L'introduction et chaque partie ont comporté une conclusion "locale". Chacun des 29 chapitres a comporté une "transition". Il ne s'agit pas ici de trop redire mais de le dire autrement, dans d'autres perspectives.
Dès le départ de la recherche, le choix a été de mettre en ligne les documents source et la production discursive.
D'autres chercheurs comme des praticiens ont donc commencé à s'approprier des éléments. On se rappelle que ce ne sont pas les idées mais leur formulation que le copyright cherche à protéger.
Les documents mis en ligne relèvent de deux catégories. Une première catégorie où j' indique clairement que le document est à usage libre. C'est le cas en particulier lorsqu'un élément graphique ou discursif est mis dans un des projets Wikimedia - voir l'exemple de la mise en ligne du graphisme "peace and love" ci-après.
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| Document en ligne C.1. : Licence GFDL dans WikiCommons. |
La licence GFDL GNU Free Documentation Licence (i) autorise la copie de l'image (ii) sous condition d'accompagner l'image ou le texte de l'indication de la licence afin que la possibilité de copier se propage en même temps que les conditions de cette copie. http://en.wikipedia.org/wiki/GNU_Free_Documentation_License
Une seconde catégorie de documents - sur le grenier local en particulier - ne comporte aucune indication ; ce sont les lois sur le copyright qui s'appliquent.
Chaque année les visites à ces documents se comptent par dizaines de milliers. Seul un faible pourcentage des acteurs se manifeste soit via l'application DiAnnot soit par l'envoi simple de courriel soit dans la page de discution présente pour chaque article de WikiPédia. Par ailleurs, je sais quand un auteur en ligne met un lien vers un document car c'est détecté par divers moyens dont DiAnnot. J'ai donc un "feedback" sur une petite partie de ce qui se passe. Je sais que des idées et des textes sont repris mais j'ignore dans quelle mesure.
Parfois je découvre qu'une copie de contenu a été faite hors copyright et hors GFDL - cela se nomme "plagiat". D'une part il est difficile de connaître l'ampleur du plagiat, d'autre part il est difficile d'y faire quelque chose.
Une suite de la recherche consistera à définir des stratégies éditoriales d'auteur. En effet, selon son projet un auteur mettra une plus ou moins grande partie de son travail sous licence GFDL. La double contrainte dans laquelle il est pris étant (i) être visible donc copié le plus possible (ii) maîtriser la diffusion et éventuellement escompter des droits d'auteur. Autrement dit, trouver la limite entre "mettre tout à disposition et ne plus avoir de matière spécifique à éditer" et "ne rien mettre à disposition et ne pas étendre sa présence sur les réseaux".
Le présent travail de recherche semble partir dans tous les sens mais comporte en fait une frontière "simple". Celle-ci est délimitée par la question "De quoi a besoin un auteur en ligne ?" Ce dont a besoin un auteur en ligne n'est pas "infini".
L'auteur en ligne a besoin d'une maîtrise suffisante mais pas excessive des processus : sa plate-forme, son poste de travail, le lexique qu'il emploie pour sa présence sur Google, la compréhension de l'épistémè dans lequel il produit du discours, etc.. Sur ces thèmes il doit lire et écrire "juste ce qu'il faut" de manière à disposer de plus de temps possible pour produire le discours sur le contenu - ici la construction en terre-argile et la méthode du discours.
Pourtant le lecteur peut avoir l'impression que je suis "partout", dans toutes les disciplines, dans toutes les dimensions mais il n'en est rien. Derrière l'apparente dispersion il y a une sélection rigoureuse.
Il y a une preuve simple de cela : la réalisation dans un temps défini de la présente recherche. Sans une autocensure rigoureuse tout au long des quatre années, le projet ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui, plein d'imperfections certes mais avec une couverture "suffisamment bonne" des axes.
