"Parce que vous pensez que décrire, c’est facile ? Vous devez confondre description et enfilage de clichés. Pour cent livres de commentaires, d’argumentation, de gloses, il y a seulement un ouvrage de description. Décrire, être attentif aux états de choses concrets, trouver le seul compte-rendu adéquat d’une situation donnée – j’ai toujours trouvé cela incroyablement exigeant." (Bruno Latour, 2005b)

 

i.1. Le mémoire comme un grenier de savoirs

i.1.1. Premiers mots sur le concept de grenier de savoirs

Il est des inventions qui sont en même temps des découvertes. C'est ainsi qu'à première vue j'ai inventé je terme de grenier de savoirs. Mais ce terme était déjà là, à peine caché derrière certaines pratiques du discours dans les Sic comme dans les disciplines et pratiques sociales voisines.

En effet, par exemple, on parle de "granularité" dans les systèmes d'enseignement assisté par ordinateur - EAO. Quant à eux les anglo-saxons parlent de knowledge silos ou warehouse - entrepôt. En français, un entrepôt où l'on met des grains se nomme un grenier - garner en anglais. Ware et garnir/grenier viennent du même mot indo-européen - voir digamma dans le lexique.

i.1.2. Le grenier de savoirs en ligne

Si d'aventure un internaute cherche via Google "printemps 2005" ET Sloterdijk il trouve en onzième position un document (Compilation) qui figure en troisième partie du présent mémoire.

Idem s'il cherche "communauté de recherche" ET apprentissage. S'il cherche médiographie ET Debray il trouvera un texte du présent mémoire qui a été "délocalisé" sur WikiPédia.

i.1.3. Le mémoire en forme de grenier de savoirs en ligne

Le présent travail se situe dans la continuation de trois précédentes recherches (Bois, 1999, 2000, 2001). Dès la première, a été posée la question du mémoire de recherche comme un discours positif "de son temps". D'où notre premier "leitmotiv".

Note i.1.1.

Un mémoire de recherche doit avoir les qualités correspondant au "standard" des pratiques sociales de l'épistémè actuel.

Leitmotiv 1 : Congruence du mémoire de recherche et de l'épistémè

L'auteur d'un mémoire de recherche est-il un créateur de contenu comme un autre ? Lui, l'équipe dans laquelle il travaille, les acteurs de la discipline dans laquelle il s'inscrit, les acteurs de la recherche de son pays et de son continent ont-ils quelque intérêt à être "les plus mal-visibles"?

 Si la réponse est "non" alors un mémoire de recherche doit être conçu selon le standard établi par les internautes et repris par les robots des moteurs de recherche.

Car un entrepreneur qui cherche un mémoire de recherche pour alimenter son département de développement est un internaute comme un autre - sur le point de la stratégie de recherche du moins.

Car un financier qui cherche les recherches prometteuses pour y investir est un internaute comme un autre.

Car un chercheur qui envisage une collaboration, un politique qui va décider d'une orientation sont des internautes comme les autres.

Malgré cette "évidence", réaliser un mémoire de recherche qui soit A LA FOIS fait de documents pertinents pour le robot de Google ET puisse s'assembler dans une version papier qui ne choque pas trop le lecteur reste une gageure.

D'une part pour des raisons de TIC, à savoir que les outils d'assemblage de fichiers HTML en un "beau" document papier avec sommaire, etc. sont "en cours de développement" (c.f. MakeBook du Consortium pour le World Wide Web W3C)..

Ensuite pour des raisons humaines car le lecteur de la version papier n'est pas nécessairement un "internaute standard".

Alors chacun doit faire un "effort" : l'auteur pour aller vers ses lecteurs, ces derniers pour entrer dans le monde "hypermoderne" de l'auteur.

i.1.4. Un mot pour désigner le présent-futur : hypermoderne

Bruno Latour (1991) nous démontre que "nous n'avons jamais été modernes" car nous ne nous sommes que très faiblement approchés de l'idéal moderne de purification (de la démarche scientifique en particulier). Si hypermoderne veut dire "moderne multiplié par X" alors le terme n'a pas de sens. Mais il se trouve que le mot hyper a clairement deux sens dès son usage chez les grecs. Dans upertonos - d'où hypertendu - hyper est bien un signe de multiplication. Par contre dans les mots grecs hyperboréal ou hypermétrope il a le sens de "au delà".

Dans "hypermoderne", "hyper" veut dire "au delà". L'épistémè hypermoderne est donc "au delà de l'épistémè moderne". La différence est qualitative : les choses ne se passent pas comme "en deçà".

