2.4. Médiographie : synchronicité de l'util et du langage

Matrice 2.4.1. : La médiographie, élément 4 de l'heptagraphie.

Le cloisonnement canonique des disciplines a empêché, pendant la modernité, d'approfondir les corrélations qui se résument par la formule "je pense et je parle comme je manipule". (Leroi Gourhan, 1980)

Ce dernier observe l'évolution parallèle des utils et du langage dans les temps anciens tandis que Gilbert Simondon (1989b) propose un changement de perspective. L'util remplit une fonction importante de médiation entre humains et entre les humains et la nature. L'util n'est pas quelque chose d'extérieur et de désincarné : "il y a de l'humain dans l'util".

La Médiologie générale (Régis Debray, 1991) considère une catégorie particulière d'utils, les véhicules du texte et du signe. Des humains créatifs conçoivent des utils à véhiculer la pensée mais, en retour, ces utils induisent une modification des modes de pensée et d'être au monde. En même temps les "systèmes" présentent une inertie.

"Lorsque les techniques se modifient, certains des phénomènes humains constituant une culture se modifient moins vite et moins radicalement que les objets techniques: les institutions juridiques, le langage, les coutumes, les rites religieux, se modifient moins vite que les objets techniques. Ces contenus culturels à évolution lente, qui étaient jadis en relation de causalité réciproque, dans une totalité organique constituant la culture, avec des formes techniques qui leur étaient adéquates, se trouvent maintenant des réalités-symboles partiellement en porte-à-faux." (Simondon cité par Hottois, 1993, p. 52)

Leitmotiv 46 : Inertie des institutions face au changement technique.

Au fil de mon travail avec les DISTIC Dispositif Socio-Technique pour l'Information et la Communication qui a commencé chez Alcatel en 1980, j'ai constaté et j'ai du faire avec ce double mouvement. D'une part des acteurs qui veulent bien se laisser "porter" par le nouvel outil, qui veulent bien acquérir de nouveaux modes de relation à l'autre avec l'util comme médiateur, qui veulent bien acquérir un nouveau vocabulaire, etc. et d'autre part les "résistants".

Lorsque je m'inscris, quelques années plus tard, dans le monde académique, je n'ai plus affaire avec la résistance aux objets techniques mais avec une résistance aux nouveaux modes de pensée qui accompagnent l'objet technique. Par exemple, il est clair que mon grand-père qui devait copier à la main les documents qu'il voulait diffuser, mon père qui disposait du duplicateur à alcool et moi qui utilisait le stencil puis l'offset et la photocopie - sans parler des radios locales puis de l'Internet - nous n'étions pas égaux vis-à-vis de la question "diffuser des idées". Chaque génération trouvait la suivante "drôlement gonflée" de l'extension de son périmètre de diffusion si ce n'est de son périmètre d'influence. En parallèle avec cette évolution du périmètre d'influence, on observe une évolution des modes de penser - l'action de penser, pas la "chose" nommée "pensée". Évolution qui est "la même chose" que ce que l'on nomme "changement d'épistémè - modernisme, post-modernité, hypermodernité" (Michel Foucault, 1966) Ce dernier m'a sensibilisé au fait qu'il est très difficile de comprendre l'épistémè dans lequel on baigne soi-même. Même si ce n'était pas pour vraiment comprendre, il me fallait avoir des lignes directrices. Faute de comprendre l'épistémè le plus actuel, l'évolution de mes propres modes de penser et la génération de mes petits-enfants nés "dans" l'Internet, je pouvais explorer les interactions entre l'axe des véhicules du discours et celui des mode des penser au fil des millénaires. Il en sortirait toujours quelque clarification faute d'une vraie explication.

2.4.1. De la médiologie à la médiographie

 

L'homme à cheval et l'homme en bicycle ne sauraient avoir le même regard sur le monde.

L'un est plutôt "dépendant" de sa monture, l'autre en est plutôt le maître.

L'un doit nourrir et bouchonner.

L'autre fait de la mécanique.

Leurs pensées ne sont pas les mêmes.

Médio 2.4.1. : De l'épistémè du cheval à l'épistémè du "bicycle".

Cet exemple est "typique" de ce que Régis Debray (1991) cherche à élucider, la corrélation entre le médium, médiateur, médiatisateur - par exemple la bicyclette - et le discours-pensée des contemporains de la "grande époque" de ce médiateur. Je propose au lecteur de "jouer" avec cette idée : à telle époque, il y a tel médiateur avec telle forme de discours qui montre telle forme de pensée.

L'être humain est en permanence à la recherche de métaphores qui lui permettent de rendre compte de ses états intérieurs et de ses comportements (Lakoff & Johnson, 1980). Une des manières de dire est de comparer l'homme à un animal. Ce sont des métaphores très anciennes qui sont toujours présentes dans notre manière de penser et de dire : "malin comme un singe", "rusé comme un renard" ou "fougueux comme un pur sang" l'animal est un point de référence, un métapheur privilégié.

Les grecs anciens, parmi leurs habitudes, avaient celle d'inventer des personnages mythiques à partir de personnage bien réels. Leurs préférences allait vers les personnages violents - chefs de guerre, tyran - et vers les victimes - sacrifiés ou condamnés. Parmi ces derniers, un certain Esope. Son personnage a "condensé" des personnes réelles, les "chansonniers" de l'époque des tyrans - VIe siècle.