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| Matrice C.1. : Une couverture "suffisamment bonne" des axes. |
Par exemple, les axes "technographie" et "épistémographie" ont particulièrement été explorés. La médiographie et la systémographie nettement moins.
Il est d'autant plus "facile" de rester groupé lorsque l'on espère/constate que des axes sont repris par d'autres - voir c.1..
Lorsque, le 10 août 2005 à 18:41 l'article "terre crue" est créé sur WikiPédia par un "collègue" on voit clairement le lien entre le thème de l'article et celui de l'épistémè. Quant au contenu, le grenier de savoirs sur la terre-argile crue s'enrichit d'un article bien documenté.
Quant au processus, la publication de cet article sur WikiPédia est le signe que son auteur a compris l'enjeu : "entrer dans l'épistémè hypermoderne ou rester dans l'épistémè précédent, dans une dynamique nostalgique où les choses se figent".
Le lecteur pourra trouver la formule excessive. Pourtant cela correspond à mon expérience quotidienne. Dans les lieux de recherche, parmi les étudiants, parmi les praticiens de terrain, il y a ceux qui sont "in" et ceux qui restent dans l'épistémè précédent. Et pourquoi pas ? Je n'ai pas à porter de jugement sur leur choix ou sur leur impossibilité à aller de l'avant.
Pendant l'été 2005 j'ai marché sur des centaines de kilomètres et rencontré des êtres humains qui vivaient dans des épistémè différents.
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| Figure C.1. : Cohabitation des épistémès. |
Si l'on amplifie quelque peu les qualités de ce que l'on voit sur cette image, on peut dire que la charrette et la petite maison au centre de l'image sont prémodernes, la maison à droite et le panneau routier sont modernes tandis que la marcheuse avec des équipements en textiles "high-tech" est hypermoderne tout comme l'appareil numérique qui prend la photo. Cela n'empêche pas certaines possibilités de rencontre et de cohabitation. Par exemple le "pilote" de la charrette et la marcheuse hypermoderne habitent tous deux dans une maison en terre-argile, l'un par héritage, l'autre par choix de confort. Certes, dans l'une des maisons il y a une ampoule au bout d'un fil et un four à bois dans le mur et dans l'autre il y a l'Internet et une machine automatique pour faire le pain. Mais, quand il s'agit de "vie", de rêve, de plaisir et d'émotions, de santé ou encore d'apprendre à être grand-père ou grand-mère, ces deux personnages ont quantité de "choses" à se dire.
Tel a été l'un des titres provisoires du présent mémoire, titre qui reprend les modèles essentiels. Le titre initial était "Systémologie du flux de la connaissance dans un univers virtuel. Voyons les évolutions qui apparaissent dans les changements de vocables.
| Avant | Après |
|---|---|
| Systémologie | Heptagraphie |
| Multiréférentiel | Multi-insulaire |
| --- | Inchoative |
| --- | Entrelacements |
| Flux | Grenier |
| Connaissance | Savoirs |
| Univers virtuel | Hypermodernité |
Tableau C.1. : Évolution des vocables.
Le passage de la "logie" à la "graphie" moins ambitieuse fait suite au constat qu'un "grand chantier" ne peut être qu'inchoatif et modeste.
Initialement, le niveau d'englobement était celui du système, on est passé à celui de l'épistémè qui est un des axes de l'heptagraphie.
L'univers virtuel "non-humain" fait de machines en réseaux a dû être pensé dans l'entrelacement de l'homme et de l'util, ces concepts se sont précisés au fil du travail.
Le croisement du multiréférentiel et du multidimensionnel avait déjà été décrit (Bois, 1995) et il a été baptisé "multi-insulaire".
Du concept de flux, métaphore basée sur un phénomène trop "naturel", on est passé à la métaphore du grenier, métaphore plus "culturelle". De ce fait on a préféré le terme de "savoirs".
De l'univers on est passé à un concept plus précis, celui d'épistémè. Cet épistémè est manifestement non-moderne et il a fallu trouver un mot "nouveau" : le vocable d'"hypermodernité" a semblé être le moins mauvais terme.
