Nous avons vu la nécessité de trouver le "bon métapheur" pour dire la chose inédite - le métaphrande.
Paradoxalement, une des choses importantes que le chercheur doit dire, c'est tout ce qu'il ne dit pas et, comment il ne le dit pas.
Bien sûr, la question "pourquoi telle dimension ou tel référentiel n'est pas évoqué ?" connaît une palette de réponses trop prévisibles du genre "ce n'est pas dans ma cible d'intérêt" "c'est dans ma cible d'intérêt mais il me faudrait une cinquième année de recherche" "j'ai pensé que c'était trop "sulfureux" par rapport à la discipline" ou encore "cet auteur étant dans une proposition polaire par rapport à un de mes auteurs de référence il faudrait développer leur face à face dans un volume supplémentaire."
Pour dire comment je ne parlerai pas de ceci où de cela, j'ai choisi dès 1995 - et à partir de la réflexion de Jacques Ardoino (1988) sur la multiréférentialité - le métapheur d'îlot de savoir.
Au début de l'année 2005, le lecteur francophone découvre ce que je nomme la topoïgraphie du philosophe Peter Sloterdijk dans son ouvrage "Écumes". (2005) Parmi les métapheurs employés pour les topoï, il y a celui d'île. Île dans laquelle il y a un aléthotope, un topos du savoir.
Entre la palette des métapheurs de Peter Sloterdijk et ceux du présent travail, il y a un certain nombre d'autres correspondances. Cet auteur présente donc un intérêt particulier et je lui consacre un micro grenier de savoirs.
http://www.hypermoderne.com/sloterdijk.htm reproduit au sein du wiki dans le second volume.
A moins de traiter du "tout" de la nature ou de l'homme, le chercheur est amené à procéder à une "découpe" que l'on nomme "construction de l'objet de recherche". Par exemple, en amont de cette découpe conceptuelle, il aura pu faire une découpe dans le réel - étudier le genre masculin, étudier les activités domestiques, etc.. La dimension, c'est déjà quelque chose de plus "abstrait". Par exemple si Jean-Claude Kaufmann étudie "Linvention de soi" qu'il sous-titre "Une théorie de lidentité" il découpe une dimension de l'être humain. (Kaufmann, 2004).
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Matrice 1.3.1. : L'îlot de savoir au croisement d'une dimension et d'un référentiel.
Il est assez rare que la dimension de l'objet découpée par le chercheur n'ait jamais été étudiée en amont. Peut-être pas avec la même découpe, peut-être pas au même niveau. A minima existe du discours qui donne des pistes sur comment penser ce type de dimension. Du discours utilisable pour penser une dimension, cela se nomme un "référentiel". Dans notre exemple, Jean-Claude Kaufmann regarde par exemple l'identité des acteurs qu'il observe ici et maintenant en prenant appui sur le discours écrit par Eric H. Erikson ailleurs en d'autres temps. La dimension "identité" et le référentiel "Erikson" sont donc croisés et le discours qui en résulte, je le nomme "îlot de savoir".
Edgar Morin, pour l'étude des systèmes complexes, préconise une étude multidimensionnelle. (Morin, 1999).
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Matrice 1.3.2. : Approche multidimensionnelle.
De son côté, Jacques Ardoino (1988) souligne qu'une même dimension doit être regardée sous des angles différents dans une approche dite multiréférentielle.
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Matrice 1.3.3. : Approche multiréférentielle.
Il y a construction des "îlots de savoir" au croisement entre une dimension de l'objet de recherche et différents discours positifs desquels sont extraits des référentiels.
| L'approche multi-insulaire consiste à croiser une découpe multidimensionnelle et une lecture multiréférentielle. Au croisement d'une dimension et d'un référentiel on a un "îlot" propre à recevoir le discours positif entrelacé. |
Leitmotiv 24 : Approche multi-insulaire.
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Matrice 1.3.4. : L'approche multi-insulaire qui conjugue multidimensionnel et multiréférentiel ; ici 16 îlots.
donc à produire des îlots dans lesquels on installe du discours positif.