Un "petit tour" de ce côté nous montrera un peu ces liens entre véhicule du discours et mode de penser. A l'époque des tyrans, dire "du mal" des puissants amenait facilement à se faire "sacrifier" du haut d'un rocher - c'est ce qui serait d'ailleurs arrivé à Esope. Alors l'exutoire pour dire consiste à faire parler des animaux à la place des hommes. Et cela devint une sorte de "sport national". Le peuple grec en pleine évolution prenait ainsi appui sur la pensée magique "un homme c'est comme un animal" pour donner la parole aux faibles et aux puissants. Jean de La Fontaine a repris le genre à une époque où le besoin d'expression grandissait à la cour du roi Louis XIV. Face à de tels faits, le médiologue se pose toujours en premier la question : quel véhicule du discours a permis cette extension ? Si je cherche via Google "médiologie et fable" je ne trouve pas d'étude. Ni en "feuilletant" les sommaires des Cahiers de médiologie. Si je veux réfléchir médiologiquement à ces périodes d'extension de la fable, je dois donc m'en remettre à mon "bon sens" de chercheur. Un tyran têravow comme Pisistrate peisÛsiratos a besoin de véhicules pour au moins cinq projets : extension du commerce, tribunaux mobiles, unités de police, collecte de l'impôt sur le revenu, premier concours de tragédie en 538. Les problèmes de Louis XVI sont à peu près les mêmes. Mais si tout ce monde circule bien, la parole subversive et les chansonniers peuvent aussi bien circuler. Du côte "officiel" les chants patriotiques, les arts poétiques, les tragédies vont former les esprits dans une unité de pensée qui n'existait pas dans la Grèce rurale oligarchique d'avant les tyrans ni dans la France rurale et oligarchique d'avant Louis XIV. Bien sûr, les choses sont très différentes à onze siècle d'intervalle mais il y a en même temps des homothéties. La fable et la comédie vont former les esprits à un art de la résistance au conditionnement mental. Les tyrans de la fin de la modernité en ont tiré des leçons : ils ont commencé par embastiller tous les faiseurs de rire. (Kadare, 1995).

Nous retrouvons dans cette affiche deux des thèmes abordés à l'instant.

D'une part : "les Albanais sont des aigles".

D'autre part : "dans une dictature on ne rigole pas".

Oeuvre 2.4.1. : Affiche de l'époque "communiste" albanaise avec aigle in Ismail (Kadare, 1995).

Nous venons ainsi de voir plusieurs "constantes" de la nature humaine. D'une part, lorsque l'on passe de l'épistémè de l'oligarchie paysanne à la tyrannie on conserve les symboles - les hommes sont des aigles, des renards, des loups. Dans les tyrannies anciennes se développent en même temps que le "transport officiel ", des idées tragiques à vocation de conditionnement des masses, des résistances par la satyre, la fable et la comédie. Dans les tyrannies totalitaires de la fin de la modernité, il y a tentation et pratique de priver l'homme de la moitié "riante" de lui-même.

Il aurait été tellement plus simple de ne parler que du "cœur" de la médiologie à savoir, de l'évolution de la pensée avec, l'évolution du véhicule du discours. Mais les véhicules ni la pensée, ni le discours, ne sont jamais a-politiques. C'est ce qui fait la difficulté de la médiologie : conjuguer des observations et une réflexion dans ces quatre espaces.

L'hypothèse médiologique fait partie de ces savoirs nés avec l'hypermodernité, savoir dont on ne peut pas se "débarrasser" sauf à se mettre dans de terribles embarras. Un second de ces savoirs est la mimésis. Quand on a compris les ressorts de la mimésis, on voit de la mimésis partout, non pas par "projection vers" mais, parce que la mimésis est là. Quand "tous" mes voisins achètent les mêmes 4 x 4 et que je ne vois jamais un gramme de boue sur les dits véhicules, il est clair que l'on achète ce "monstre" par mimésis et pas pour sillonner les Alpes ou le Massif Central. Quand un certains types d'adolescents ont "tous" le même baladeur de la dernière mode avec la "haute qualité" alors que la moitié d'entre eux ont déjà un début de surdité qui les empêche de distinguer la qualité du son, la mimésis est le seul ressort. Un troisième de ces savoirs est : "discourir c'est faire des métaphores". Quand on a identifié cela on entend des métaphores partout ... parce qu'elles sont là, nous l'avons vu dans la logo-sémiographie. Un quatrième de ces savoirs est : "l'homme parle et agit sous l'influence majeure des vécus positifs et négatifs de sa petite enfance engrammés dans son inconscient". Là aussi, il suffit que je me regarde agir, que je m'écoute parler, que je me relise pour repérer les "échappées" de mon inconscient. Le quatrième savoir de l'hypermodernité est l'importance des médiations, des "entre-deux". Cinquième "révélation" de l'hypermodernité, la puissance des métissages, des hybridations. Sixième modèles, celui de Peter Sloterdijk (2005) qui voit l'individu hypermoderne comme une petite bulle qui fait, avec d'autres petites bulles "écume" ou encore "mousse". Dernier savoir de l'hypermodernité, la modélisation. De la Star Academy aux systèmes experts en passant par la P.N.L. - Programmation Neuro Linguistique, des milliers de praticiens construisent des modèles d'excellence pour "tout".

