Partie 3 : Les greniers de savoirs locaux et globaux : application et retour d'expérience

Introduction

3.i. Introduction

3.i.1. Heptagraphie

Nous allons maintenant appliquer le modèle de l'heptagraphie aux expériences de grenier de savoirs.

Matrice 3.i.1. : Heptagraphie : matrice à sept axes

On se rappelle que le découpage en sept dimensions, s'il permet une analyse assez fine de ce qui se passe, amène une difficulté à séparer de manière radicale deux axes qui ont une certaine proximité.

Ainsi, par exemple, un épistémè est l'expression d'une vision du monde avec des signes et des mots. La frontière entre les axes "épistémo" et "logo-sémio" est donc floue.

Par ailleurs, si l'on suit le modèle de Régis Debray (1991) ou celui de Gilbert Simondon (1989a) la médiatisation est inséparable de la technique qui la porte. D'où faible séparabilité entre les deux axes correspondants.

On se rappelle également qu'à chaque axe correspond un ou plusieurs auteurs "forts".

 

Matrice 3.i.2. : Des auteurs pour chaque axe

Selon les cas, les auteurs ont écrit à un niveau très générique - par exemple Michel Foucault (1966) ou beaucoup plus spécifique - par exemple les auteurs pour la technographie.

Les chapitres correspondant seront donc notablement différents dans la dimension interprétative du "réel" par le modèle.

3.i.2. Fabrication et vérification du discours positif

Les règles du discours positif sont à la fois ce qui guide l'auteur dans sa conception initiale du discours et l'outil avec lequel il va ensuite procéder à une autocritique.

La palette des formes de discours possible reste large.

3.i.3. Non-homogénéïté du discours hypermoderne

Chaque phrase du discours hypermoderne se situe au croisement d'un axe de l'heptagraphie donc d'un ou plusieurs auteurs et de plusieurs règles de la méthode du discours positif. Il en résulte une large palette de styles discursifs possibles.

Si l'on prend simplement les exemples de la technographie et de la systémographie on voit le contraste. Dans le premier cas on a un vocabulaire très précis. Dans le second cas, tout au contraire, le vocabulaire cherche à englober, à rapprocher les extrêmes, il sera donc extrêmement générique.

Il en résulte une palette de textes qui englobe des styles différents, chacun pouvant être ressenti comme ayant été écrits "à la manière de". Ceci en particulier lorsque l'on passe d'un axe très générique à un axe très spécifique.

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1. Epistémographie

3.1. Epistémographie

Lorsqu'il s'agit d'étudier une situation de terrain - ici un grenier de savoirs et les activités humaines en amont, en parallèle et en aval - la sensibilité à la question épistémique a pour fonction d'éviter au mieux les malentendus de communication et d'interprétation.

Par exemple, Bob, maître d'ouvrage d'une restauration d'une maison du 18e siècle, commande au charpentier Jean-Jacques 28 solives. Préalablement à sa commande, il a communiqué à Jean-Jacques un document décrivant son projet de restauration "à l'ancienne". Malgré cela, Jean-Jacques lui livre des solives "hypermodernes".

Méta 3.1.1. : Solives "hypermodernes"

Il ne suffit donc pas de dire "mon projet se situe dans tel paradigme" pour que le message soit reçu. Si Jean-Jacques est dans le paradigme de la charpente hypermoderne, il faut prendre du temps, de la patience pour lui expliquer que le projet est dans le paradigme du 18e siècle. La conclusion de cette conversation "suffisamment poussée" peut être que Jean-Jacques n'a pas de fournisseur pour de la solive à l'ancienne bien sèche. Dans ce cas Jean-Jacques ne fera pas l'affaire avec Bob. Ce qui est une bonne "raison" pour ne pas entendre-lire la vraie nature du projet de Bob.

Lorsqu'il s'agit non plus de choses comme des solives mais de modes de pensée, de vision du monde, distinguer entre les épistémès est une autre affaire. En particulier lorsque le chercheur et les acteurs avec lesquels il construit un projet sont dans l'épistémè actuel, celui de l'hypermodernité.

