bornes. Le topos T1 est ainsi entre l'arbre et le temple, le topos T2 entre le temple et l'arène. Le maître du topos 1 sait à tout moment s'il est chez lui ou en dehors de chez lui en se repérant aux eschatas. S'il vend T1 pour s'installer en T2, il lui faudra un certain temps pour intérioriser la nouvelle relation topos/eschatas.
La comparaison proposée avec l'histoire de Woody Allen montre bien l'homothétie entre "être dans son topos" et "être dans sa peau".
Peter Sloterdijk développe la question des bulles personnelles qui forment une écume sociétale hébergée dans des globes (temples physiques et symboliques) dans sa trilogie "Sphères".
L'attention portée à ces métapheurs est particulièrement intéressante pour le chercheur en sciences de l'information et de la communication qui utilise ses mêmes métapheurs.
Les temples médiatiques - atelier des rotatives, studios de radio et télévision, temples de la diffusion Internet.
En information et communication on parle aussi d'arènes où l'on débat - salles de débat des musées et bibliothèques, maisons de la culture, salles de réunions dans les institutions.
Non seulement un monde urbain mais une présence des symboles anciens du cur de la cité : les temples et les arènes.
La question de Peter Sloterdijk (2005) "où suis-je ?" est donc de première importance. Dans ma peau, dans les temples, il se passe quelque chose et cette ritournelle fabriquée dans un temple de la musique me rend mieux dans ma peau.
Tout cela, nous l'entendons, nous le lisons mais lorsqu'il s'agit d'écrire, de produire un discours positif qui "se tienne" - comme une maison - qui ait une structure - de "struere" construire, alors nous devons passer de "l'entendre passif" à "l'écoute active".
Au fait, de nos trois eschata nous avons oublié de parler de l'arbre. Pourtant quel métapheur ! Combien de choses disons nous avec un simple arbre !
"Les institutions ont des branches, les valeurs sont enracinées, le journal a des feuilles, les programmes scolaires ont un tronc commun, les adolescents bourgeonnent, tandis que leur sève monte en regardant les jeunes filles en fleurs, le parti a un noyau dur, mon cerveau a un cortex, mon voisin est un écorché vif qui navigue sur une coquille de noix, mon cousin est solide comme un chêne et manie la fourche ; les marathoniens sont abattus".
Lorsque l'on travaille sur les concepts initiaux - ici arbre, arène, temple, topos, eschata on voit que la complexité hypermoderne est une déclinaison de ces concepts simples.
Le travail du chercheur consiste en particulier à ne pas se laisser fasciner par les différences, par la diversité des manifestations, pour trouver où elles s'enracinent.
Nous avons vu ci-dessus le chirotope du chercheur avec ses classeurs et dictionnaires à portée de la main. Bien sûr, demain, après-demain tout cela sera sous forme digitale. "A main" deviendra ainsi "à portée de clavier et de regard".
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NTIC 2.7.2.: Des discours à portée de clavier et de regard.
L'ensemble multitextuel dit aussi "grenier de savoir" est organisé pour répondre à quatre impératifs
Tout d'abord, les différents discours doivent pouvoir être co-visibles comme dans la figure 2.7.6. Cela veut dire, par exemple, que la définition d'un terme n'est pas dans une note de bas de page mais dans un lexique que l'on peut voir en parallèle. Cela veut dire que la fiche de l'util et la fiche du tour de main sont affichables sur deux écrans. Cela veut dire que l'on peut voir le texte avec une petite version de l'image sur un écran et la même image en plein écran à côté. Et ainsi de suite avec la discussion en parallèle du document, de la bibliographie, et du document source.
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Topoï 2.7.3. : L'assemblage des bulles discursives en mode multitextuel.
Second impératif, chaque discours est à la "distance juste". Si c'est un discours générique il est, par exemple, dans l'encyclopédie en ligne WikiPédia, identifiable par le plus grand nombre, relié en mode hypertexte à d'autres discours génériques. Il s'agit d'un chapitre "local", il sera dans le grenier de savoirs local.
Troisième impératif, il est "dynamique" : les schémas sont fabriqués, les images importées, la bibliographie complétée au fil des besoins.