Nous pouvons, par exemple, attribuer des "valeurs" aux dimensions, référentiels et îlots de la figure 4.
| D1 | Comment se gère l'adoption d'idées nouvelles dans un groupe collaboratif ? |
| R1 | Métapheurs pour les idées nouvelles chez Serge Moscovici et Peter Sloterdijk. |
| D1R1 | Îlot de guipographie de l'adoption d'idées nouvelles dans un groupe collaboratif ici et maintenant. |
Remarque : Lorsque deux théories ont suffisamment d'éléments cohérents entre elles le chercheur est fondé à (i) faire une sélection d'éléments (ii) les fusionner en un référentiel unique.
| D2 | Comment l'individu hypermoderne pense-t-il différemment de l'individu moderniste ? |
| R2 | L'influence des non-humains (outils, médias) sur les humains vue par Bruno Latour, Régis Debray, etc. |
| D2R2 | Îlot de médio-guipographie. |
Dans ces exemples un même référentiel ne sert pas à deux dimensions, cela peut arriver cependant.
| D3 | Comment les acteurs de la construction en terre-argile crue expriment-ils leurs aspirations, leurs réalisations, etc.? |
| R3 | Julian Jaynes, Lakoff et Johnson, etc. sur la métaphore. Sémiotique et sémiologie. |
| D3R3 | Îlot de logo-sémiographie. |
Tableau 1.3.1. : Exemples d'îlots de discours au croisement entre dimensions et référentiels.
Dans la vie, si je dis "le maçon Nicolas (acteur) prend une pelle (non-humain) pour extraire de la terre-argile (environnement)", je sais (i) qu'il y a trois catégories - acteur, non-humain et environnement- (ii) que dans la catégorie "acteur" il peut aussi y avoir "Bruno" et que dans la catégorie non-humain, il peut y avoir aussi "brouette".
Dans un texte de recherche, si je veux rendre compte visuellement des "combinatoires" de ces trois catégories, je dois dessiner un trièdre.
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Trièdre 1.3.1. : Acteur, environnement, non-humain.
Un premier type de discours se développe sur un seul axe, par exemple l'axe X des acteurs et décrire des interactions. Un ethnométhodologiste écrira : "Nicolas demande à Bruno d'approcher la brouette". Un psychanalyste écrira : "Nicolas, jouant le rôle du "grand Autre" vis à vis de Bruno, lui dit "Approche la brouette !""
Un second type de discours se situe sur l'axe Y des non-humains : "La pelle a été transportée dans la brouette".
Un troisième type de discours tient sur l'axe Z des éléments de l'environnement : "Pour accéder à la couche de terre-argile crue, il faut enlever la couche de terre végétale noire."
Mais ce qui intéressera c'est de monter en complexité en travaillant sur les plans définis par les axes.
Sur le plan des axes X et Y, l'articulation de l'acteur et des non-humains peut faire l'objet d'une guipographie.
Sur le plan des axes Y et Z peut se décrire comment le sable de l'écosystème/environnement est transformé en composants électroniques : écographie.Idem pour décrire la transformation d'une terre-argile crue en bâtiment.
Sur le plan des axes X et Z, si je décris comment un acteur s'articule à son environnement, je fais une topoïgraphie. En dessinant la matrice et en la décrivant on a transformé une réalité complexe, dynamique, en volume, en trois axes d'abord, en trois plans ensuite.
Un septième type de discours correspond à la phrase initiale "le maçon Nicolas (acteur) prend une pelle (non-humain) pour extraire de la terre-argile (environnement)" et se dessine "au milieu" du trièdre et correspond à un discours éco-topoï-médio-guipographique qui ne serait pas la simple addition des graphies des plans mais une holo-systémographie qui considérerait la structure globale, la dynamique, etc..
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Trièdre 1.3.2. : Un cas réel simple situé dans le trièdre.
Mais le "monde" de l'objet de recherche n'a pas que trois dimension. On peut être amené à travailler sur six dimensions :
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Langage + signes + Nicolas + terre-argile + brouette
+ rituel
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| Du fait de l'existence de logiciles dits hypercube qui permettent de traiter des matrices à plus de trois dimension le chercheur est tenté de se lancer dans des "mises en code" complexes. |
Leitmotiv 25 : Travailler au delà du trièdre avec les systèmes hypercube.