Auguste Comte, visionnaire de la seconde modernité aurait dit soit : "L'œil ne peut pas être à la fenêtre et se regarder passer dans la rue." Soit : “On ne peut en même temps regarder par la fenêtre et se voir passer dans la rue”. Soit : "On ne peut se mettre au balcon pour se voir passer dans la rue." J'ai même vu la phrase attribuée à Henri Bergson. Quoi qu'il en soit, c'est la capacité d'auto-observation qu'Auguste Comte dénie à l'homme moderne. peut-être avait-il raison. Nous n'avons pas vécu au XIXe siècle. Certains chercheurs pensent que la conscience subjective "subtile" telle que nous la vivons dans l'hypermodernité est une "invention" récente. Le problème qui se pose c'est quand on veut appliquer à un travail de recherche du XXIe siècle une règle qui était excellente au XIXe mais qui ne l'est plus aujourd'hui. Dans l'hypermodernité on découvre que quantité de découvertes sur l'homme n'ont été possibles que par l'auto-observation. Par exemple, lorsque René Girard (1990) analyse la progression de l'œuvre de Shakespeare, il y découvre une compréhension de plus en plus fine du mécanisme de la mimésis. Travaillant sur le même sujet, il le trouve particulièrement bien compris de Cervantès, Flaubert, Stendhal, Dostoïevski et Proust. Ces "experts" sont-ils de chercheurs de laboratoire qui observent l'homme à travers une vitre ? Non, ce sont des chercheurs qui conjuguent auto-observation et observation du monde autour d'eux. On a donc la possibilité que l'ensemble des acteurs des épistémès antérieurs soient peu doués pour l'auto-observation - d'où la proposition de Comte - et que des auteurs particulièrement sensibles au contraire aient cette capacité.

Pour observer l'hypermodernité, conjuguer hétéro et auto-observation peut être une approche fructueuse. Ce qui n'empêche pas, avec Michel Foucault (1966) et Régis Debray (1991) en particulier, de convenir qu'il faut être vigilants quant aux limites de cette approche.

Hétéro-observation

trop "froide"

Auto-observation

trop "chaude"

Figure 3.1.1. : Hétéro et auto-observation.

 

C'est par la confrontation de l'hétéro et de l'auto-observation et dans la zone "entre deux" que peut émerger une certaine connaissance de l'hypermodernité.

Considérons le cas de l'enseignement face à face et de l'intervention à distance comme exemple d'un changement épistémique qui peut "tromper l'observateur".

Lorsque je dis que je fais des interventions à distance, quasiment 100% de mes interlocuteurs me font des commentaires que je traduis par le schéma suivant.

Face à face

chaud

Distance

froid

Figure 3.1.2. : Le face à face représenté comme chaud et la distance comme froid

Or, mon observation ne va justement pas du tout dans ce sens là.

Des facteurs sont parfois bien plus déterminants que la distance. Prenons l'exemple d'une téléconférence avec un petit groupe début 2005. Environ 700 kilomètres séparent l'intervenant du petit groupe. L'équipement utilisé permet d'avoir, des deux côtés, une bonne dimension d'image et une bonne qualité de son. Il n'y a pas d'enjeux "politiques" qui viendraient parasiter le fonctionnement du groupe, les participants sont suffisamment "joueurs" vis à vis du dispositif.

Si l'on considère le vécu subjectif - les participants sont "sous les yeux" de l'intervenant et vice versa - alors chacun peut se sentir proche de l'autre. LA proximité qui est en jeu est celle du composite terrain-concept. Ce qui intéresse les participants c'est comment l'intervenant articule des concepts avec le terrain de leur vie professionnelle et si cette articulation est bonne, alors "nous sommes proches". Dans ce cas, et d'une certaine manière dire "nous sommes éloignés" c'est "rajouter" quelque chose au vécu subjectif.

A l'inverse, on peut être face à face et très "lointains". Par exemple, pendant quelques années, j'ai réalisé des interventions dans des structures de soin. Les structures de soins font partie de ces îlots d'existence où l'être humain est confronté à ses limites : la mort, la souffrance la folie. Tout peut donc y arriver. Dans une intervention, alors que l'objectif était de "libérer" une équipe d'un certain nombre d'entraves à penser son vécu, le cadre responsable s'est joint à l'équipe : les participants sont "paralysés". Dans un autre établissement, le bureau du directeur est adjacent à la salle de formation : silence. Dans un troisième site un patient a tué un soignant, il y a un certain temps : si les soignants se mettent à parler il y aura des larmes, des colères - en particulier parce qu'un médecin est tenu pour responsable du meurtre. Alors "on garde ça dans sa poche avec un mouchoir par dessus". Le face à face peut donc être parfaitement "froid".

La question "être ou ne pas être en face à face" peut passer au second ou au troisième plan dans bien des situations d'intervention.

Explorons maintenant l'hypothèse inverse.

