Vers les annèes (-384 - -322) Aristote prend comme objet de recherche le système complexe qui englobe la nature, la cité et la métaphysique. Un siècle plus tard, Archimède (-287 - -212) se focalise-t-il sur la géométrie et la physique ?
| Depuis la Grèce ancienne on sait qu'il existe deux types très différents de chercheurs. Chercheur focalisé pour Archimède. Chercheur inchoatif pour Aristote. |
Leitmotiv 27 : Chercheur focalisé et chercheur inchoatif.
(Note 1.4.1.)
Il est possible de créer une définition de la recherche inchoative et de l'installer sur WikiPédia.
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Document en ligne 1.4.1. : L'article "recherche inchoative" de WikiPédia.
Le terme "inchoatif" est employé dans un document du CNRS pour qualifier la recherche d'Aristote.
Nous avons vu plus haut les sept volets de l'heptagraphie.
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Matrice 1.4.1. : Heptagraphie autour du grenier de savoirs et de son environnement dynamique.
Nous pouvons les classer par ordre alphabétique et réfléchir à ce que chacun soit de nouveau dans l'objet de terrain d'où émerge l'objet de recherche soit, dans les concepts évoqués.
| Graphie | Nouveauté externe |
|---|---|
| Epistémographie | Bien que paru en 1966, l'ouvrage de Michel Foucault "Les mots et les choses" est peu appliqué dans sa radicalité positive en particulier à la compréhension de l'hypermodernité. |
| Guipographie | La sociologie de la traduction, la théorie de l'acteur-réseau connaissent des développements nouveaux en particulier dans le monde anglo-saxon. |
| Logo-sémiographie | La synthèse entre les travaux sur la métaphore dans les sciences, la métaphore dans la vie quotidienne et la métaphore dans l'histoire du langage est encore à faire. |
| Médiographie | L'éclairage de la médiologie par la sociologie de la traduction enrichi la vision des choses. |
| Systémographie | Les propositions premières de Stéphane Lupasco restent à articuler avec celles d'Edgar Morin et d'autres auteurs. |
| Technographie | Par définition les NTIC sont nouvelles. |
| Topoïgraphie | Les travaux de Peter Sloterdijk sur le "où suis-je ?" comme alternative au "qui suis-je ?" ont été publiés en 2005 en français. |
Tableau 1.4.1 : Graphies et nouveauté externe.
Le présent travail de recherche n'a donc aucun besoin de prétendre à la nouveauté. Celle-ci est déjà présente à l'extérieur. Il suffit d'en laisser jouer les ressorts.
Ce type de travail a donc pour vocation de se laisser porter par les dynamiques innovantes externes. C'est la variété de ces dernières et le choix qui est posé d'en faire une heptagraphie qui va amener à faire un travail "seulement" inchoatif. Un travail d'exploration qui est nécessaire en particulier, parce que l'on ne sait pas encore ce qui est important ni, comment c'est important.
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| T1
Heptagraphie multi-insulaire inchoative |
T2
Recherche mono ou bi disciplinaire continuative |
T3
Recherche inter-disciplinaire terminative |
|---|
Séquence 1.4.1 : Les trois temps d'une recherche sur un système complexe.
Le chantier de recherche sur un système complexe connait trois étapes.
T1 est l'étape inchoative "à la Aristote" où le chercheur explore un maximum de dimensions de l'objet avec un maximum de référentiels (heptagraphie).
T2 est l'étape "à la Archimède" où plusieurs chercheurs ciblent des sous-ensembles du système complexe.
T3 est l'étape de la recherche interdisciplinaire où des chercheurs montent des projets qui réunissent plusieurs laboratoires pour donner sens à l'ensemble de ce qui a été produit.
Lorsqu'Aristote ouvre une multitude de fronts de recherche, on peut penser qu'il imagine que ces fronts seront "creusés" par ses disciples.
Aujourd'hui, le chercheur du temps inchoatif - T1 - n'imagine pas que son travail va rester à l'état d'ébauche. Il a une confiance dans les capacités des chercheurs continuatifs qu'il imagine à même de donner plus de corps à son travail. Le fait que son travail soit visible de "toute la planète" rend plus grandes les probabilités que son travail soit repris.
S'il n'en était pas ainsi, chaque îlot discursif serait très insatisfaisant en ce qu'il n'est qu'une ébauche, un premier regard.
Dans le cas du présent travail, le fait de faire des publications dès le début du travail et de mettre en ligne le travail au fil de sa construction a permis d'avoir des feed-backs, de réaliser que le travail correspondait à minima à des questionnements.
