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Matrice 2.3.1 : La logo-sémiographie, élément 3 de l'heptagraphie.
Dans la guipographie nous avons vu que son parti pris est la symétrie. Le lecteur aura remarqué que les figures de l'heptagraphie comme la figure 1 ci-dessus sont tout sauf symétriques.
C'est un bon exemple du fait qu'un schéma comme une phrase n'a souvent de sens que dans son contexte.
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Figure 2.3.1. : Symétrie entre les logos de l'acteur et du chercheur.
Symétrie ne veut pas dire identité. On pourrait dire "homothétie", isomorphisme. Autrement dit : "il y a quelque chose à comprendre à partir de l'observation des identités de processus et de contenu et des différences".
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Figure 2.3.2. : Quand acteur et chercheur appartiennent au même épistémè.
Au contraire de l'ethnographe qui observe un acteur qui appartient à un autre épistémè, le chercheur est ici dans le même épistémè que l'acteur. Il n'y a pas la difficulté de la traduction. Il y en a une autre bien plus "sournoise". En effet, le logos est un processus largement automatique. Il devra être fait un travail de conscientisation.
Le chercheur est constructeur en terre-argile crue, l'acteur aussi. Le chercheur est un passionné de l'Internet, l'acteur aussi. Autant de pièges, d'éléments "allant de soi" qu'il sera d'autant plus difficile à objectiver.
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Figure 2.3.3. Multiples sources du logos.
La cohabitation de trois ensembles sémantiques sera pensée tout au long de la production du discours positif.
Au fil des dernières décennies du XXe siècle, des chercheurs, sur la base de préoccupations extrêmement différentes, ont identifié que l'analogie et la métaphore sont les piliers de la construction du langage scientifique (Berger-Douce, 2002; Bhushan, 1995; Brown, 2003; Deutsch, 1951; Haraway, 1976; Kovac, 2003; Lichnerowicz, 1980; Ortony, 1979; Root-Bernstein, 2003, Schlanger, 1995; Tsoukas, 1991)
Pour expliciter un éléments "abstrait" - que Julian Jaynes,1977 nomme un métaphrande - le chercheur a recours à un métapheur dans un monde plus concret, plus connu.
| Métaphrande à expliciter | Métapheur explicitant |
|---|---|
| L’atome ... |
Meta 2.3.1. : ... des électrons-planètes en giration autour d'un noyau-soleil. |
| L'ADN ... | ... un code |
| L'atmosphère ... | ... une serre |
| L'électricité ... | ... un flux |
| Distribution de la masse dans l'univers ... | ... de la mousse |
| La chaleur ... | ... un fluide |
Meta 2.3.2. : Métapheurs pour les sciences dures.
Judith Schlanger parle, dans l'extrait ci-après, de "commodité allusive" et souligne l'homothétie qu'il y a entre création de concepts et création de mots pour le dire.
"Tout ce qui est de notre nature est piège tant qu’il reste implicite et pouvoir dès qu’il devient explicite. D’où le rôle nécessaire et limité des entreprises réflexives : elles ne peuvent ni fonder ni abolir la complexité, mais elles la déploient. … Nous pensons à travers des mots, à l’aide de mots… ; un concept, vu par le petit bout, c’est aussi un vocable. …Les savoirs symboliques [mathématiques, chimiques, logiques] placent leur effort scientifique dans l’élaboration de leur terminologie spécifique ; plus ce vocabulaire se constitue, s’enrichit, se développe, d’autant s’accroît la connaissance. Mais les savoirs discursifs ne quittent pas le plan du langage … Le contenu de leur connaissance et les moyens ou les instruments de leur connaissance, tout cela s’exprime en un discours. Discours connexe au discours commun, auquel il demeure fallacieusement semblable. Il y puise ses termes, et sous ce premier aspect déjà il ne dispose que d’une terminologie empruntée. … [Dans le cas de l’invention scientifique et de son expression] l’emprunt des termes en fonction de leur commodité allusive reste permanent et inévitable." in (Schlanger 1971, 1995).