Un effort du présent travail a été de penser l'articulation de ces différents concepts en terme de "complexité". Avec, derrière le mot complexe, l'idée développée en particulier par Jacques Ardoino et Guy berger (1997) que l'on ne peut faire le tour d'un système complexe. Avec également l'idée que l'on doit maintenir les tensions entre différents points de vue sur l'objet de recherche. Et également celle que le découpage de l'objet de recherche et la constitution des axes des graphies peuvent comporter des imprécisions.
Lorsque je lis les quatre articles de Wikipedia Michel_Foucault Bruno_Latour Michel_Onfray Peter_Sloterdijk je ne reconnais pas les auteurs que j'ai côtoyés plus ou moins longuement au fil des années de recherche d'une méthode pour produire le discours. En effet, (i) les auteurs de ces articles synthétisent en une ou quelques pages l'uvre de toute une vie (ii) ils insistent sur les questions des "contenus" abordés. Tout au contraire, mon travail consiste (i) à prendre un minimum de phrases-clés chez ces auteurs, à en tirer la "substantifique moelle" et à identifier quels croisements féconds pourraient se faire (ii) ceci pour ce qui est de la forme du discours et pas de son contenu.
Bien sûr, fond et forme, processus et contenu sont indissociables dans leur réalité mais dans la formulation d'une phrase on parle de l'un ou de l'autre. Par exemple, soit la phrase traite du discours dans l'hypermodernité soit elle traite de la question identitaire dans l'hypermodernité. Plus rarement de la question du discours hypermoderne pour dire l'identité hypermoderne.
L'art du discours, anciennement nommé rhétorique, me parait être une question fondamentale lorsque l'on change d'épistémè. J'ai esquissé ici - modestement et par assemblage de travaux antérieurs - une méthode du discours positif hypermoderne définit comme non-aristotélien, non-cartésien, non-hégélien, non-moderne. Ce discours nommé pour ce qu'il n'est pas devra être un jour nommé pour ce qu'il est.
"Touche pas à ma langue" est un des mouvements présent à l'université et dans l'intelligentsia. A mon sens, soit un discours est écrit dans une langue vivace de ses néologismes et de la vigueur retrouvée de certaines formules anciennes. Dans ce cas les pratiques discursives vont laisser mourir quelques mots sur le chemin. Soit les "conservateurs" équipent la langue de strappings et d'attelles pour en "maintenir les bouts ensemble" et de béquilles pour la faire tenir debout dans un épistémè qui a changé. Mais cette langue "de tradition" désintéresse les élèves puis les étudiants.
Nous avons vu plus haut le modèle "hypermoderne" qui consiste à maintenir la tension des affirmations. Une expérience que Peter Sloterdijk (2000) décrit comme suite à sa lecture de Michel Foucault (1966) : "jétais irréversiblement entraîné dans un mode de pensée décisivement non-hegelien".
Il faut un certain entraînement ou un "choc révélateur" pour vivre dans ce monde non-hegelien dont Peter Sloterdijk nous dit : "Je faisais mes premiers pas dans un espace mental où la logique de la réconciliation par la synthèse finale nopérait plus."
Le présent texte est dans ce monde où il n'y a pas de synthèse finale, pas de réconciliation. C'est ainsi que je n'ai pas fait de relecture totale avec l'idée qu'aucune contradiction ne reste entre les différentes parties du discours. Par exemple si je regarde un but sous l'angle technographique, je peux dire "le bon chemin est celui de la montagne". Ailleurs je vais regarder le même but sous l'angle logo-sémiographique et l'affirmation sera "le bon chemin est celui de la vallée". Le chercheur n'a pas à décider quel est le bon chemin. C'est en aval, si son travail est appliqué "dans la vie" qu'un décideur devra choisir entre les deux chemins. Le chercheur donne les arguments pour éclairer la décision.