Ce type de travail est souvent à l'origine de mal entendus. Ce n'est pas nouveau. Par exemple - sans que le présent travail soit comparé à celui d'Aristote - une équipe de recherche décrit : "Le caractère inventif et inchoatif de la recherche d'Aristote en ce domaine [de l'articulation entre la sensation et la connaissance intellectuelle] a retenti sur la transmission des textes concernés et ... présentent des problèmes d'édition particulièrement aigus), et a donné naissance à une littérature commentariste qui ne se contente pas des démarches traditionnelles de l'exégèse ..."
(Note 1.4.2.)
Le commentateur, l'exégète, l'herméneute d'un travail de recherche inchoative a la tentation d'interroger : "Mais qu'a-t-il trouvé ?" "Mais quelle est sa problématique ?" "Quelles sont ses hypothèses ?"
| Le chercheur polyphonique inchoatif ouvre des voies, prépare le terrain pour des chercheurs focalisés. Ces derniers cherchent des réponses à partir d'hypothèses. Le premier est plutôt un "poseur de questions". |
Leitmotiv 28 : Le chercheur inchoatif comme poseur de questions.
Il parait nécessaire ici d'explorer quelque peu cette relation entre le chercher et le trouver.
A partir du modèle systémologique de Stéphane Lupasco, (1951), nous pouvons mettre en relation le "chercher" et le "trouver" dans leur dynamique. C'est en effet le projet de Lupasco de trouver une alternative aux logiques binaires d'état et au principe de non-contradiction.
"A tout phénomène ou élément ou événement logique quelconque, et donc au jugement qui le pense, à la proposition qui l'exprime, au signe qui le symbolise : " e" par exemple, doit toujours être associé, structuralement et fonctionnellement, un anti-phénomène ou anti-élément ou anti-événement logique, et donc un jugement, une proposition, un signe contradictoire : "non-e" ; et de telle sorte que e ou non-e ne peut jamais qu'être potentialisé par l'actualisation de non-e ou e, mais non pas disparaître afin que soit non-e soit e puisse se suffire à lui-même dans une indépendance et donc une non-contradiction rigoureuse (comme dans toute logique, classique ou autre, qui se fonde sur l'absoluité du principe de non-contradiction)." (Lupasco, 1951 in Chabal, 2004, p.2).
Le chercher et le trouver ne sont donc pas représentés comme deux états polaires. Le chercher n'est pas un non-trouver, le trouver un non-chercher, le chercher ne disparaît pas avec le trouver.
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Meta 1.4.1. : Une "fiction visuelle" de Maurits Cornelis Escher (1898 - 1972) comme métaphore pour la logique de Stéphane Lupasco.
Le peintre a la capacité à "tromper" notre système visuel en montrant un seul canal qui est à la fois en haut de la chute d'eau et en bas de la même chute d'eau.
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Canal "montant"
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Canal
"descendant"
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Boucle 1.4.1. : Actualisation et potentialisation selon Stéphane Lupasco.
Aux paires "soit A - soit B" Lupasco substitue une représentation de la dynamique qui va d'un pôle à l'autre.
Dans le "canal montant", plus le chercheur s'approche de B (trouver), plus il est loin de A (chercher). Lupasco dit que A s'actualise en B.
Sur l'autre canal, plus l'on s'approche du trouver plus le chercher - de l'étape suivante - acquiert de potentiel.
| Dans le travail sur les systèmes le chercheur privilégie la représentation des systèmes bouclés, récursifs, etc.. |
Leitmotiv 28 : Recherche des boucles et récursivités dans les systèmes.
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Courbe 1.4.1. : Actualisation et potentialisation se font en spirale.
Il y a une autre manière de dire la logique dynamique.
Canal montant : lorsque le chercheur est devenu un trouveur - selon l'expression prêtée au Général de Gaulle - le chercheur ne disparaît pas mais, au contraire, il est au plus fort de sa capacité créatrice et il passe à une boucle supérieure de la spirale de la créativité.
Peter Sloterdijk souligne également que lorsque l'on passe d'un épistémè à un autre, les questions ne disparaissent pas mais retournent dans un état de latence.
Il décrit ainsi l'espace où l'on n'a pas encore "trouvé" : ."Dans cet élément retiré se dissimule, selon la conviction des anciens, l'essentiel du point de vue ontologique, ce dont les sages, ces co-habitants inquiétants de notre sphère, auront toujours à s'occuper." (Sloterdijk, 2005, p. 378).