Médiologie, mimésis, métaphore, mémoire de l'enfance, médiation, mousse et modèles, les sept M de l'hypermodenité ont un pouvoir de dévoilement qui dérange "vraiment" voire qui est insupportable. Pour celui qui a la "clé" d'un de ces 7 M, la médiologie par exemple, il ne peut pas faire comme s'il ne savait pas, comme s'il ne voyait pas, ça lui "colle à la peau". Et pendant ce temps, autour de lui "ça résiste" aux hypothèses de Debray, de Girard, des linguistiques hypermodernes, de Freud et Lacan, des multiples chercheurs de la médiation, de Sloterdijk et des "activistes" de la modélisation de l'excellence.

Écoutons Serge Moscovici (1988, p.141-142) : "[...] Nul doute que, durant la plus longue période de l'histoire humaine, toutes les sociétés ont une seule crainte en commun : la crainte des idées. Partout, elles se méfient de leur action et des hommes qui les diffusent. A chaque époque, on commence par rejeter les groupes qui propagent une doctrine ou une croyance neuves : les chrétiens dans l'Antiquité, les philosophes des Lumières aux temps classiques, les socialistes à l'époque moderne. Et, en général, toutes les minorités qui ont l'audace de se rassembler autour d'une idée prohibée ou d'une vision inacceptable - un art déroutant, une science inconnue, une religion extrême, une promesse de révolution - et semblent vivre dans un monde à l'envers [...] N'allez pas croire que je décris là une situation d'exception ou une vision extrême, sous prétexte que je vais droit aux faits. Mais cette crainte est aussi une manière de reconnaître la puissance des idées. La plupart des cultures savent qu'elles peuvent avoir des effets aussi sensibles et de même nature que les forces physiques. [...] Remplacez [le mot] idée par un terme qui vous semblera plus exacte : idéologie, vision du monde, mythe, information ou représentation sociale. Reste l'intention première : en s'associant, les hommes transforment quelque chose de mental en quelque chose de physique. Il faut la garder à l'esprit et s'en imprégner. En disant que, dans l'idée, il y a une puissance qui opère comme une énergie matérielle, on n'entend pas ce mot au sens métaphorique. On y définit, au contraire, le substrat sans lequel nous ne sommes mutuellement rien. Faute de quoi les liens sociaux n'ont aucune chance de se former, ni de durer."

La résistance à la médiologie s'explique donc très bien par les savoirs sur la résistance plus globale aux idées nouvelles. Et ces savoirs ressemblent tellement aux savoirs de la médiologie. "L'idée est comme une énergie matérielle" observe Serge Moscovici. Peter Sloterdijk (2000) développe :

"[...] je n'ai jamais cessé de croire que la pensée libre est essentiellement une affaire et qu'elle le sera à jamais. Affaire dans tous les sens possibles : drame, événement, projet, offense, négociation, bruit, participation, excitation, émotion, confusion collective, lutte, mêlée, mimétisme, business, spectacle."

Leitmotiv 47 : Le chercheur innovant doit se préparer au bruit, à l'émotion, etc.

La médiologie est dans tout cela à la fois et il faut bien de la "tranquillité" au chercheur pour tenter d'en parler avec sérénité.

Une des manières d'être plus tranquille est d'être modeste. C'est pour cela que je parle de médiographie. Pour illustrer la question du lien entre discours, véhicule du discours et mode de pensée, je vais d'abord prendre appui sur le concept de graphotope développé par Peter Sloterdijk (2005) puis évoquer quelques éléments historiques.

2.4.2. Le graphotope : je pense comme j'écris

Peter Sloterdijk décrit neufs topoï dans lesquels le groupe humain "baigne".

Dans le tableau ci-après nous voyons le mot employé par l'auteur pour chaque topos, la transcription de la racine en grec ancien, la traduction du dictionnaire d'Anatole Bailly et la définition brève de l'espace.

  De Bailly Espace ...
chirotope xeir main ... à portée de la main
phonotope fvn® son clair et fort, voix, mot ... à portée de voix/instrument sonore
utérotope nsteraw ventre ... avec force centripète de l'appartenance
thermotope y¥rmv chauffer ... du confort partagé
érototope ervtow désir ... de la mimésis (envie, jalousie, etc.)
ergotope ¥rgasia travail ... des œuvres communes (guerre, sacrifice, travail, etc.)
aléthotope alhyeia vérité, réalité ... de la vérité partagée, du grenier de savoirs
thanatotope yanatow la mort, la Mort ... de la manifestation de l'au delà
nomotope nõmow usage, coutume, loi, droit ... des mœurs communes, droits et obligations

Topoï 2.4.1. : Les topoï identifiés par Peter Sloterdijk (2005, p. 316 et suiv.).

Ces neufs topoï semblent décrire l'ensemble des lieux du "où suis-je? " Cependant j''y vois l'absence d'un graphotope dont je vais esquisser maintenant les contours.