Face à face

froid

Distance

chaud

Figure 3.1.3. : Le face à face représenté comme froid et la distance comme chaud

Nous prendrons le cas, en téléconférence ou en intervention en ligne, où il n'y a pas de "phénomène de groupe" donc tous les participants sont derrière leur écran soit seuls soit par deux.

Quel est l'enjeux le plus "intense" pour l'être humain ? Depuis quelques décennies et à travers une douzaine d'ouvrages, René Girard nous répond : "le désir mimétique". Or, que se passe-t-il dès que l'on met de la distance entre les êtres humains ? Certes, le désir mimétique ne disparaît pas mais il ne peut déboucher sur les comportements "habituels". La littérature, le cinéma, et ... la vie nous ont familiarisés avec le désir mimétique. Deux étudiantes et un enseignant, deux étudiants et une enseignante dans le modèle "classique". Trois personnes du même sexe dans le modèle dostoïevskien et les conditions sont réunies pour l'entredéchirement.

La distance est donc le remède "miracle" au risque de voir la mimésis et le désir en général se transformer en entredéchirement. Alors chacun peut se détendre. Au contraire, dans le face à face, soit on prend le risque soit on établit de la "froideur" pour prévenir le risque.

L'hypothèse que nous explorons "le face à face c'est le froid, la distance c'est le chaud" (i) est explicitée par le modèle girardien (ii) est vérifiée dans des cas réels. En effet, je constate combien les échanges peuvent être détendus, joueurs, provocateurs dans certaines situations de distance. Bien sûr, il faut que les participants "croient" effectivement à la distance. Si tel participant imagine que je peux sauter dans ma voiture, faire 700 km, pour aller intervenir dans son espace proche, ça ne marche pas. C'est là que l'on retrouve la question de l'épistémè. Dans chaque épistémè il y a un certain nombre de règles du jeu, de réflexes comportementaux, de représentations du monde. Si deux "joueurs" sont dans l'épistémè hypermoderne et savent que "la distance c'est la distance", si chacun intuite que l'autre a une vie suffisamment équilibrée dans son réel, alors le jeu peut être très détendu, très chaleureux. Par contre, si un joueur est dans le virtuel hypermoderne tandis que l'autre est encore dans les réflexes du modernisme, alors ça ne joue pas.

La vigilance est de mise vis à vis des évidences comme "le proche c'est chaud, la distance c'est froid".

Mais revenons à la téléconférence évoquée plus haut. Observons l'intervenant. Nous le voyons faire "comme si", comme s'il était dans la salle de classe à 700 km alors qu'il ne voit cette salle que sur un grand écran. Un premier étudiant arrive, il le salue comme il l'aurait salué s'il était entré dans une salle "réelle". Les étudiants s'installent un à un et une étudiante se met un peu à l'écart. L'intervenant lui demande de se rapprocher de ses camarades. Comme il le fait pour le face à face, l'intervenant fait un plan de classe avec les prénoms. Il fait quand même une vérification : "quand je regarde dans votre direction, voyez-vous bien mon mouvement de tête ?" "Oui !" "Et si je vous regarde en fronçant les sourcils ?" "Aussi" répond l'étudiante en souriant. L'intervenant voit lui-même "bien" les étudiants. S'ils ne prennent pas de note il peut intervenir : "Ce point est important, je vous invite à le noter." A un autre moment : "Jacqueline, je suis sûr que ce que vous dites à votre voisin est très intéressant ..." Effectivement, c'est le point de départ d'une discussion. De même que le présentateur du journal de vingt heures nous parle comme s'il était assis au coin de notre salon, de même l'intervenant fait "comme si" il était "là bas", assis à quelques mètres des participants. Il peut même regarder dans les yeux une participante du premier rang et lui dire "Vous n'avez pas le même parfum qu'hier." Et la participante va rougir comme s'il n'y avait pas de distance.

