2.6. Technographie

Matrice 2.6.1 : La technographie, élément 6 de l'heptagraphie.

La technographie comporte une part de discours "purement technique" qui peut s'accommoder des règles du modernisme. Il s'agit de décrire des objets de terrain tangibles. L'explication est souvent de type cause-effet.

Par contre, dès que l'on va évoquer en particulier l'interface de l'humain avec la machine on va retrouver le mode discursif de l'hypermodernité.

Un exemple de description d'util va nous permettre d'explorer la cohabitation de ces formes de discours.

2.6.1. Util polyergique pour discours polyphonique

Dès la "fabrication" de ce titre on trouve les questions génériques du néologisme et de la métaphore.

Le créateur de grenier de savoirs fabrique du texte, des images, des schémas, etc.. Le terme de "multimédia" est couramment employé. Il ne me semble pas du tout adapté pour le grenier de savoirs car ce n'est pas le média qui est le centre d'attention mais l'entrelacement des humains et des savoirs autorisé par "les nouveaux médias".

Cet entrelacement ne se fait pas par "un message simple dans un canal simple" mais par la création de documents parallèles désignés par la métaphore du discours polyphonique. De même que le lecteur du présent mémoire reçoit les graphies et doit les constituer dans sa tête en polyphonie, l'utilisateur du grenier de savoirs reçoit des textes, des images, différents points de vue sur un thème et doit en assembler l'harmonie ou la dysharmonie dans sa tête.

S'il y a polyphonie reçue c'est qu'il y a polyergie - multiplicité et synchronicité des ergies-travaux - du créateur de documents porteurs de savoirs.

Curieusement le terme de polyergie est quasiment absent de Google. Pourtant il semble être un composite "simple" des deux termes grecs.

Pour faire un travail-ergos, il faut un util. C'est donc cet util polyergique que nous allons découvrir.

2.6.1.1. L'util idéal multi-écrans

NTIC 2.6.1. : Un util multi-écrans.

Dès la naissance de l'hypertexte, un auteur de ce paradigme s'est trouvé face à la nécessité de travailler en parallèle sur au moins deux documents. D'une part celui où se trouve le lien, d'autre part celui vers quoi pointe le lien. La solution technique créée à partir de cette nécessité est le double puis le multi-fenêtrage. Cependant cette solution est très insatisfaisante puisqu'elle ne permet pas de voir à la fois deux quantités suffisantes de texte. Lorsque, pour un grenier de savoirs, le nombre de documents hyperreliés augmente, la nécessité d'avoir, sur le même ordinateur, deux ou plusieurs écrans divisés chacun en plusieurs fenêtres s'impose.

2.6.1.2. Les tâches parallèles du rédacteur de grenier de savoirs

Nous avons vu que le présent mémoire est réalisé comme un grenier de savoirs. Le travail que je réalise en ce moment même avec mon ordinateur doit ressembler au prototype de ce qu'est la rédaction d'un grenier de savoirs.

Si je regarde, en bas de mon écran, les pointeurs vers les fenêtres, j'identifie d'abord huit fenêtres "de base".

La première est celle de l'article que je suis en train d'écrire. Cet article comporte, comme tous les autres, des liens vers la bibliographie et vers le lexique.

2. La bibliographie et ses balises
3. Le lexique

Documents en ligne 2.6.1. et 2. : La bibliographie et le lexique.

Au fil de l'écriture, il est nécessaire de vérifier la concordance du lexique grâce à la consultation de l'index.

Le discours ne s'écrit pas ex-nihilo mais à partir de documents source.

5. Un document source

Document en ligne 2.6.3. : Un document source.

Le plus couramment, un texte est illustré d'images et de schémas.

6. Traitement d'image au format jpg
7. Un dessin vectoriel au format png

NTIC 2.6.4. et 5 : Image JPG et schéma PNG.

La huitième fenêtre est celle qui comporte le plan du site et permet de télécharger les documents vers le site.

Ce qui est décrit ici n'est pas exceptionnel, c'est la "routine" du travail dans l'épistémè hypermoderne pour écrire un chapitre de mémoire, une publication, un document de grenier de savoirs, etc..

N'ont pas été évoquées les fenêtres du courriel, de la messagerie instantanée/vidéoconférence, du téléphone par IP, de l'intranet et du traitement du son pour les documents sonorisés du grenier de savoirs.

C'est pour cette raison - nous avons une douzaine de fenêtres au total pour une même création de discours - qu'il parait sensé de passer de l'ordinateur multi-fenêtres à l'util polyergique multi-écrans.

2.6.2. La fabrication du discours technographique

Que s'est-il passé pour la rédaction du texte ci-avant ?

D'abord a été imaginé un lecteur "qui s'y connaît un peu mais pas trop". D'où l'introduction du dessin du poste de travail à 4 écrans en ligne - initialement c'était celui avec 7 écrans "autour".

Ensuite, comme dit dans la systémographie, la dimension "contexte-histoire" est importante. A la fois l'Histoire avec un grand "H" - celle de l'hypertexte ici - et l'histoire avec un petit "h" du présent travail. Si le lecteur est plus habitué à la modernité, il sera "choqué" par cette intrusion d'une histoire dans un discours positif.

Pourtant des auteurs aussi différents que Jacques Ardoino, Régis Debray ou Michel Onfray soulignent l'importance de l'enrichissement qu'apporte la mise en situation dans une histoire, fut-elle personnelle.

Le poste de travail multi-écran est ici une "fiction" même s'il existe déjà pour des gros systèmes. Le temps et les moyens limités d'une recherche amènent à faire des prototypes, des esquisses de dispositifs. J'ai essayé de travailler ici avec deux ordinateurs en réseau, ailleurs avec un ordinateur à deux écrans. Il serait bien sûr intéressant de développer un "vrai" poste de travail multi-écrans. On se contente de l'imaginer. De toute manière, comme c'est un problème générique - partagé par de multiples utilisateurs "modestes" d'applications informatiques, ce poste de travail sera disponible "à un coût abordable" dans quelques temps sans que l'on puisse donner de délais. Comme tous les non-humains fabriqués, les utils, il émergera parce qu'il permet à la fois (i) un travail de meilleur qualité (ii) un meilleur rendement du travail (iii) une meilleure qualité de vie au travail.

Transition

On se rappelle que les graphies ont été classées par ordre alphabétique. En effet, l'ordre historique aurait peu de sens. Qui peut dire dans quel ordre l'humain originel a développé ses pratiques et ses concepts. Certes un André Leroi Gourhan (1980), à partir de l'organisation neuronale, imagine une proximité entre la naissance de l'outil et celle de la parole. Mais le paysage complet n'est pas encore brossé. Par ailleurs, et nous l'avons vu, à chaque graphie correspond un axe et ces axes se croisent : il n'y a donc pas de hiérarchie qui aurait pu guider une classification. C'est ainsi que l'alphabet met la topoïgraphie en queue de liste. L'ouvrage de référence pour la topoïgraphie étant sorti récemment (Peter Sloterdijk, 2005) il aurait été intéressant de présenter la topoïgraphie en premier, comme "le regard le plus récent" dans lequel les travaux antérieurs peuvent s'inscrire. Mais, pour s'approprier vraiment un modèle nouveau, il faut un peu de temps. Il en faut même beaucoup lorsqu'il s'agit de réorganiser le discours en fonction de ce modèle nouveau. Ce sera donc une suite au présent chantier.

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