Ce graphotope est à la fois - comme tout objet de recherche - un "construit" mais c'est aussi une découverte. C'est en me promenant dans l'histoire de l'écriture que j'ai observé - souvent inspiré par le cours de Médiologie générale de Régis Debray (1991)- des correspondances, des corrélations entre des changements de mode d'écrire et des changements de mode de pensée. A chaque épistémè, son graphotope enrichi par rapport à l'épistémè précédent.

Première corrélation : ponctuation, pochoir, écriture musicale et pensée visuelle

Le VIe siècle de notre ère est en particulier celui où le Pape Grégoire Ier incite à la codification et à la diffusion du chant religieux dit chant grégorien. Ceci est le premier signe que les choses changent. Ce qui se transmettait de gorge à oreille se trouve médiatisé par un écrit.

L'attention des êtres humains qui était vers le son se trouve répartie entre le son et le symbole. Comment ne pas penser que les hémisphères de leurs cerveaux ne vont pas se mettre à fonctionner différemment.

Médio 2.4.2. : Chant grégorien : paroles et notation musicale.

A la même époque un autre "bouleversement" se fait.

"Selon Parkes, qui a étudié l’apparition de la ponctuation dans les manuscrits médiévaux, c’est à partir du VIe siècle que l’on commence à considérer l’écriture comme transportant de l’information directement à l’esprit du lecteur, par l’intermédiaire de l’œil (Parkes, 1993). Un pas décisif sera franchi lorsque sera abandonnée la scriptio continua que les Romains avaient empruntée aux Grecs. D’autres innovations iront dans le même sens, telle la mise en place d’une ponctuation de base, de la pagination, de la marque de paragraphe, de la table des matières, de l’index. Tout cela contribue à donner au texte une dimension spatiale, qui permet au lecteur d’y circuler de façon discrète et de gérer son activité à son gré, sans être prisonnier du fil temporel de l’écoute : la lecture est entrée dans l’ordre du «tabulaire». C’est du même changement de paradigme que relève l’adoption progressive de la lecture silencieuse, qui aura un impact décisif sur la formation de la pensée critique, comme l’a montré Henri-Jean Martin. (Martin, 1988)" (Vandendorpe, 2000).

                 Ve siècle                 Majuscules continue
          VIIe siècle            Majuscules et minuscules,  séparation des mots et ponctuation

Médio 2.4.3. : Evolution de l'écriture et de la pensée Ve VIIe siècles.

Depuis son emploi régulier par les grecs onze siècles auparavant, l'écriture phonétique est un "décalque" des pratiques orales psalmodiantes. Il nous est très difficile d'imaginer comment cela se passait. (Marcel Jousse, 1974) nous propose d'observer les enfants en train de psalmodier une comptine. Prenons un exemple d'une comptine du "hit parade".

Je propose au lecteur de faire l'exercice décrit par Marcel Jousse à savoir lire à haute voix le texte de la manière la plus "continue" possible tout en balançant le corps de droite à gauche. Paradoxalement les vers sont d'inégale longueur et cela ne gène pas trop l'enfant qui rallonge des voyelles ou en escamote d'autres. Les adultes des mondes araméen, grec, etc. vivaient eux dans un monde d'hexamètres.

Une souris verte
                         Qui courait dans l'herbe
Je l'attrape par la queue
                         Je la montre à ces messieurs
Ces messieurs me disent
                         Trempez là dans l'huile
Trempez là dans l'eau
                         Ça fera un escargot
Tout chaud
                         Je la mets dans un tiroir
Elle me dit qu'il fait trop froid
                         Je la met dans mon chapeau
Elle me dit qu'il fait trop chaud
                         Je la mets dans ma culotte
Elle me fait trois petites crottes

Médio 2.4.4. : Penser avec la comptine

Le lecteur peut ainsi se mettre dans la peau d'un homme du Ve siècle. Et puis "brusquement" - en un siècle - les choses changent. Les hommes se mettent à développer un lien "direct" entre le mot et l'image interne, sans passer par la voix et le corps.

Si l'on fait des recherche médiographiques que trouve-t-on à cette charnière ? Le véhicule de discours qui se développe à l'époque est l'enluminure réalisée avec un pochoir.

Note 2.4.1.

Avant cette époque, l'image et le texte sont deux choses souvent séparées. Dans le manuscrit enluminé, l'image et le texte sont au contraire mêlés à l'extrême.

Au texte continu psalmodié correspond une "scène globale".

Chaque mot séparé lu silencieusement renvoie à une image portion de la scène globale.

Médio 2.4.5. et 6. : Émergence conjointe de l'analyse et du texte ponctué.

Le lecteur psalmodiant est non-analytique, non-critique. Le lecteur silencieux est "visuel", analytique et critique.

Nous allons maintenant remonter aux origines des écritures.

Au fil des siècles l'équilibre entre les quatre "chambres cérébrales" change.

Chambre cérébrale Fonction
1 Visuel gauche Écriture phonétique
2 Visuel droit Écriture idéographique
3 Auditif gauche Langage "pour l'autre"
4 Auditif droit Langage "pour soi"

Médio 2.4.7. : Chambres cérébrales et fonctions (selon la latéralisation cérébrale la plus fréquente).

