1.2. La composition du discours positif en forme de polyphonie polufvnia

Le développement métaphorique qui suit est "relativement inutile" pour le lecteur qui est habitué à travailler (i) avec des discours parallèles sur un objet de recherche (ii) en mode hypertexte.

Si tel n'est pas le cas, l'auteur se doit d'expliciter par la métaphore ce qu'est le discours positif en forme polyphonique.

(Note 1.2.1.)

1.2.1. La polyphonie des discours sur l'objet de recherche

Cela concerne plus particulièrement la seconde partie du mémoire. Prenons pour cela une première métaphore.

Meta 1.2.1. : Recevoir le discours polyphonique c'est comme entendre les différents canaux d'un équipement de son "en volume" (surround).

Canal Nom Discours
1 Techno 1 Plate-forme, application développée
2 Logo-semio Forme du contenu du grenier de savoirs
3 Techno 2 Google, Wiki = util collaboratif,
4 Guipo Entrelacement humains/utils
5 Epistémo "Profondeur" de l'épistémè

Meta 1.2.2. : Les canaux du discours polyphonique.

Nous avons donc un paysage simplifié de ce que "doit" recevoir le lecteur en même temps.

Bien sûr cette réception polyphonique ou polygraphique n'est pas possible vu l'aspect linéaire et séquentiel du texte sur support papier.

Le lecteur devra donc faire "comme si" (Vaihinger, 1925). C'est à dire que lorsqu'il lira le texte correspondant au canal 1, il devra imaginer à minima qu'il y a aussi des textes pour les autres canaux.

Par exemple, quand il lira le canal 3 "épistémographie", il devra "assembler dans sa tête" la polyphonie avec ce qu'il aura lu précédemment, penser que ce qui est dit sur l'épistémè l'est dit au service de la technographie et de la guipographie.

Bien sûr, le plus possible, l'auteur lui facilitera cet accès à la polyphonie.

1.2.2. La polyphonie des discours dans les processus de la recherche

 

Les processus de la recherche se développent en syncronie et produisent des discours parallèles. La métaphore pour rendre compte de cela est celle de la composition musicale en forme de polyphonie polufvnia.

Leitmotiv 21 : Polyphonie des discours.

 

Meta 1.2.3. : Les onze premières mesures de la Czardas de Monti.

Remarque : Le lecteur intéressé peut entendre des extraits de la dite czardas http://www.hypermoderne.com/musique

Dans ce type de pièce musicale, on identifie sept discours et inflexions du discours qui existent en concomitance. Coïncidence du chiffre 7 que l'on a vu dans l'heptagraphie.

La notation musicale permet cette représentation des discours parallèles.

1. La "base" du discours est donnée par la partie de basse - ici main gauche du piano.

2. Le premier signe dit "clé de fa" dit la valeur "en hauteur" de toutes les notes qui suivent.

3. Les signes ">" suggèrent une frappe sèche de la touche.

4. La main droite joue plusieurs notes en parallèle ce qui donne une harmonie. Ici, un accord de ré mineur puis un accord de si bémol majeur.

5. "Largo" donne la pulsation, la "vitesse" d'exécution - ici très lent.

6. Le solo - mélodie - commence à la cinquième mesure.

7. Le "p" indique qu'il faut commencer "piano" c'est à dire doucement alors que les quatre premières mesures avaient été jouées "f" forte fort par le piano.

Meta 1.2.4. : Les sept éléments parallèles du discours musical.

Cette métaphore va donc nous permettre de nous représenter comment est organisée la première partie du présent mémoire.

Elle est faite de discours parallèles. Bien sûr, contrairement à l'auditeur qui entend le soliste et son accompagnateur jouer ensemble, le lecteur n'entendra pas immédiatement "ensemble" les discours parallèles. Il devra lire successivement la partie de basse, celle d'accompagnement et le solo.

Dans un premier temps, ce n'est que dans la tête de l'auteur que les discours sont parallèles.