De même, je n'ai pas à décider de la position de mon travail sur une échelle de satisfaction. Je peux donc rester sur la double sensation de satisfaction et d'insatisfaction.
Une grande satisfaction de voir l'évolution de la pensée et de la pratique de terrain qui se sont faites au fil de ces quatre années. Des mots sont apparus pour préciser les modèles, des schémas pour préciser les entrelacements. La spirale vertueuse a joué entre mieux dire et mieux faire.
Une grande insatisfaction résulte des fausses pistes empruntées à certains moments, de la difficulté à laisser sur le chemin certains modèles et certains auteurs, de l'entrée laborieuse dans l'univers d'auteurs dont j'avais intuité depuis longtemps la richesse.
Que de temps et d'énergie "perdus" ! Et je ne vais pas chercher à "positiver" car mon discours est dans le modèle de la non-synthèse. Je laisse l'art de positiver le négatif à quelque marchand ou animateur de show télévisé.
Je suis donc à la fois satisfait ET insatisfait et dois vivre avec cela.
"Latour s'inscrit dans une tradition philosophique sartrienne et marxiste, à l'écart du mouvement post-moderne." nous dit l'article de WikiPédia. "Sloterdijk, who is trying to develop a new humanism, sometimes labeled post-humanism ... Sloterdijk distances himself from Heideggers positions" nous dit l'article du WikiPédia anglais. "Le problème politique décisif n'est donc plus la souveraineté, mais ces micropouvoirs qui investissent le corps, et qui, silencieusement, inventent les formes de la domination." est-il dit dans l'article sur Michel Foucault. "Michel Onfray fait partie dune lignée dintellectuels proche du courant individualiste libertaire." est-il précisé dans le WikiPédia francophone.
Lorsque je base mon travail en particulier sur ces quatre auteurs, la première question "évidente" est "comment peut-on synthétiser Sartre, Nietzsche, Heidegger et les libertaires ?" La réponse est en partie dans les paragraphes qui précèdent, à savoir que des modèles du monde apparemment contradictoires entre eux peuvent subsister dans un discours hypermoderne qui n'a pas pour visée la décision. Discours qui n'a pas besoin de la synthèse et de la cohérence finale.
La seconde réponse est que les glissements successifs Foucault > Sloterdijk > Bois ou encore Sartre > Latour > Bois amènent des sélections de concepts et des déplacements qui changent les points d'opposition entre modèles du monde.
La troisième question que l'on voit en particulier dans la phrase sur Michel Foucault est : "LE politique ne se situe-t-il pas vraiment en dehors de LA politique ?"
L'action dans LE politique se situe en métaposition et peut ainsi revêtir les formes subversives de la réflexion sur les mots, sur les signes, sur les entrelacements et les hybridations. L'action dans La politique est faite de décisions en particuliers budgétaires qui renforcent ou équilibrent les micropouvoirs, qui contribuent à la libération de l'homme ou à son aliénation au quotidien.
Paul Watzlawick, Peter Sloterdijk, Mark Twain, Cervantès et moi-même partageons un "intérêt certain" pour Nasreddin, ce personnage turque, mi-réel mi-mythique important au point que l'UNESCO à célébré en 1996 le 700e anniversaire de sa mort. (Bois 2002b).
Parmi les histoires-enseignement dont Nasreddin est le héros, celle où il traverse le village en étant assis à l'envers sur son âne.
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| Figure C.2. : Nasreddin et quelques auteurs. |
L'histoire-enseignement - comme le koan zen - interpelle l'auditeur par sa dimension de paradoxe. Elle l'oblige - s'il se prête au jeu - à la fois à suspendre sa pensée et à se mettre en métaposition, à "regarder de dessus".
C'est ce qu'il me semble nécessaire de faire après cet "immense" chantier. A la fois suspendre la pensée et regarder le travail "à distance".
Et puis, au moment opportun, remonter sur l'âne - à l'endroit - et continuer l'aventure.