"Un concept ... c'est aussi un vocable." nous est-il dit. Peut-on avoir le concept, par exemple, de flux magnétique sans avoir un mot pour le désigner ? Peut-on comprendre l'invisible du magnétisme sans l'analogie avec le visible du flux de liquide ?
L'analogie est ainsi largement employée par les sciences "dures" pour désigner ces choses qui sont bien tangibles pour le chercheur qui dispose d'instruments pour les objectiver mais qui doivent être illustrées pour le commun des mortels.
Les sciences humaines et l'ensemble des disciplines qui traitent des productions des affaires humaines, les pragmata (W), ont également besoin d'analogies et de métaphores qui sont au cur même de la construction des concepts. Écoutons Jacques Ardoino et Guy Berger : "pour permettre de distinguer plus finement entre l'univers des sciences anthropo-sociales et celui des sciences de la matière, nous voudrions préalablement mettre l'accent sur ce qui, à travers les approximations, les métaphores et les analogies, continue bien de constituer réellement le lot commun à ces différents epistemès. C'est l'un des mérites du mathématicien André Lichnerowicz d'avoir su mettre en évidence le rôle incontournable de l'analogie (celle-ci éventuellement puisée à des fonds assez inattendus), jusque dans le cadre des sciences les plus rigoureuses et les plus éprises de cohérence. On sait que Maxwell, lui même, avait très bien pressenti l'importance des métaphores, s'en servant utilement pour aider des lecteurs informés (et non profanes) à comprendre l'électricité à partir d'images mécaniques, dans une perspective explicite d'illustration plus encore que d'explication (la notion de ´"champ" , particulièrement intéressante, ici, pour avoir permis de tenter de ´"jeter un pont" entre les sciences physico-chimiques et les sciences de l'homme, avec la psychologie sociale, n'étant certainement pas la moins illustre d'entre elles)". (Ardoino, 1997) avec référence à (Lichnerowicz, 1980).Après un temps où l'étude de l'analogie et de la métaphore dans la vie quotidienne et dans la vie scientifique ont été séparées, (Théodore L. Brown, 2003) chimiste de son état reprend le modèle général de (Lakoff et Johnson, 1980) et identifie lemploi « massif » de la métaphore comme mode explicatif dans les sciences dures.
Robert Root-Bernstein fait une revue de l'ouvrage de (Theodore L. Brown, 2003). « Selon le point de vue de Brown, le problème central de la science est de faire des connections entre une métaphore, que l’on peut aussi appeler modèle ou théorie, et les résultats d’une expérience".(Root-Bernstein, 2003).
Le paradoxe est que ce que l'on tente d'expliquer par la métaphore n'est pas réellement ce à quoi on la compare mais que la comparaison est le seul moyen dont on dispose pour "donner du corps", pour permettre la représentation.
Un autre exemple est celui de la protéine dite « protéine chaperon » car sa fonction est dempêcher les interactions indésirables.
« Baptiser » ainsi un élément nest pas une opération anodine (i) cest affirmer que la fonction « chaperon » est centrale (ii) cest ex-pliquer avec le tiret déplier, déployer une figure qui dit « ceci cest comme cela et pas autrement» (iii) cest permettre aux générations futures de mémoriser (iv) cest permettre lacte qui montre quun élément est scientifique : la réfutation. Dans ce cas, le « réfutant » pourrait dire : « Non, cette métaphore nest pas la bonne, elle fait trop ressortir telle propriété, elle ne rend pas compte de telle autre. » (Op. cit.).
Prenons un autre cas cité par Jeffrey Kovac. « Peut-être le meilleur exemple est la mécanique quantique où les choses ont à la fois des propriétés de particules et des propriétés dondes. De telle manière que lon a besoin de deux métaphores. aucun dentre nous na dexpérience directe des particules quantiques, donc nous utilisons ce que nous savons des boules de billard et des cordes vibrantes pour essayer de comprendre les propriétés des électrons".(Kovav, 2003).