Cet auteur souligne que ce que l'on nomme "trouver' dans les sciences dures devient un "expliciter" dans les disciplines de l'homme :
| "[...] Les explicitations concernent toujours à la fois les mots et les choses [...]. Non seulement elles rendent explicites des suppositions sous-jacentes inexprimées ("inconscientes", inconnues, incomprises), mais elles élèvent des "réalités" jusqu'ici dissimulées dans les plis de la latence au niveau de l'existence manifeste." (Op. cit. p. 184-5). |
Leitmotiv 29 : Le concept d'explicitation chez Peter Sloterdijk.
Canal montant : La recherche inchoative met en place les conditions nécessaires aux explicitations plus complètes des successeurs.
A la question "où en es-tu ?" le chercheur et en particulier le chercheur inchoatif doit répondre "je suis sur le chemin qui va du chercher au trouver".
Autrement dit : "il n'y a pas de réponse simple pour dire un travail inchoatif." C'est un travail qui explore une multitude de pistes parallèles.
Le discours sur ces actualisations qui se font à des vitesses différentes, ce discours tient mal dans un résumé.
Comme nous l'avons dit plus haut, chaque épistémè voit la cohabitation de trois types de chercheurs. Ceux que nous avons nommés "continuatifs" font un travail (i), plus ciblé (ii), plus proche du trouver. Pour ces deux raisons ils sont mieux à même de résumer leur travail.
Le chercheur terminatif sera face à la même difficulté que le chercheur inchoatif. Comme il "embrasse" les travaux de nombreux chercheurs continuatifs, résumer son travail peut être quasiment impossible. C'est ce que l'on observe par exemple pour les travaux de René Girard et de Julian Jaynes qui embrassent les disciplines et sont ainsi difficiles à résumer. Un autre exemple est celui de Stéphane Lupasco dont la systémologie a été, en 1955, déclarée "inclassable" par le CNRS. Il semble qu'en 2005 la situation n'ait guère évolué en cette matière. A l'université, le chercheur "multiple" se faufile dans les disciplines elles mêmes multiples des sciences de l'éducation, sciences de l'information et de la communication et dans le champ dit "sciences, technologies, société".
Il y a ainsi un contraste entre la société qui a besoin d'inchoatif et d'une exploration multiple des problèmes émergents et les institutions dont il nous est dit :
| " Les logiques disciplinaires visent fondamentalement à l'institutionnalisation et à la normalisation des discours et des pratiques. Elles ont une tendance naturelle à la reproduction de l'existant, même si la rupture et la marginalité peuvent y faire valeur. " (Yves Jeanneret et Bruno Ollivier, 2004, p.15). |
Leitmotiv 30 : Le chercheur trouve sa voie entre reproduire l'existant et développer des points de rupture.
Le chercheur inchoatif est dans la rupture et la marginalité. Mais nous développerons par ailleurs qu'il n'est pas du tout dans la dynamique moderniste. Il ne rejette pas les approches des devanciers les plus proches. Au contraire, il "pousse plus loin" leur logique.
Le présent travail a ce que je nomme une "radicalité" qui consiste à pousser plus loin et à articuler les dynamiques lancées par Stéphane Lupasco, Michel Foucault, Bruno Latour, Peter Sloterdijk, etc..
Transition
Peter Sloterdijk (2000) souligne que l'illusion hégélienne de la synthèse a disparu avec le travail de Michel Foucault (1966). Comment faire la synthèse entre les trois propositions ci-dessus ? Par définition il n'y a qu'un centre. Ou bien le travail est multicentrique. Mais dans ce cas on évacue la tension.
Si l'on évacue la tension, on va effectivement tenter de boucler la synthèse d'une approche épistémique ET d'une méthode du discours ET d'une expérience de terrain. On va tenter de clore, d'arriver à une conclusion fermée. C'est faire peu de cas du fait qu'il y a encore un énorme travail pour trouver les liens entre l'épistémè, la méthode et le terrain. Pour l'instant le seul lien vraiment patent est que le chercheur a besoin de penser ces trois niveaux en parallèle pendant plusieurs années pour faire avancer son chantier. Plusieurs années de mise en parallèle, cela doit avoir un sens. Mais il y a encore beaucoup à faire pour élucider, pour mener à bien une herméneutique. D'où ce qualificatif d'inchoatif. D'où la sensation que peut avoir le lecteur d'être "trimbalé" d'un espace à un autre. Ce n'est pas une illusion. Il est effectivement trimballé car les escalators, les ascenseurs, les plan inclinés entre les différents niveaux sont à peine ébauchés.