A partir de l'invention de l'alphabet - vers 1450 avant notre ère, chez les proto-phéniciens qui ont pour voisin un certain Moïse - l'oralité va être peu à peu transformée par sa cohabitation avec l'écrit. Walter Ong (1982) parle ainsi d'oralité secondaire.

Oralité secondaire marquée par l'écrit
Écriture phonétique
Oralité primaire avant l'écriture

Médio 2.4.8. : Le modèle de Walter Ong (1982) pour les oralités primaires et secondaires.

Lorsque l'on étudie les cultures sans écriture phonétique, on voit bien qu'elles ne sont pas dans l'oralité primaire. Les cultures ont développé deux types de "sophistication" de l'oralité. Dans les cultures avec écriture phonétique, la sophistication s'appuie sur cette écriture. Dans les cultures sans écriture phonétique, l'oralité secondaire s'appuie sur des objets et des signes - chapelets, "bandes dessinées", etc..

Médio 2.4.9. : Dessin aztèque : quelle parole prend appui sur une "bande dessinée" ?

 

Oralité secondaire en appui sur l'écrit phonétique 3 Pensée visuelle
 
Écriture phonétique 2 Signes visuels non phonétiques
 
Oralité primaire 1 Pensée visuelle primaire

Médio 2.4.10. : Quel équilibre et quels échanges entre oralité et "visualité" ?

Ce que nous avons vu au VIe siècle c'est la rencontre des deux fonctionnements via les enlumines des manuscrits qui se développent grâce à la redécouverte du pochoir.

Rencontre des cerveaux du son et du langage par le développement de la notation musicale.

Pour ressituer cela dans l'ensemble, voyons une sorte de "bande dessinée" des 400 siècles pendant lesquels l'homme s'est écrit à lui-même et à écrit aux hommes et aux dieux.

    1 > 2 >

Avec Walter J. Ong (1982) et Leroi-Gourhan (1980) nous considérerons l'écriture comme une technologie à la fois "comme une autre" et tellement décisive. Voir le passage des signes "insensés" aux idéogrammes "sensés" - timbres 1 et 2.

En -403, donc après les tyrans, Archinos décide que les grecs écriront de gauche à droite et non plus avec une des nombreuses autres écritures - timbre 5 boustrophédon - il ouvre la porte à la domination du monde d'abord par les grecs puis par leurs successeurs scripteurs "ordonnés".

Le fait qu'une des premières fonctions de l'écriture soit de signifier la loi nous intéressera à la fois pour le passé - timbre 4 - et pour l'actualité.

Enfin, nous serons attentifs au fait que nos classifications et nos frontières sont un découpage d'objets de recherche simplifiés dans une réalité par ailleurs complexe et insaisissable - timbre 3.

3

4

5

Médio 2.4.11. les premiers pas de l'écriture

 

                6>      7>

Lorsque Régis Debray (1991) décrypte le passage du volumen au codex - timbres 6 et 7 nous découvrons le premier pas de la pensée "modulaire".

Une fois identifié la méthode médiologique, il est possible de l'appliquer à une charnière qui nous intéresse particulièrement. Par exemple l'apparition du "livre de poche" -timbre 8. Ou encore celle du discours "modulaire" de René Descartes - timbre 9.

Le chercheur qui s'intéresse au scripteur hypermoderne s'interroge (i) sur les expériences contemporaines similaires (ii) sur le passé de ces modes d'expression. Par exemple les idéogrammes Bliss sont utilisés par des handicapés - timbre 10. Reprise remarquable de pratiques idéographiques millénaires.

Le scripteur hypermoderne redécouvre des modes d'expression "primitif". Il s'écrit à lui-même et aux autres par émoticones - timbres 11.

              < 11          < 10

 

 

 

 

8

9

Médio 2.4.12. : Du parchemin aux émoticones

 

2.4.3. Graphotope et logotope

Le sens commun voudrait que l'homme parle - logotope - avant qu'il n'écrive - graphotope.

Le même sens commun additionné d'une pincée d'observation critique découvre que, dans une culture de l'écrit et en particulier dans l'épistémè hypermoderne, l'enfant est exposé au mot écrit bien avant qu'il ne parle - textes sur son biberon, son bavoir, son landau, textes sur ses vêtements et ceux de sa fratrie et ses parents, emballages dans la cuisine, textes sur les jouets et leurs emballages, revues, livres, affiches, etc..

L'enfant baigne ainsi à la fois dans un graphotope et dans un logotope.

Jacques Derrida fait une proposition surprenante : "Depuis toujours l'homme parle comme il écrit même avant d'écrire réellement !" (Ramond, 2001) La dite proposition est (i) une "provocation à penser" (ii) la prise en considération du fait que l'homme a été "visuel" avant d'inventer un logotope/phonotope.

2.4.3.1. L'homme qui communique tout en étant privé de l'usage du langage phonétique

De tout temps l'homme "normal" a affiné sa compréhension de lui-même en observant les "cas d'exception". Par exemple Wilson et Barber (1983) étudient les personnalités qui ne font pas nettement la différence entre le réel et l'imaginaire - la prévalence en serait de 3% de la population générale. Sachant qu'il y a un continuum entre ces personnalités et nos propres personnalités, l'étude des cas extrèmes nous éclairent sur notre imaginaire quotidien.