Chaque chapitre n'a de sens qu'en tant qu'il s'articule aux chapitres concomitants. Pour rendre un chapitre compréhensible par le lecteur, l'auteur rappelle de temps à autre comment il se lie aux autres chapitres d'où des répétitions indispensables.

L'analogue de la partie de basse, c'est l'épistémographie, la "musique de fond" dans laquelle s'inscrit le discours.

WikiPédia peut être un symbole de cet épistémè avec sa nouvelle utopie de pratique "libre-ouverte" au sens de "gratuit", de "bénévole".

 

L'analogue de l'harmonie, ce sont les discours parallèles des îlots de savoir. Discours qui sont fabriqués à partir des référentiels (R) pour chaque dimension de l'objet de recherche (D).

La méthode est dite "multi-insulaire".

L'analogue de la mélodie du soliste ce sont les centaines de schémas et d'unités discursives qui constituent les îlots de discours positif.

Ici la formule de la voûte nubienne.

La méthode du discours positif décrit ces modes discursifs.

L'analogue de la pulsation/tempo c'est la manière physique et syntactique selon laquelle le discours sera condensé/serré ou étendu.
L'analogue des inflexions ce sont tous les procédés littéraires et typographiques que l'auteur utilise pour mettre en avant une "gestalt" - un élément - par rapport au fond du discours - (Latour, 1988).
L'analogue des clés et de la tonalité d'exécution est le "niveau conceptuel" général choisi pour le discours positif.

La tessiture est la distance entre la note la plus basse et la note la plus haute - ici deux octaves. Pour le discours positif c'est la distance entre le discours le plus proche du terrain et le discours positif du plus haut niveau d'abstraction.

L'analogue du style de l'instrumentiste est celui du style du discours positif de l'auteur.

Par exemple, de même qu'un interprète japonais à la clarinette imprimera de sa culture l'exécution d'une "czardas", l'auteur du discours positif aura les pratiques du "discours chaud" de sa culture d'origine. Caractéristiques culturelles qui transparaîtrons même dans le "discours froid" de la recherche.

Meta 1.2.5. : Les analogues dans le discours positif.

 

A partir de la métaphore "le discours positif c'est comme le discours musical", sept caractéristiques du discours positif vont être "soignées" (tessiture, inflexions, harmonie, etc.)

Leitmotiv 22 : Le discours musical comme métaphore pour le discours positif.

Comme nous le verrons plus précisément, la seule manière pour expliciter est la métaphore - ou plus généralement les procédés de l'analogie, de la parabole et de l'homothétie.

"J'utilise [le terme de] métaphore ici dans son sens le plus général : l'utilisation d'un terme désignant une chose pour en décrire une autre à cause d'une sorte de similitude entre elles ou entre leurs rapports à d'autres choses. Il y a donc toujours deux termes dans la métaphore : la chose à décrire, que j'appellerai le métaphrande, et la chose ou le rapport utilisé pour l'élucider, que j'appellerai le métapheur. [...] C'est par la métaphore que le langage se développe. La réponse courante à la question : "Qu'est-ce que c'est " est - quand la réponse est difficile à trouver ou quand l'expérience est unique - : "Et bien, c'est comme ..." Dans les études faites en laboratoire, les enfants comme les adultes décrivant des objets inédits (ou métaphrandes), à d'autres personnes qui ne les voient pas, utilisent des métapheurs filés qui, à force d'être répétés, se résument dans des étiquettes. - (Glucksberg, 1966). C'est la façon principale selon laquelle le vocabulaire se forme. La fonction majeure et efficace de la métaphore est de créer du nouveau dans la langue quand c'est nécessaire, au fur et à mesure que la culture humaine devient plus complexe." (Jaynes, 1976, p. 63-64).

(Note 1.2.2.)

Si j'écris "ce moteur de recherche est pêchu", un amateur de "vrais" moteurs comprendra immédiatement de quoi je parle. Si je dis "cet analyseur sémantique à une bonne tessiture", le lecteur musicien comprendra immédiatement de quoi je parle.