Un certain nombre d'écoles de pensée - constructivistes, etc. - nous ont "habitués", depuis des décennies à comprendre que "tout est dans la tête". Ce n'est pas que le réel n'existe pas comme le souligne Bruno Latour (in Ihde, 2003, pp. 15-26), mais ce que nous faisons du réel dans notre pensée a une place souvent plus importante que le réel. Dans la situation d'échange sémantique appelée "enseignement" ou "formation" ou "auto-formation accompagnée" ce qui est en jeu ce sont des des discours - ensembles de mots qui désignent les liens entre humains et non-humains. Le "réel" n'a d'importance que lorsqu'il ne "fonctionne pas". Bien sûr, s'il fait trop froid ou trop chaud dans la salle à 700 km, l'intervenant ne s'en rendra pas compte. C'est pour cela qu'il va, en début de séance, nommer un "responsable des sensations" qui devra lui signaler ce genre de problème ainsi que d'éventuels problèmes d'image ou de son. Ceci étant mis en place, tout se passe dans l'ordre du discours. Au niveau des sensations il va manquer la gestuelle du corps entier. C'est à l'intervenant d'amplifier un peu la gestuelle de sa tête et de ses mains pour "remplacer". Les modulations de la voix seront aussi un peu exagérées.

Quelle formation pour un intervenant à distance ? Bien évidemment, le théâtre, le cinéma, la télévision en tant qu'acteur. Avoir conscientisé ce que voit et ce qu'entend un spectateur, avoir développé les jeux possibles de sa voix et de son corps crée ce que l'on nomme la "présence" de l'intervenant. Mais un intervenant qui est "absent" devant une caméra est-il "présent" en face à face ? A part un syndrome de paralysie face à un dispositif technique, on peut dire qu'il y a les intervenants "présents" à distance comme en face à face et les intervenants "absents" quelles que soient les circonstances.

Le fait que l'intervenant se voit sur l'écran de contrôle lui permet éventuellement d'être plus pertinent avec le dispositif technique que sans.

Le changement d'épistémè - en particulier à travers les nouvelles possibilités de la technique - est souvent un révélateur de ce qui se passait dans l'épistémè précédent mais qui restait impensé. Quand un intervenant était "absent" face à une audience dans le modernisme, la "bienséance" voulait que l'on ne quitte pas la salle. Dans une formation en ligne, le participant peut "décrocher" sans que cela perturbe le groupe. La situation révèle donc le phénomène antérieur "tel intervenant sait captiver son auditoire" ou "tel intervenant est soporifique".

Dans le modernisme, violence était faite à des auditoires à qui l'on "imposait" des intervenants inintéressants. Dans l'hypermodernité violence peut être faite à des intervenants qui ne savent pas être "entertaining". Le dictionnaire Harrap's shorter dit "amuseur, diseur" pour "entertainer" et "divertissement, spectacle" pour "entertainment". En fait, soit il faut garder le terme, soit créer un néologisme. L'intervenant-entertainer c'est celui qui sait "attirer et maintenir l'attention par tous les moyens possibles". Y compris en annonçant "pause !" quand l'attention se relâche en dépit de ses "trucs et astuces" d'entertainer.

Le rêve de bien des gestionnaires dans l'hypermodernité est de faire des économies grâce à la téléconférence et aux autres possibilités de l'Internet. Mais il y a des conditions nécessaires à remplir. En particulier de faire l'investissement pour de former ou recruter des "intervenants-entertainers" qui animent le ou les systèmes de partage de savoir, de dynamique collaborative. En l'absence d'une telle animation les participants zapent. Non seulement l'investissement est quasi totalement perdu mais l'institution ira bien mal de la dégradation de la qualité de ses échanges de discours. (Bois, 2000)

Dans la charnière entre épistémès, les acteurs se trouvent donc pris dans de "gros malentendus" réels ou potentiels. De ce fait, peu de temps et de circonstances favorables permettent une observation et une herméneutique de situations plus subtiles.

Les possibilités prédictives sont donc faibles. Lorsqu'une circonstance nouvelle est crée dans l'hypermodernité on a en effet trois cas. Dans le premier, les êtres humains vont se comporter de manière relativement identique par rapport à une situation de la modernité. C'est ainsi que les éléments de fond de la motivation, du désir, de la séduction, etc. sont des invariants. Dans le second cas, la situation hypermoderne entraîne des réactions différentes voire de polarité opposée. Enfin la situation hypermoderne peut révéler, exacerber un éléments latent, non-dit, impensé préalablement. Paradoxalement, c'est cela que l'on pourrait le mieux prédire. En effet, si l'on se penche un peu sur une pratique qui, jusque là, allait de soit, on va pouvoir en identifier les paramètres et en imaginer l'évolution lors du changement d'épistémè.

Transition

Matrice 3.1.3. : Le "début" de la matrice

L'épistémographie est une de ces graphies qui nous dit "attention, risque de contresens !" Nous allons maintenant voir la guipographie - l'entrelacement des humains et des non-humains. La métaphore de l'entrelacement est nouvelle dans l'épistémè hypermoderne par son extension même si les grecs anciens parlaient déjà du "filet du discours" et sont ainsi les initiateurs d'un composite grÛfografv griphographie qui est nommé ici guipographie.