Judith Schlanger souligne à nouveau que c'est lorsqu'un chercheur ne peut pas produire un symbole, mathématique ou autre, qu'il doit puiser dans le fond commun des images du cerveau.
| « Il est certain que les savoirs discursifs … c’est-à-dire les savoirs qui expriment leurs résultats en paroles et non pas en symboles, empruntent leur terminologie aux divers fonds linguistiques disponibles. Notre problème concerne les relations entre l’activité du discours connaissant (qu’il s’agisse du raisonnement philosophique ou du raisonnement scientifique) et le tissus verbal complexe et souvent hétérogène dans lequel il se réalise. Ce qui est en cause c’est l’aspect métaphorique de la conceptualisation".(Schlanger 1971, 1995). |
Leitmotiv 42 : Le savoir a deux formes : le symbole et/ou la métaphore.
L’auteur « décortique » ensuite un article de Joël de Rosnay qui présente le modèle de régulation cellulaire qui a valut à Lwoff, Monod et Jacob le prix Nobel en 1965, article dit « de vulgarisation supérieure ». De Rosnay reprend les métaphores utilisées par les créateurs du modèle. Judith Spangler identifie cinq ensembles. Les mots métaphrande et métapheur sont employés en particulier par Julian Jaynes in Jaynes, 1976.
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Le métaphrande |
Les métapheurs |
|---|---|
| La vie de la cellule |
- administration et économie - construction mécanique par assemblage - énergétique - information, électronique, cybernétique - usine = fabrication industrielle |
Meta 2.3.3. Exemple de métapheurs pour "la vie de la cellule" D'après de Rosnay (1967).
Dans le discours de de Rosnay, l’auteur identifie trois manières d’utiliser la métaphore, trois niveaux – il faut lire la tableau du bas vers le haut.
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Niveau 3 Supra Métaphorique C’est quand on dit « façon de parler ». On ne sait pas dire autrement alors on « abuse » du pouvoir d’un métapheur. Exemples : La cellule « décide » |
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Niveau 2 Métaphorique Il est caractérisé par l’emploi des guillemets ou du qualificatif de « véritable ». Il y a une distance mentale entre le métaphrande et le métapheur choisi. Exemples : « Interrupteur » chimique. Véritable transformateur d’énergie. Véritable système cybernétique. |
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Niveau 1 Infra-métaphorique « Les expressions assimilées et banalisées par l’usage, et qui ne sont quasiment plus ressenties comme analogiques » Exemples : la protéine est comparée à un collier de perles, l’ADN est en hélice, les enzymes sont des catalyseurs. |
Meta 2.3.4. Trois niveaux pour la métaphore.
« A vrai dire – et c’est le problème que nous voudrions poser ici – la pensée scientifique s’est-elle jamais enrichie d’un nouveau concept dont la formulation, et à travers elle, le modèle logique, n’aient été métaphoriquement empruntés ? » (Schlanger 1971, 1995 p. 17).
Ce qui est remarquable, dans ce tableau, c’est que Judith Schlanger montre dans l’analyse d’un même texte ce que Julian Jaynes puis Lakoff et Johnson montrent pour le langage de tous les jours – niveau 1- et ce que Théodore L. Brown montre pour le langage scientifique – niveaux 2 et 3.
« Le point de départ du problème épistémologique que pose cet article [celui de Joël de Rosnay], c’est qu’effectivement nous avons compris. Ou du moins nous avons l’impression, justifiée ou non d’avoir compris ; une représentation cohérente et articulée du fonctionnement cellulaire nous a été effectivement communiquée. Le problème part de la constatation d’un succès. … Certes, nous savons que cette page d’information ne nous livre pas la possession d’un savoir. Quelque chose nous est présenté, quelque chose est partagé : nous ne sommes pas devenus savants pour autant. … Ce n’est pas seulement pour se rendre intelligible au lecteur honnête homme que la théorie cellulaire emprunte ce clavier disparate d’allusions techniques, c’est aussi pour se rendre intelligible à elle même. » (Op. cit. p. 17).