Enfin l'ensemble - sauf les courriels et documents "personnels" - est indexé par Google pour permettre à l'internaute de trouver en tout lieu le document qu'il cherche.
Le présent travail est organisé sur ce mode multitextuel. Si, par exemple, je me demande "tiens, dans quel document as-tu parlé de André Leroy Gourhan et de Gilbert Simondon ?" je vais chercher via Google et le trouver ... après une hésitation car j'ai écrit "leroy" au lieu de "leroi".
Ce sont donc les topoi relativement statiques de l'ensemble multitextuel.
Côté dynamique, il y a des groupes de discussion, par exemple autour d'un article de WikiPédia ou encore des courriels reçus.
Nous voyons donc qu'aussi bien pour un contexte réel - le poste de travail - que pour un contexte virtuel - l'ensemble multitextuel - le concept de topoï est opérant.
Il permet en particulier au chercheur de développer (i) une homogénéité entre vocabulaire pour le réel et vocabulaire pour le virtuel (ii) une homogénéité des métapheurs lorsqu'il s'agit de décrire de l'abstrait par la métaphore. Non seulement, il permet, mais d'une certaine façon, il "oblige".
En effet, le chercheur étant devenu conscient de ce qui se joue, va repérer quand il "mélange" des jeux de métapheurs différents. Avant cette conscience, il aurait pu dire, "la structure du projet se développe". Après, il réalise que si le projet est vu comme une structure plantée dans un topos, on pourra parler de "consolider" la structure, "d'étendre la structure". Si l'on veut parler d'un projet à forte capacité de développement, "d'envol", il sera mieux de trouver une autre métaphore. Par exemple, accompagnant une équipe d'un grand groupe de télécom pour trouver un symbole pour un projet dynamique, j'ai vu émerger la métaphore du bateau.
Transition
Le lecteur se rappelle peut-être de l'exemple donné - dans l'introduction au présent chapitre, d'une recherche dont le titre serait : "corrélations entre technique et pragmatique langagière dans la radiophonie au fil des épistémès". Cet exemple articulé au concept de matrice à sept axes montre que les graphies ne s'additionnent pas mais tout au contraire se dynamisent selon un processus multiplicatif.
Prenons comme autre exemple ce qui se passe quand je suis en train de réaliser ce document HTML. Je n'additionne pas une pensée technique et une pensée du langage. Ce qui se passe c'est une dynamique multiplicative où le dispositif technique multiplie les possibilités langagières. Par exemple pour retrouver la phrase "corrélations entre technique et pragmatique langagière dans la radiophonie au fil des épistémès", j'ai utilisé la fonction "édition-rechercher" du logiciel. Si je n'avais pas eu cette fonction qui me permettait de retrouver facilement et rapidement mon exemple, j'aurais peut-être - loi du moindre effort - écrit une phrase autre.
Prenons un dernier exemple où l'axe du langagier se multiplie par exemple avec l'axe de la guipe. C'est parce que je pense l'entrelacement des mots et que je le travaille au niveau du lexique, etc. que je peux penser le système "des mots qui s'entrelacent avec des utils dans un épistémè, etc.".
Imaginons maintenant que je veuille rédiger la guipographie du GreSLAMED - partie 3 que le lecteur va bientôt découvrir. Je suis face à ma feuille blanche - mon écran blanc, et je commence à écrire. A quel "Art poétique" vais-je me référer pour savoir si mon discours est A LA FOIS un discours positif ET inscrit dans l'épistémè hypermoderne - puisque tels sont les deux objectifs que je me suis fixés ?
Cet art poétique, il me faut le réunir à partir des propositions d'un certain nombre d'auteurs de l'hypermodernité. Il me faut aussi le nommer. Il se trouve que, pour l'instant, cette méthode du discours positif est désignée par des termes "négatifs" : non-aristotélien, non-cartésien, non-hégélien, non-moderne. Il n'empêche qu'au niveau de son contenu, c'est bien une méthode "constructive", une prescription que l'auteur se fait à lui-même, d'écrire de telle manière et pas de telle autre.