Une métaphore est constituée d'un déclencheur et d'un déclenché. Dans les trois phrases qui précèdent il s'agit d'expliciter, d'illustrer des métaphrandes moins connues par des métapheurs plus connus de l'interlocuteur.

Métapheur
explicitant
Explicitation du métaphrande
pêchu un moteur de recherche c'est comme un moteur de moto.
tessiture un analyseur sémantique c'est comme un instrument de musique.
élégance le discours c'est comme les éléments féminins "éligibles pour le goût".
musicalité le discours positif c'est comme un pièce de musique.

Meta 1.2.6. : Le métapheur connu explicite le métaphrande moins connu.

Nous avons dans ces quatre phrases plusieurs situations. Dans la situation du tête à tête où je connais les centres d'intérêt de mon interlocuteur, je choisis le métapheur dans son "monde". Par exemple si je parle à Nicolas le maçon de mon travail, je vais parler des fondations de ma recherche, de la structure de mon mémoire, d'échafauder une théorie, d'ouvrir des portes vers des concepts nouveaux, d'utiliser des schémas "à la pelle", d'étayer ou d'étançonner un argument, des cloisons entre disciplines, d'un auteur au faîte de sa notoriété. Bien sûr, chacune de ces expressions est dans le langage usuel mais l'accumulation sera unique. C'est d'ailleurs par sa propre façon de me parler que Nicolas le maçon - si je l'écoute bien sûr - va m'amener dans l'univers de ses métapheurs.

La seconde situation est celle où le métapheur est "connu de tous".

La troisième situation est celle où un métapheur est connu dans ses bases mais pas dans son détail. C'est le cas de la musique ci-dessus. Dans ce cas, j'explique d'abord le métapheur sans son contexte concret - ici celui de la musique - puis je vais employer les termes du monde "concret" en regard des métaphrandes qui sont dans le monde plus abstrait de mon travail de recherche et que je veux, in fine, expliciter.

J'évite ainsi le risque d'écrire "pauvre" en utilisant uniquement les métapheurs compris de tous.

Comme le souligne Bruno Latour (1988, p.15), il n'y a aucune bonne raison que l'auteur, sous le prétexte qu'il est "scientifique" se prive des richesses du langage. Parler "juste", ce que l'on nomme atticisme ‹ttikismôw autrement dit, employer toute la palette des possibilités du langage devient ainsi un devoir pour le chercheur.

Au passage, on remarque le mot "atticisme" qui vient du parler attique - celui des "vrais" athéniens. Dans ce cas le métapheur est d'abord obscur pour qui ne connaît pas le mot et c'est la responsabilité de l'auteur d'en préciser le sens.

J'espère que musicien, mélomane ou béotien, le lecteur s'y retrouvera dans ma composition, ma poiésis mélodique melôpoi¡v "concrète" mise au service d'une praxis pr�jiw positive "idéale".

Quelle est la frontière entre l'usage nécessaire des métapheurs et le glissement vers une "coquetterie" langagière ? Cela dépend "terriblement" du profil du lecteur. L'un trouvera passionnant le concept de melôpoi¡v vu dans la phrase précédente, l'autre trouvera cela parfaitement superflu, hors sujet.

Dans une recherche multi-insulaire à tessiture large, chaque lecteur peut sélectionner les parties discursives correspondant à ses centres d'intérêt.

Leitmotiv 23 : Le lecteur choisi les parties discursives qui l'intéresse.

On remarque que dans le système de notation musicale MIDI l'auditeur peut jouer sur plusieurs variables de l'interprétation (tonalité, vitesse, puissance relative des parties, etc.).

Transition

Malgré les "immenses" possibilités du langage, le chercheur doit aussi chercher dans les travaux des devanciers des référentiels pour pouvoir réaliser son heptagraphie. Il doit aussi découper son objet de recherche pour organiser son discours en textes suffisamment homogènes - technographie, guipographie, etc.. C'est cette démarche que nous allons évoquer maintenant.

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