En effet, ce que savent nos trois prix Nobel, ils le savent par ce qu’ils voient dans un microscope électronique, c’est-à-dire par des images. Ils le savent par des mesures électriques c’est-à-dire des chiffres et des formes d’ondes. Ils le savent par des mesures chimiques c’est à dire des chiffres et des noms de molécules. Etc.. Mais, à un moment donné, ils éprouvent le besoin de mettre tout cela en relation, de décrire la gestalt globale que personne ne verra jamais. C’est pour répondre à ce besoin qu’ils se lancent dans le discours métaphorique. C’est, dans ce cas, à la limite du savoir que ce développe le discours métaphorique. Mais le savoir a besoin de cela. S’il restait au niveau de la compilation d’images et de chiffres, au niveau froid, il manquerait quelque chose. Il manquerait la « saga de la cellule ». Le savant le plus cartésien a besoin d’épopée et "encore plus" le politique et le contribuable qui vont lui donner « beaucoup » d’argent pour qu’il continue sa recherche. Certes, le jury du prix Nobel ne donne pas le prix sur la base de l’épopée mais sur la base des piles d’images et des tableaux de chiffres. Mais s’il n’y avait pas des alternances de discours symbolique froid pour les publications scientifiques et d’épopée chaude pour la notoriété de l’équipe, cette dernière n’aurait pas eu les moyens d’accéder au prix Nobel. Par ailleurs, le chercheur qui resterait au niveau des faits aurait une conversation « froide » du genre « ce matin j’ai mesuré la différence de potentiel entre deux cellules : elle est de X mVolts ». Conversation de type « autistique » puisque comprise seulement de lui-même. Pour décrire le contexte de la recherche et se rendre intelligible, le chercheur doit user de la métaphore.
« L’invention d’un savoir passe par un certain circuit de paroles : elle peut rencontrer une formule éclatante, mais la formule à elle seule n’est pas le savoir gagné, elle n’est que le bonheur d’expression d’un dire développé, ou du moins développable. L’invention de la formule se broche sur le tissus du savoir. Une théorie scientifique s’expose à travers l’exposé de son corps vérifiable : observation, expérimentation, calcul. Quelle que soit l’importance quantitative de son langage spéculatif, il n’apparaît pas ainsi isolé et réduit à soi-même. » (Op. cit. p. 18).
Lorsqu'un jeune doctorant est face à sa fenêtre vide de traitement de texte - ex syndrome de la feuille blanche - son directeur de recherche devrait lui proposer d'afficher au dessus de son écran la maxime : «La production discursive du chercheur est faite de l’entrelac de son discours factuel – observation et mesure – et de son discours métaphorique qui fait ressortir les formes, les structures et les dynamiques. »
| « Ce n’est pas seulement dans un but transitif, pour se faire comprendre, que le savant cherche ses termes, c’est d’abord pour lui-même. … Ce n’est pas une obligation extérieure, c’est une nécessité interne de la pensée féconde : elle n’acquiert un concept qu’en le nommant. » (Schlanger 1971, 1995) |
Leitmotiv 43 : La métaphore est une nécessité
interne de la pensée.
Et l’auteur prend l’exemple que Marcel Mauss décrit dans "Sociologie et anthropologie" de sa saisie des éléments d’un problème, de la vision de la direction à explorer mais de l'impossibilité de lui trouver un nom. « Jusqu’au moment où l’expression « techniques du corps » lui est survenue : autour de cette expression a pu s’organiser alors la notion. Le nom et le contenu du domaine de connaissance, le programme de la recherche, le plan de l’article, tout a surgi ensemble et d’un coup. L’expression « techniques du corps » est le concept ; c’est elle qui rend possible le gain d’une organisation nouvelle, d’un savoir neuf". (Mauss, 1950).
Si la métaphore a une importance jusque dans le création des concepts, alors il est impératif de développer un "cours de métaphorisation" à l'usage des chercheurs.
Q1 Quels métapheurs pour tel métaphrande ? Quelle circulation des concepts ?