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3.2. Guipographie

3.2. Guipographie

Nous avons vu que le web anglo-saxon, la guipe francophone et la gryphe grecque désignent les entrelacements des humains, des non-humains et des discours.

Ici nous sommes au plus près du terrain pour voir ce qui s'y entrelace : maillage et réticulation

Médio 3.2.1. : Le passeur et ses rôles en amont et en aval du grenier de savoirs

 

3.2.1. La fonction amont du passeur

Au cours de l'été 2005 j'ai pu observer une situation "nouvelle". Dans plusieurs villages des provinces de Castille Leon et Galice (Espagne), un projet à participation européenne a amené l'Internet haut débit. Il y a donc une pièce - petite bibliothèque avec quelques ouvrages ou pièce sans livre - avec une demi-douzaine de postes de travail. Ce sont des régions où le patrimoine en terre-argile crue est important.

Bâti 3.2.1. : Mur en adobe en Espagne - Nord-Ouest

Avant le grenier de savoirs sur la terre-argile crue, lorsque l'on avait un projet de restauration ou de construction neuve et là où le savoir local était perdu, il fallait faire appel à un expert venu par exemple d'une école d'architecture. Mais, le livre exhaustif sur la construction en terre-argile crue n'ayant pas été écrit, une fois que l'expert avait tourné le dos, le lien était coupé. Même dans le cas où un ouvrage restait sur place, comment en joindre l'auteur ?

Avec la disponibilité de l'Internet haut débit, le grenier de savoirs (i) est toujours disponible (ii) permet d'envoyer un courriel lorsque le lien est nécessire. C'est ce qui se passe d'ailleurs régulièrement.

Pour construire ce grenier de savoirs il faut, le plus souvent, un "passeur". L'expert a, en effet, des savoirs sur des photographies dans ses tiroirs, sur des plans, dans sa tête et aussi des savoirs visibles dans ses réalisations. Il ne lui est pas naturel de franchir les étapes qui amènent vers le grenier de savoirs aussi simple soit-il.

La phase amont - P1 de la figure 1 ci-dessus - est elle même une séquence dont les phases simplifiées sont (i) trouver un dessin sur l'Internet ou le faire réaliser, photographier un chantier, etc. (ii) Mettre en code digital les éléments recueillis (iii) les mettre en scène et les formater (iv) créer le texte (v) organiser le site et l'installer en ligne.

Il y a à la fois des "traductions" sémiotiques, sémantiques et techniques. Ce sont ces différentes traductions qui sont le rôle du passeur. Ce rôle sera tenu par une ou plusieurs personnes selon l'objectif de "finesse" du grenier de savoirs.

3.2.2. Le passeur aval

Le grenier de savoir est en ligne. Nous verrons par ailleurs que le grenier de savoirs n'est pas une entité physique mais des documents organisés dans une multitextualité - un maillage hypertexte cohérent.. Observons cet internaute, quelque part sur la planète, qui veut construire une voûte nubienne. Il utilise par exemple Google et il trouve l'article que j'ai créé sur WikiPédia.

Document en ligne 3.2.1. : Article WikiPédia "terre crue" - aspects thermiques - le 19 08 2005

Le nombre annuel de visiteurs sur le grenier de savoirs "physique" est pour l'instant d'environ dix mille. Cela tient à la bonne présence des documents via Google. Le premier travail du passeur aval est donc de faire ce qu'il faut pour que les documents soient bien visibles. Nous verrons dans la logo-sémiographie qu'il s'agit de mettre les bons mots-clés de la bonne manière. Ici ce qui nous intéresse c'est comment cette fonction technico-sémantique joue un rôle pour la réticulation.

Le passeur aval se "met dans les baskets" de l'internaute, imagine comment il va tourner ses requêtes. Pour ce faire, il dispose d'un recueil de requêtes d'internautes recueil réalisé par l'application DiAnnot. Voir dans "technographie" >>>

Par approximations successives les documents vont être de plus en plus pertinents donc il y aura de plus en plus de visites donc de plus en plus de traces de requêtes et une meilleure connaissance des habitudes des internautes.

Par exemple on se rend compte que les internautes utilisaient, au début de l'Internet, un ou deux mots par requête. Au fur et à mesure que l'acculturation se fait, les requêtes sont plus longues et mieux organisées.