En face de ce réel "en volume", nous avons vu la solution "dessin". Dans notre perspective heptagraphique, le discours lui-même doit être mis "en volume".
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Le problème de la "mise en volume" du discours a été résolu par Baruch Spinoza pour son éthique, par Jean Le Rond d'Alembert pour son travail avec Diderot sur l'Encyclopédie à l'aide des renvois entre portions du texte. L'hypertexte permet ce type de jeu entre parties discursives. |
Leitmotiv 26 : L'hypertexte comme continuation de l'approche de Baruch Spinoza.
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Figure 1.3.1. : L'hypertexte en version papier.
Les renvois d'un texte à l'autre produisent un effet de "volume".
Dans le présent travail, le mémoire de recherche est écrit en mode hypertexte HTML ce qui donne un potentiel de multiplier les liens entre les discours dimensionnels.
Cela représente entre 500 et mille liens sachant que, dans un premier temps, seuls les liens vers la bibliographie sont systématiquement renseignés.
La dynamique polyphonique est ainsi, d'une certaine manière, rendue.
"Naturellement", dans le discours sur le terrain, ce sont les dimensions qui se mettent en avant.
Par exemple, telle dimension D4 sélectionnée dans l'objet de recherche sera éclairée par différents référentiels R1, R2, R3, R4.
Le schéma correspondant est :
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Matrice 1.3.5. : Quand une dimension de l'objet de recherche est éclairée à l'aide de plusieurs référentiels.
Par exemple, si l'on prend le dispositif nommé "WIKI" on peut en analyser les caractéristiques avec un référentiel technographique - "ça marche comment ?", un référentiel psycho-sociographique - "ils jouent comment avec ça ?" ou un référentiel médiographique - "à force de jouer avec cela, pensent-ils différemment ?"
La présente première partie pourrait "théoriquement" être écrite de trois manières. D'une part soit comme une micro encyclopédie par ordre alphabétique d'article soit avec des articles classés thématiquement.
Cette forme sera possible "plus tard", lorsque la matière aura mûrie, lorsque les lecteurs potentiels auront vraiment basculé dans le paradigme hypermoderne.
Or la matière est encore "fraîche" puisqu'une partie importante des textes a été publiée début 2005 pour une écriture pendant le premier semestre de cette même année (Sloterdijk, Latour, Jurdant, etc.). Une partie importante des textes a été publiée au fil des années précédentes mais, par exemple, n'a pas été traduite en français (Latour, etc.).
Pour l'instant (i), l'auteur est encore trop "collé" aux auteurs sur lesquels il base son discours positif (ii), le lecteur connaît trop peu ces auteurs (iii), les articulations entre ces discours et l'ici et maintenant étudié sont inédits.
Pour ce dernier point, il est intéressant d'émailler le propos du "nouvel" auteur à l'aide d'exemples pris dans les dimensions étudiées ou connexes..
Par ailleurs, lorsqu'un référentiel est présenté par son auteur sous la forme d'un essai, d'un discours monté comme une "histoire", il y a une perte importante lorsque l'on éclate ce discours dans les différentes dimensions de l'objet de recherche - approche centrée sur la dimension ci-dessus.
Nous avons donc quatre raisons "fortes" de travailler à partir du référentiel donc du texte de l'auteur amont.
Le schéma correspondant est :
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Matrice 1.3.6. : Quand le chercheur sélectionne un référentiel et en illustre l'intérêt dans les différentes dimensions de son objet de recherche.
Nous procéderons ainsi en travaillant sur la base des textes d'Alfred Korzybski, de Bruno Latour, de Peter Sloterdijk, etc..
Transition
Aborder tous ces aspects de manière approfondie serait un travail de plusieurs chercheurs pendant plusieurs années. Mais l'objectif du présent travail est comme celui du géomètre : baliser le terrain. A partir de ce terrain balisé et décrit au mieux, des chantiers pourront être ouverts. Le nom de ce type de travail est celui de recherche inchoative.