Par exemple, Judith Schlanger s’interroge sur l’expression « l’organisme politique et social ». « Certaines doctrines politiques, certaines théories sociologiques se sont placées à l’égard [du métapheur] biologie dans une perspective explicite de la plus étroite dépendance… le politique et le sociologique ont à plusieurs reprises cherché leurs modèles de représentations dans d’autres domaines que le domaine biologique : d’une manière très générale et très évidente, c’est surtout dans les domaines mathématique, physique et cosmologique que se sont aussi cherchées les conceptions de la société et de l’État. Par ailleurs, les images musicales et architecturales ne sont pas sans jouer un rôle spécifique dans les argumentations". (Schlanger1971, 1995, p. 29).
Un autre exemple proposé est celui de l’utilisation des métapheurs de la cybernétique et ses catégories de communication et de contrôle pour décrire les sociétés humaines. C’est Karl S. Deutsch (1951) qui explore ce lien métaphorique de manière réfléchie et volontaire alors que, le plus souvent le chercheur produit des métapheurs sans s’interroger sur ce qui est en jeu au niveau du langage et de l’épistémè. Il souligne que les notions de perception, de mémoire, de conjecture et de décision sont des analogies préexistantes qui permettent de s’installer dans la métaphore. Judith Schlanger souligne : « En fait, on notera que tous ces termes appartiennent au vocabulaire psychologique des opérations mentales, déjà transposé une première fois dans le domaine de l’informatique, généralisé à partir de là, puis transféré dans le domaine social. Une notion comme celle de magnétisme, nous le verrons, parcourra une trajectoire de ce genre …". (Op. cit. p. 29).
L’auteur se montre quelque peu prophétique lorsqu’elle propose :
« Il est du reste fort possible qu’il y ait prochainement une extension
théorique importante du modèle cybernétique aux sciences sociales … » Judith
Schlanger écrit en 1971. C’est en 1980 qu’Edgar Morin publie le second tome
de sa Méthode : La vie de la vie, texte qui foisonne de petits
schémas représentant des boucles de rétroaction, chose impensable dans l'épistémè
précédent.
Judith Schlanger étudie en particulier l’émergence, à la fin du XVIII ième siècle et au début du XIX ième, de la métaphore « la société est comme un organisme », métaphore dont l’influence, la pénétration dans la pensée est bien plus importante que celle de la structure, par exemple.
« L’organisme ne désigne plus alors un ordre important mais localisé de phénomènes qui sont l’objet d’un savoir : il renvoie à un complexe de significations à partir duquel s’organise en droit tout savoir. … c’est le type de la réalité rationnelle. … Toutes ses catégories, nous le verrons, coïncident avec les catégories d’une rationalité imaginative ; et l’on ne marquera jamais assez l’extrême ambiguïté, pour la connaissance, d’une pareille surévaluation logique de la représentation. Il faut tout à la fois reconnaître le rôle fécond des images et des métaphores au niveau de l’invention, et circonscrire le poids dont elles pèsent sur la pensée scientifique et le danger qu’elles constituent". (Op. cit p. 30).
Le texte de Judith Schlanger colle tellement à ma préoccupation de clarification épistémique que je la citerai encore une fois :
« La pensée inventive, là où elle est féconde, est impure. Ses démarches font la part belle à l’imagination, à l’intuition, au verbalisme parfois. C’est le rôle de la pensée critique, ensuite ou à ses côtés, de purifier, de contrôler, de maîtriser l’impureté de la spontanéité. … l’ambivalence du rôle des représentations dans la vie conceptuelle". (Op. cit. p. 30).
Q3 L'uvre d'un auteur peut-elle être spécifiée par son "set" - jeu - de métaphores ?
Judith Schlanger propose :
| « Jusqu’à un certain point, il serait même possible de dessiner la constellation métaphorique propre à chaque auteur". (Op. cit. p. 32). |
Leitmotiv 44 : La constellation métaphorique de chaque auteur.
« Jusqu’à un certain point, il serait même possible de dessiner la constellation métaphorique propre à chaque auteur". (Op. cit. p. 32).