Un infime pourcentage des internautes prend contact par courriel avec le passeur puisque la plupart des documents sont, pour l'instant, à l'état "brut" c'est à dire qu'il n'y a pas de lien vers des fonctions "home" ou "contact".

Mais l'internaute motivé sait remonter vers la racine du site et trouver le lien d'envoi de courriel. Se joue alors le second rôle du passeur.

En effet, même si toute l'information est déjà sur le grenier de savoirs - et c'est parfois le cas sur certains thèmes - il faut que l'internaute se l'approprie. Le document est rédigé dans un langage qui est celui du premier passeur qui écrit pour son "internaute type" donc pas nécessairement celui de l'internaute du moment. (Eco, 1985 pp. 61-82)

Par exemple, l'internaute emploie un mot pour un autre pour désigner une pièce de bois.

Terme Origine principale et sens

bastaing

du provençal Madrier de sapin
madrier du provençal Planche très épaisse
chevron du latin Pièces de bois qui joignent la poutre de faite aux murs. La volige est clouée sur les chevrons pour accueillir les tuiles, ardoises, etc.
volige Planche plus fine que la latte à parquet. Utilisée pour le toit.
solive du latin Pièces de bois entre les poutres et qui soutiennent les frises
frise du latin Planche, latte à parquet Frisette : Planche fine
sapine gaulois Planche, solive de sapin
poutre du latin Grosse pièce de bois qui soutient un toit ou un plancher via les chevrons ou les solives
lambourde du francisque 1 Solive 2 Pièce de bois le long du mur qui soutient le bout des solives

Bâti 3.2.2. : Termes principaux pour la charpente

Le travail du passeur va donc être de désambiguer les termes employés par l'internaute. Ce dernier sera invité à préciser son projet et ses questions.

Le passeur n'est pas sensé en savoir plus que ce que contient le grenier de savoirs. Il sera donc parfois amené à consulter l'expert.

3.2.3. Quand un petit dessin vaut mieux qu'un grand discours

Une des fonctions du passeur est de "traduire" entre les systèmes écrit et schématique. Selon les internautes il faut soit mettre un texte en schéma, soit expliquer un graphique.

Il ne s'agit pas de faire une œuvre d'art.

Pour les pièces de charpente décrites ci-dessus un dessin "vite fait" précise les choses.

Bâti 3.2.3. : Dessins tout simples pour préciser les montages du plancher et du toit

 

Quand les échanges en ligne se font rapidement, il faut aller très vite et un dessin à la main fera l'affaire.

Bâti 3.2.4. : Dessin à main levée : semelle pour accueillir une poutre sur un mur en terre

On voit ainsi, au fil de la vie du grenier de savoirs, se tisser les relations entre humains et non-humains. Voir exemples de feedback /techne/diannot/feedback_gredyco.htm      /techne/diannot/feedback_non_gredyco.htm

La situation est clairement symétrique. A la fois les humains doivent tenir compte des non-humains - depuis la réalité de la terre-argile crue jusqu'à celle des outils Internet - et les non-humains sont "façonnés" pour répondre aux besoins des humains. Il y a ajustement réciproque par approximations successives.

Bâti 3.2.5. : Étonnante voûte nubienne à Auroville (Inde).

C'est par exemple le cas pour trouver les limites d'ouverture possible d'une voûte nubienne - figure 5.

On a là un métapheur intéressant de cette recherche de limites que l'on trouve également dans le tissage des discours.

Transition

Matrice 3.2.1. La séquence de l'heptagraphie.

Nous avons déjà vu que les sept graphies correspondent à des axes qui se croisent. Il n'y a donc pas de raison particulière de commencer par une graphie plutôt que par une autre. Le lecteur en ligne peut naviguer d'une graphie à l'autre comme bon lui semble. C'est seulement l'obligation de les coucher sur le papier qui fait qu'elles sont présentées par ordre alphabétique. Nous venons donc de voir les couches "épistémè" et "guipe". Nous allons voir maintenant la logo-sémiographie.

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3. Logo-sémiographie

3.3. Logo-sémiographie

3.3.1. Le dialogue avec les utils

Bien avant de découvrir les travaux de Michel Callon (1986) et le modèle de dialogue avec les non-humains je conseillais aux étudiants de prendre au mot le métapheur "langage informatique" à savoir qu'il est intéressant de considérer qu'effectivement je parle à l'ordinateur et qu'il me parle. Prendre le métapheur au mot ne veut pas dire que l'on confond un ordinateur et un être vivant mais que l'on se met dans un rôle qui a deux qualités (i) écouter ce que nous dit l'util (mon ordinateur, le réseau à travers mon ordinateur et quelques voyants sur le modem et le routeur, les autres ordinateurs à travers toute la chaîne).(ii) lui parler dans son langage.