Lorsque je veux étudier l'individu hypermoderne (i) ce qui va être vraiment révélateur ce sont des situations suffisamment extrêmes (ii) ce qui va m'aider à comprendre ce sont les enseignements apportés par les situations extrêmes homothétiques.

Pour comprendre les rôles respectifs des quatre chambres cérébrales nous nous intéresserons à la communication par idéogrammes.

Certaines personnes handicapées qui n'ont pas accès au langage phonétique, leur chambre cérébrale gauche - voir tableau 2 - est non-développée ou lésée. Ces personnes et leur entourage familial et social représentent une population importante et croissante. En effet toutes les formes d'accident - génétique, de naissance, de vieillissement - ont moins d'issues fatales que par le passé.

Au début des années 70, des éducateurs canadiens ont découvert que quelques "utopistes" avaient développé des langages idéographiques qui ressemblent aux langages d'avant l'écriture phonétique.

"Je voudrais aller au cinéma" écrit en langage Bliss
L'écriture universelle de Jean Effel en 1968

Médio 2.4.13.: Les écritures universelles idéographiques.

On sait aujourd'hui installer de telles écritures sur des ordinateurs. Des personnes très handicapées dont le cerveau ne peut pas gérer le langage phonétique échangent ainsi avec leur entourage proche comme avec des correspondants de l'autre côté de la planète.

Leur pratique de l'expression par l'idéogramme est très ressemblante avec la celle de l'usage des émoticons - c.f. journée d'étude le 17 mars 2005 "Emotions et interractions en ligne" à l'ENS LSH Lyon.

Combien de millions de personnes utilisent-elles les messageries synchrones (chat exemple Messenger de Microsoft) et les SMS (messages courts par téléphone) ?

Étonnant retour au premier langage écrit avec l'utilisation des émoticones (idéogrammes).

Médio 2.4.15. : Émoticones"standards" pour Messenger.

 

2.4.3.2. Penser l'articulation du graphotope et du logotope : aujourd'hui

Lorsqu'il s'agit d'enseigner à un enfant le langage écrit et oral, comment faut-il répartir l'usage des fonctions visuelles (lire le mot d'un bloc) et des fonctions auditives (épeler) ?

Pour comprendre l'importance du mot comme "bloc visuel", un test très simple consiste à proposer à un adulte de lire par exemple une page d'un même texte dont une première version est écrite toute en majuscules et une seconde est écrite "normalement" avec des minuscules. (Lebrun, N. & Berthelot, S., 1991). On réalise ainsi que l'être humain lit quantité de mots non pas de manière syllabique mais par la forme globale "habituelle" du mot, celle qu'il a lorsqu'il est écrit en minuscules.

            

Figure 2.4.1. : La forme des mots courants.

Il y a donc un lien direct entre forme du mot et sens qui ne passe pas par la forme orale du mot - nous avons vu que cela est apparu au VIe siècle.

Par exemple si je vois un panneau "Danger !" je n'ai pas besoin d'épeler le mot "Danger" pour savoir de quoi il retourne.

La cloison entre écriture phonétique - logotope - et "signe qui renvoie à un sens" - graphotope - n'est donc pas étanche.

La lecture syllabique "joue" peut-être pour les mots qui ne font pas partie du vocabulaire usuel. Par exemple "anticonstitutionnellement" sera lu de manière syllabique ou par sous blocs "anti constitution ellement".

Là encore, le chercheur en information et communication ne travaille pas sur l'apprentissage scolaire mais il est face à des individus qui ont l'usage de quatre - ou moins - chambre cérébrales et bien des choses en découlent directement ou indirectement.

2.4.3.3. Penser l'articulation du graphotope et du phonotope : à la naissance de l'écriture

Parmi les changements d'épistémè, celui qui a vu l'homme passer du monde oral au monde écrit nous intéressera maintenant. Nous avons vu qu'il y a l'oralité primaire - avant l'émergence de l'écriture - et l'oralité secondaire où l'oral est influencé par la forme écrite du langage. Si j'observe les traductions de textes anciens dont l'origine est dans l'oralité je vois cette difficulté à passer d'un monde à l'autre.

Exemple Jean 1,1 : trois traductions de la même phrase.

Au commencement était le Verbe,et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était un dieu. Entête, lui, le logos et le logos, lui, pour Elohîm, et le logos, lui, Elohîm.
Œcuménique Monde nouveau Chouraqui

Tableau 2.4.1. : trois traductions écrites de la même phrase issue du monde oral.

Le texte de Jean est un texte "moderne" qui reprend un "formulisme" ancien. (Jousse, 1974).

La traduction de Chouraqui se fait au plus près du mode oral, le mode en formules. Les autres traductions ignorent ce mode. Ce ne sont pas des traductions mais des transpositions dans un autre monde/mode/épistémè.

Il y a d'abord une formule binaire : "lui, le logos, le logos, lui". Formule binaire que l'on retrouve par exemple dans certains "gospel songs".