Selon ses origines sociales, géographiques, un auteur va disposer d'un jeu de métapheurs possibles. Par exemple, on peut observer que la mère de Socrate était accoucheuse et qu'il a développé ce qu'il nomme "accouchement des esprits" - maïeutique. Saint Augustin utilise la métaphore de la caverne alors qu'il est né dans une région ... caverneuse : "notre mémoire garde beaucoup de choses empilées comme dans des cavernes . . ." Confessions 10 (11.18).
Alors que tant d'ouvrages montrent que la science et l'ensemble des disciplines positives comprennent le monde par l'analogie métaphore, les dictionnaires courants continuent de présenter le phénomène comme s'il était limité à la rhétorique, à la poésie, prenant comme exemples des expressions comme "une source de chagrin", " un monument de bêtise ", " un océan de troubles ".
Lakoff et Johnson proposent : "... la métaphore est partout
présente dans la vie de tous les jours, non seulement dans le langage mais
dans la pensée et dans l'action". ( Lakoff, 1980,
p. 13).
Pierre Fastrez propose des extraits de l'ouvrage de Lakoff et Johnson :
Dès que quelque chose est un tant soit peu abstrait, nous le pensons et le
disons en terme de quelque chose de plus concret. Exemples :
| Métaphrande | Métapheur | |
|---|---|---|
|
Exemples : ça m'a remonté le moral, il est tombé
en dépression. |
L'humeur |
1 L'homme "abattu" est plus bas que l'homme en forme. |
|
Exemples : il est plongé dans le sommeil, il
émerge de sa cuite. |
L'inconscient du sommeil, du coma |
Un liquide, une poudre, un tas de plumes où l'on s'enfonce. |
|
Exemples : ses sentiments sont élevés, il tombe dans le vice. |
Vertu et vice |
Les symboles de vertu sont sur un piédestal. |
|
Exemple : discussion de haut niveau intellectuel. |
Intelligence |
La couronne de lauriers est en haut. |
|
Exemple : il domine ses émotions. |
Émotions |
Un attelage fou. |
|
Exemple : nous nous approchons de la fin de l'année. |
Temps |
Un chemin sur lequel j'avance. |
|
Exemple : les semaines précédentes, suivantes. |
Temps |
Un train qui passe devant moi. |
|
Exemple : le temps viendra où... la jeunesse s'en va. |
Temps |
Un objet qui se rapproche puis s'éloigne. |
|
Exemple : les fondations d'une théorie, un modèle solide. |
Théorie |
Un bâtiment. |
|
Exemple : Une théorie florissante, une imagination fertile. |
Idées |
Des plantes. |
|
Exemple : ce roman est imbuvable, ces idées sont remâchées . |
Idées |
Un aliment. |
|
Exemple : son regard magnétique, l'attirance vers elle. |
L'objet du désir |
Un corps magnétique. |
|
Exemple : il fait des conquêtes, elle le poursuit de ses assiduités |
La séduction |
Un acte guerrier. |
|
Exemple : il ne tourne pas rond, je suis en panne d'inspiration. |
Pensée |
Mécanisme. |
|
Exemple : il n'a pas la lumière à tous les étages, débranche tout ! |
Pensée |
Système électrique. |
Meta 2.3.5. : Les métaphores de la vie quotidienne in Fastrez (1998).
Si nous y prenons garde, à part la désignation d’objets ou de phénomènes premiers – la terre, l'air, l’eau, le feu – ou d’actions premières – sucer, manger, crier, se balancer, marcher, etc.- tout ce que nous exprimons est en terme de « c’est comme ».
Bien sur, nous avons perdu la trace des métaphores les plus anciennes. Par exemple, lorsque je dis « versus » ou « vice versa » je ne sais pas que le versus c’est le sillon du laboureur avec son phénomène d’alternance de sens, son virage au bout du champ – d’où « être versatile».
Lorsque je dis « une preuve flagrante » je ne sais plus que j’emploie un terme très concret qui veut dire « brûlant, incandescent ». Mais, dès que ceci m’est dit, je vais reconnaître la racine que j'ai entendue dans « déflagration ».
Ces exemples d’après Jeanneau et al. (2004).