"C'est de la technique, je n'y comprend rien" "Les ordinateurs c'est des maths, ce n'est pas pour moi". Justement, un ordinateur ce n'est de la technique qu'en arrière plan et il y a deux cas (i) où ça fonctionne (ii) ou ça ne fonctionne pas et c'est un problème de technicien, pas d'utilisateur.

Un ordinateur c'est des maths logiques mais en arrière plan. En premier plan c'est des langages et seulement des langages. L'utilisateur devrait donc dire "je ne suis pas doué pour les langues". Je disais récemment à un jeune adulte - après lui avoir expliqué ce qu'est un util : "Si tu respectes ton util, si tu l'écoutes, si tu lui parles dans son langage, il sera un allié qui te rendra de grands services. Si tu ne le respectes pas, il sera un ennemi qui aura toujours le dernier mot."

"Respecter est la condition nécessaire pour dialoguer" s'applique donc aussi bien au dialogue avec les non-humains qu'au dialogue avec les humains.

Pour un instant nous allons donc considérer les langages "ensemble".

3.3.2. Vingt langues, idiomes et langages pour un document

En simplifiant les choses, on réalise qu'une vingtaine de langues, idiomes et langages sont à l'œuvre pour que fonctionne un grenier de savoirs, la communauté autour et la recherche.

Certains de ces langages sont "transparents" c'est à dire qu'un opérateur peut travailler sans avoir à se préoccuper de ce qui "tourne en arrière plan". C'est le cas du langage machine du processeur et des protocoles de transmission HTTP, TCP/IP, PostScript.

Un utilisateur dit "lambda" n'a qu'à apprendre la partie de tel langage qui lui est utile pour telle action. Si l'on continue avec la métaphore du langage naturel, si je veux échanger en anglais sur les ordinateurs j'ai besoin de trois cent mots - les verbes et adjectifs de base et les noms de la spécialité. Trois cent mots sélectionnés dans une langue qui en a des milliers.

Si je veux parler de rugby c'est un autre ensemble de trois cent mots, pour parler de cuisine un autre ensemble et ainsi de suite.

Le chercheur lui même qui travaille tous les jours avec sept langages - Windows/DOS, HTML, CSS écran et page, PHP, MySQL, JavaScript et FTP - n'apprend que ce dont il a besoin. Les six livres de base représentent trois mille pages environ : il n'en connaît qu'une partie.

  Type de langue, objectif à réaliser Langues et idiomes
 

Pour le contenu

 
1 Langue principale Français
2 Langue vernaculaire Idiome des constructeurs "alternatifs"
3 Langue de l'auteur Synthèse d'idiomes de chantier et d'idiomes des disciplines positives
 

Pour la transmission dans un ordinateur et entre ordinateurs

 
4 Langage pour la composition globale HTML Hypertext Mark Up Language
4bis idem Langage de SPIP
5 Langage pour la composition - écran CSS Cascade Style Sheet - écran
6 Langage pour la composition - impression CSS Cascade Style Sheet - impression
7 Langage pour dialoguer avec l'imprimante PostScript
8 Langage pour les processus sur le navigateur JavaScript
9 Langage pour les processus sur l'ordinateur serveur PHP Personal Home Page
10 Langage pour la base de donnée des visites - requêtes, etc. MySQL Structured Query Language
11 Langage machine Selon processeur
12 Langages "de base" C++, Java, Perl, XML
13 Langages "autour" ontologies, RDF, Topic Map
14 Protocole de transmission des documents HTTP Hyper Text Transfer Protocol
15 Protocole de transfert de fichiers FTP
16 Protocole de transmission des données TCP/IP Transmission control protocol/ Internet Protocol
16 bis Protocole de configuration du serveur DHCP Dynamic Host Configuration Protocol
 

Pour la recherche qui a mené au GreSLAMED

17 Discours positif Idiome des disciplines positives
18 Discours positif sur l'homme et la société Idiomes des SHS
19 Discours information, communication, savoirs Idiome de l'info com
20 Discours du chercheur Idiome idiosyncrasique

Médio 3.3.1. : L'ensemble des langages pour le projet de GreSLAMED

Grenier de Savoirs en Ligne avec Architecture Multitextuelle et Environnement Dynamique

Ce que je souligne ici c'est la démarche qui est commune à toutes les situations langagières (i) étudier le vocabulaire de l'interlocuteur (ii) lui parler avec son langage.