Ensuite la formule est ternaire : " le logos, lui, Elohîm". Ces formules correspondent au balancement du corps qui était la base de la psalmodie. Les traductions des colonnes 1 et 2 sont donc "trahison". D'abord par le remplacement d'Elohîm par Dieu, le premier représentant la "multiplicité", le second l'unicité comme l'explique André Chouraqui. Ensuite par la perte du sens multiple lui aussi du logos. Enfin par la perte du formulisme qui lie les termes par le corps donc de manière beaucoup plus forte que les mots "était" ou "était tourné".

Exemple Mathieu 5,3 où la perte de l'agir : "En marche !"

Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des Cieux est à eux. (16) En marche, les humiliés du souffle! Oui, le royaume des ciels est à eux!
École biblique de Jérusalem Chouraqui

Tableau 2.4.2. : deux traductions écrites de la même phrase issue du monde oral.

Là encore c'est l'ancrage dans le corps, dans le mouvement, dans la respiration qui est perdu. Le souffle - roua'h - devient l'âme. Humilié devient pauvre. En marche devient heureux. - alors qu'il est présent au début de neufs phrases. "Oui" devient "car". On peut difficilement imaginer pire traduction-trahison.

Le même problème se pose pour la traduction de l'Iliade : "Les mots, dans l’Iliade, qui, à une époque ultérieure, finissent par signifier des choses mentales, ont des sens différents, tous concrets ». (Jaynes, 1976, p. 85).

Et l'auteur passe en revue les mots psyché, thumos, phrenes, noos et mermera. A propos de ce dernier terme Jaynes dit « Les traducteurs modernes, au nom de la soi-disant qualité littéraire de leur travail, utilisent souvent des termes  modernes et des catégories subjectives qui ne sont pas fidèles à l’original. Mesmerizein est donc, à tort, traduit par méditer, réfléchir, être indécis, être préoccupé, ne pas se décider. Mais avant tout il signifie être en conflit avec soi-même par rapport à deux actions, et non deux pensées. C’est toujours en rapport avec l’action […]. Il n’y a pas non plus de concept de volonté, ni de mot pour la désigner, celui-ci se développant curieusement assez tard, dans la pensée grecque". (Op. cit. p. 85).

Comprendre comment l'homme pensait dans un épistémè antérieur nécessite (i) de se "sortir" de sa propre vision du monde (ii) d'interpréter "au plus près" les signes de l'épistémè pour échapper au contresens.

Leitmotiv 48 : Comprendre un autre épistémè.

Là encore, ce qui est perdu c'est la question du corps, de l'action. Au profit de la pensée. Mais la perte semble plus grande que le profit, puisque la réalité de nos devanciers d'avant l'écriture, d'avant le géométrie est perdue dans la traduction-trahison.

A travers les travaux de Chouraqui, de Jaynes, de Jousse et de bien d'autres chercheurs l'individu hypermoderne a donc un accès de plus en plus authentique avec ses racines.

Par ailleurs - mais est-ce bien un ailleurs - grâces aux dites "thérapies émotionnelles", "thérapies corporelles", "redécouverte du cri primal", etc. il peut aussi accéder aux étapes premières de son ontogenèse, elles aussi inscrites dans son corps et dans son souffle.

Peter Sloterdijk fait ainsi une description "bouleversante" de l'univers d'avant la naissance. (Sloterdijk, 2002).

Là encore ceci n'est pas du ressort direct du chercheur en information et communication, mais lorsqu'il étudie le créateur ou l'utilisateur d'un grenier de savoirs dans l'hypermodernité, il est à la fois devant un individu qui "est", comme cela, et qui "sait" puisque différents médias diffusent des versions vulgarisatrices de ces savoirs nouveaux ou anciens redécouverts sur l'homme.

2.4.3.4. Quand le graphotope ancien est homothétique du graphotope moderne

Les "hasards" de l'existence - on dit aujourd'hui la sérendipité - font que j'ai été amené à rencontrer un même phénomène, le boustrophédon (W), dans sept graphotopes habituellement disjoints.

Au tournant du siècle, je prenais l'exemple du boustrophédon pour montrer un thème "absent" de l'Internet. Aujourd'hui, en février 2005, l'index de Google signale 20600 documents !

2.4.3.4.1. Le boustrophédon écriture première des grecs anciens

En l'an -403 Archinos a décidé que l'écriture grecque ne s'écrirait plus "dans les deux sens" - boustrophédon - mais seulement de gauche à droite.

Avant Archinos Si on l'utilisait aujourd'hui

Médio 2.4.16. : Écritures en boustrophédon.

"Jusqu’au VIème siècle, l’écriture grecque n’était pas encore stabilisée. Chaque cité grecque archaïque, traditionnellement jalouse de son indépendance, imposaient des graphies très différentes aux lettres. Ainsi, aux côtés de l’alphabet grec ionien, coexistaient différentes variantes de cet alphabet employés en Asie Mineure pour noter le grec et des dialectes locaux. Pour mémoire, il est possible ainsi de mentionner l’existence des alphabets phrygien, pamphylien, carien, lydien et lycien.

De même le sens de lecture n’était pas encore définitivement fixé. On pratique ainsi le spéirédon (lecture en spirale), le stoïchédon (alignement horizontal et vertical des lettres) et le boustrophédon. ...