Il est intéressant de comparer le texte de Lakoff et Johnson et celui de Judith Schlanger. Tous deux procèdent d’une dynamique commune qui nous montre la métaphore à l’œuvre dans la vie quotidienne pour les premiers, dans la vie scientifique pour la seconde. Dès la seconde page de leur chapitre premier Lakoff et Johnson prennent l’exemple flagrant « La discussion c'est la guerre» « Vos affirmations sont indéfendables. Il a attaqué chaque point faible de mon argumentation. Ses critiques visaient droit au but. J’ai démoli son argumentation. … Les arguments qu’il m’a opposé ont tous fait mouche. » (Lakoff, 1980, p. 14).
De son côté, Judith Schlanger introduit son thème de l’organisme comme métapheur pour les métaphrandes du langage, de la philosophie de l’histoire, de la sociologie, de l’État et de la personne dès son introduction. Elle souligne dès ces trois premières pages que ce métapheur nouveau vient en opposition à des métapheurs du paradigme précédent « juxtaposition d’éléments interchangeables » comme la mécanique – dont l’horloge -, l’atelier – développé en manufacture puis usine.
« Un être organisé, dit Kant, ne possède pas seulement comme la machine une force motrice, il possède en outre une énergie formatrice". (Schlanger 1971, 1995, p.8).
Le chercheur peut-il faire l'économie de l'étude de son propre système métaphorique ?
C'est la question que je me suis posé dès ma sensibilisation à la question en 1989. Interrogation que propose également Judith Schlanger :
| «… la pensée imaginative est d’emblée solution, elle n’aborde aucun problème dont elle ne donne en même temps et du même coup la réponse. Mieux, la réponse n’est autre que le problème supposé résolu… On ne se dissimulera pas les avantages, soit encore une fois les séductions, des solutions imaginatives. … Mais la connaissance réelle des démarches de la pensée imaginative passe par l’analyse de ses procédés effectifs, et donc de son passé. La critique doit se faire ici critique d’usage ; pour voir comment la pensée pense, voir comment elle a pensé". (Op. cit. p. 37). |
Leitmotiv 45 : La solution imaginative.
Transition
Au fur et à mesure de notre avancée, nous allons constituons "sans y penser des plans, des trièdres, etc.. C'est ainsi que les graphies "épistémo", "guipo" et "logo-sémio" - même si elles sont présentées dans cette ordre au "hasard" de l'alphabet - constituent un trièdre.
Si notre pensée se laisse aller à voyager au coeur de ce trièdre, nous y trouvons : "des humains et des non-humains établissant des liens via un logos dans un épistémè".
Les plans définis par les axes peuvent contenir du discours émis "dans le monde" ou du discours de chercheur.
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|---|---|---|---|
| Dans le monde > | L'épistémè | s'exprime par | un vocabulaire |
| Discours du chercheur > | L'épistémographie | trouve ses mots via | la logo-sémiographie |
Tableau 2.3.1. Le plan défini par les axes "épistémè" et "logo-sémio"
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|---|---|---|---|
| Dans le monde > | L' entrelac | est le principe organisateur | du vocabulaire |
| Discours du chercheur > |
La guipographie |
voit les trièdres mous de | la logo-sémiographie |
Tableau 2.3.2. Le plan défini par les axes "guipe" et "logo-sémio"
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|---|---|---|---|
| Dans le monde > | L'entrelac | s'inscrit dans | un épistémè |
| Discours du chercheur > |
La guipographie |
comprend les liens à travers les modèles de | l'épistémographie |
Tableau 2.3.3. Le plan défini par les axes "guipe et "épistémè"
C'est pour comprendre cela que nous avons proposé la notion de polyphonie. Du côté de l'auteur, chaque phrase d'une graphie est pensée avec un souci de cohérence dans les autres graphies. Du côté du lecteur, ce dernier est invité à penser dans ce mode polyphonique.
Bien sûr, à partir de la quatrième graphie - la médiographie - cela deviendra plus difficile pour l'auteur, de le dessiner et pour le lecteur de le sensorialiser.