Leitmotiv 2 : Hypermoderne, ce n'est pas "+" de moderne mais "au delà du moderne"

Le sens de "au delà" est également présent dans les termes hyperlien et hypertexte.

L'hypertexte ce n'est pas "du texte multiplié par X" mais une pratique "au delà du texte". Et l'hyperlien nous même "au delà" du paragraphe, du document, du site où nous sommes.

J'invite le lecteur à voyager dans cet épistémè hypermoderne. Voyage dans un "fond", un contenu discursif qui n'est pas nouveau mais qui est "autrement".

Voyage avec une forme discursive qui est donc infléchie par la nécessité d'être lu non seulement par des lecteurs mais aussi par des robots.

Par exemple, je vais sauvegarder les présentes lignes à la fois sur mon poste de travail et sur l'Internet grâce à la commande "contrôle + U comme upload" du logiciel de création de texte en ligne.

Et dans cinq secondes, cinq minutes ou cinq jours, les robots de Google, Yahoo, MSN, etc. vont "lire" ces lignes et indexer le document en conséquence.

Par exemple, lorsque le 14 mars 2005 à 17:56 je crée l'article "voûte nubienne" sur WikiPédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Vo%C3%BBte_nubienne je parle de "chaînette".

Le robot de Google a ensuite visité l'arborescence de WikiPédia et indexé l'article.

L'article est ainsi devenu accessible par la requête voûte ET chaînette

Document en ligne i.1.1. : Début de l'article "voûte nubienne" sur WikiPédia.

En effet il est dit dans l'article : "La forme de [[voûte]] dite nubienne est celle que l'on obtient en laissant pendre naturellement une chaînette tenue par ses deux bouts. La chaînette/voûte est plus ou moins ouverte selon les facteurs multiplicatif/de division (2 dans l'exemple ci-contre)."

Le premier impératif de l'auteur d'un document porteur de savoirs pour un grenier en ligne est donc l'attention au vocabulaire employé. Mais une attention nouvelle et double : le lecteur humain et le robot.

Comme dit plus haut, le savoir doit être organisé en "modules" c'est à dire sous la forme d'un document mono-thème. C'est la raison pour laquelle chaque sous-chapitre du présent mémoire est un document HTML autonome et que la numérotation des figures, tableaux, notes, etc. reprend chaque fois à 1.

Dès le début de la recherche, des textes sont mis en ligne même à l'état de "brouillon" (cela permet de commencer à être vu par les robots puis par les humains et ainsi d'échanger).

NTIC i.1.1. : Création depuis les "documents-modules" du début de la recherche.

Au fur et à mesure les textes s'enrichissent puis peuvent constituer des sous-chapitres qui seront assemblés en mémoire provisoire. Une version du mémoire sera "figée" sur le papier et sur un disque laser à un instant fixé administrativement mais les documents en ligne vont continuer à vivre.

Par exemple le document "Communauté de Recherche en Apprentissage Collaboratif" qui est en troisième partie du mémoire papier a connu une première version il y a quatre ans et a évolué tout en étant en ligne. En cherchant "CREPAC" via Google on trouve une version intermédiaire qui est toujours en ligne sur le premier site avec un nom de domaine propre "EurOnto.com" comme Europe et Ontologie.

i.1.5. Prendre soin du lecteur de la version papier

Dans un monde avec hypertexte, les notes sont soit en fin de document soit dans un espace des notes et annotations. Lorsque les documents HTML sont transformés en version papier, les outils actuels ne mettent pas les notes en bas de page. Pour permettre une lecture en version papier sans trop de "gymnastique" les notes sont regroupées dans un fascicule séparé.

Une seule version du discours existe sur le site et, pour devenir lisible, elle est organisée de deux manières : l'une pour l'écran et l'autre pour la version papier.

NTIC i.1.2. : Le mémoire est fabriqué de manière dynamique.

Le discours est créé dans des fichiers HTML qui sont chargés sur le site. Un tout petit bout de langage PHP permet d'assembler le fichier du discours et le fichier des notes pour l'affichage à l'écran.

Une page de langage PHP réalise l'assemblage des fichiers HTML pour le volume 1 et le fascicule annexe.

>>> Aller au menu 

Note : Gérer une version de la thèse pour l'impression papier et une autre pour l'internaute s'avère beaucoup trop lourd et source d'erreurs. Une version unique comporte donc les liens utiles à l'internaute - en caractère gras - vers (i) la bibliographie, (ii) le lexique (iii) le menu. Entre le mémoire et les autres documents en ligne le nombre de liens à "maintenir" doit approcher le millier.