L’année - 403 marque un tournant décisif dans l’histoire de l’alphabet grec. En effet, sous l’archontat d’Euclide, Archinos fait adopter à Athènes une disposition stipulant que les textes des lois, consignés jusqu’alors dans l’alphabet local, seront réédités dans l’alphabet de Milet dit ionien, qui donnait sa préférence au sens gauche-droite. Les autres villes grecques, suivirent progressivement cet exemple, reconnaissant officiellement la supériorité de cet alphabet. Au IVème siècle, l’unification des alphabets grecs était à peu près réalisée. C’est un fait important dans l’histoire de la civilisation, car l’adoption de ce même type d’écriture coïncide approximativement avec la création d’une langue grecque commune, koiné dialektos, qui fut employé par tous les Hellènes ayant quelque culture, processus déterminant dans l’établissement du sentiment national grec." in (Loubet del Baye, 1999).

2.4.3.4.2. Le boustrophédon pour lire plus vite

De nombreux chercheurs ont travaillé sur la lecture rapide. L'un d'entre eux, plein de bon sens a observé (i) que le retour de l'œil de la fin d'une ligne au début de la suivante était très consommateur de temps (ii) qu'avec un ordinateur il est facile d'écrire en boustrophédon (iii) qu'en désapprenant à désapprendre le boustrophédon qui est le mode naturel d'écriture et de lecture il avait effectivement de bonnes performances.

2.4.3.4.3.Quand l'enfant écrit en boustrophédon

Le troisième graphotope est celui du jeune enfant qui apprend à écrire. Il y a quelques années, alors que l'on parlait encore peu du boustrophédon sur l'Internet, j'avais trouvé le témoignage du petit John qui écrit "to mummy" de droite à gauche en miroir - figure ci-dessous. Face à ce comportement normal, combien d'adultes de l'entourage des John de monde entier s'interrogent. "Est-ce normal ?" "Est-il normal ?"

Comme les disciplines et les professions sont cloisonnées, ils ne savent pas que dans six autres graphotopes on connaît le boustrophédon.

Le langage courant est porteur d'inquiétude potentielle. Ainsi on dit : "cet enfant est gauche !" Avant on s'inquiétait s'il était gaucher, maintenant on s'inquiète s'il écrit de droite à gauche en miroir.

Figure 2.4.2. : Écriture en miroir du petit John.

2.4.3.4.4. Le boustrophédon de Léonard de Vinci

Dan Brown a mis l'homme de Vitruve re-dessiné par Léonard de Vinci au centre de son "Da Vinci Code, 2005".

Léonard de Vinci était gaucher et écrivait souvent de droite à gauche en miroir. En particulier sur le document de l'homme de Vitruve ci-contre. Plusieurs explications en sont données dont celle de la volonté de l'auteur de cacher certains de ces écrits.

in Wikipédia Mirror writing

Mais qui a envisagé que Léonard de Vinci avait tout simplement "résisté" à la pression sociale qui oblige à écrire d'une part de la main droite d'autre part de gauche à droite ?

Autrement dit que, tandis que certains de ses petits camarades devenaient dyslexiques par désaccord entre leur biologique et le culturel, lui développait une sorte de surdon.

Proximité souvent observée entre le cancre et le surdoué.

Oeuvre 2.4.2. L'homme de Vitruve.

2.4.3.4.5. Le boustrophédon dans d'autres topoï

Nous trouvons le boustrophédon dans un cinquième graphotope. C'est celui des personnes très âgées qui elles aussi, écrivent parfois en miroir ou en boustrophédon. Alors la famille et les soignants sont très inquiets de cela. Le "papé" ou la "mamé" font quelque chose de "très anormal" ... comme l'enfant John, comme les grecs anciens et comme Léonard de Vinci.

"Naturam expellas furca, tamen usque recurret" dit Horace, "Chassez le naturel à coups de fourche, il reviendra toujours." La Fontaine nous le dit via une autre métaphore "Qu'on lui ferme la porte au nez, Il rentrera par les fenêtres."

Le boustrophédon de la personne âgée est un phénomène reconnu mais pas en francophonie. En effet, via Google on ne trouve pas de document qui associe boustrophédon et "personnes âgées". Par contre avec "mirror writing" et elderly on trouve 121 documents.

Nous retrouverons aussi notre boustrophédon dans certaines maladies neurologiques ou encore psychologiques.

Le travail sans tenir compte des cloisonnement, dans la transversalité du fait humain peut révéler des dynamiques.

Leitmotiv 49 : Travailler transversalement.

Transition

Les explorations que nous venons de faire sont à la fois trop et trop peu. Elles paraissent dépasser le propos du présent travail et, en même temps, elles montrent qu'il est difficile de travailler sur la pensée de l'être humain sans identifier le graphotope et le logotope dans lesquels il baigne. Et le premier humain sur lequel le chercheur s'interroge est lui-même. Peut-il produire du discours positif sans explorer à minima ses relations à l'écriture depuis le plus primitif jusqu'au plus sophistiqué de lui-même ?

Lorsque le chercheur fait le choix d'une systémographie - le chapitre que nous allons voir juste après, il définit les contours du système comme objet de recherche. Certains thèmes sont "à la frontière" et il est difficile d'en décider l'inclusion ou l'exclusion du discours positif.

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