Pour le travail de la recherche nous avons vu la nécessité de créer des néologismes. Il existe une possibilité équivalente dans les langages informatiques : créer une fonction que l'on désigne d'un nom que l'on va utiliser comme un mot du langage.

3.3.3. Google : quand les humains et les non-humains "parlent pareil"

Lorsqu'un internaute veut trouver un document du grenier de savoirs, il fait une requête sur Google. Un document est dit avoir de la "pertinence" par rapport au besoin du chercheur d'information si les mots-clés de la requête sont présents "au bon endroit" dans le document.

(Note 3.3.1.)

L'algorithme du moteur d'indexation de Google évolue en permanence. Les informations données ici peuvent donc n'être plus aussi pertinentes dans quelques temps.

3.3.3.1. C'est Google qui décide

Lorsque Google rencontre un nouveau document, il analyse un certain nombre de paramètres correspondant à l'objectif "que le document soit pertinent pour le chercheur d'information type".

Soit un internaute qui cherche des documents qui traitent du rôle du facilitateur. Via Google en juin 2005 il en trouve 77300. Le premier document affiché est celui que j'ai créé il y a un ou deux ans. Pourquoi ?

Exemple de fiche indexée par Google

Facilitateur

Le 1er janvier 2005, le terme de "facilitateur" est présent dans 78 mille documents indexés par Google, son équivalent anglo-saxon "facilitator" dans trois millions et demi de documents. Pourtant, ce sont des termes apparus relativement récemment.

Il semble difficile de trouver une définition. On trouvera "the facilitator is a mediator" .

La définition sera donc une définition locale : j'entends par "facilitateur" le rôle qui consiste à "mener le jeu" d'une communauté - groupe de participants en apprentissage collaboratif. Dans "mener le jeu" il y a jeu donc "règle du jeu". Au fil des expériences, cette dernière est apparue de plus en plus comme fondamentale. Selon les en-jeux et tensions potentielles de la communauté, elle sera extrêmement détaillée - par exemple pour des interventions en milieu hospitalier - ou dessinée à plus grands traits - voir par exemple le "processus" de l'expérience Evhemere.

Document en ligne 3.3.1. Une fiche sur le thème du "facilitateur".

3.3.3.2. Cohérence interne

Le robot de Google privilégie la cohérence, l'homogénéité interne d'un document.

    Il compare les mots contenus dans six "zones sensibles" :
  •  le nom du fichier,
  •  le nom/titre du document (balise "title"),
  •  les titres dans le document (H1, H2, etc.)
  •  les mots en gras,
  •  le texte alternatif qui s'affiche à la place des photos (balise "ALT"),
  •  le texte des liens dans le document
    Par exemple le document gagne des points de pertinence :
  •  +++ si le terme "facilitateur" est dans le titre du fichier
  •  ++ si le terme "facilitateur" est A LA FOIS dans les 5 autres zones sensibles (title, H, ALT, etc.)
  • ++ s'il y a une répartition "harmonieuse" du terme entre des zones et le contenu.

3.3.3.3. Cohérence externe

Google pénalise les pages "d'appel" qui dirigent vers des documents qui n'ont rien à voir.
Il note la cohérence entre le document et les documents externe liés.

3.3.3.4. Le futur de la pertinence

Un créateur de "texte porteur de savoirs" cherche à ce que son document soit placé le mieux possible dans l'index de Google. D'une part pour être visible en tant qu'auteur, d'autre part, comme il pense que son document est utile à autrui, pour que l'internaute trouve ce "bon document".

Bien sûr, chaque auteur a l'une, l'autre ou les deux motivations. A terme, tous les documents et ensembles multitextuels vont adopter le format "Google" à la fois en terme de cohérence interne et en terme de cohérence externe. Par exemple, la fiche "charpente" du site du charpentier devra être harmonisée avec la fiche "tuile" de la tuilerie et avec la fiche "ouvrage global" du site de l'architecte. Google sera équipé d'articulateurs de concepts/ontologies qui définissent que "charpente", "tuile" et "ouvrage" font partie du même ensemble sémantique. Voir /techne/poste_plateforme/ontologie_nar.htm

3.3.4. La multitextualité

La multitextualité dont il est question ici est un concept d'organisation et d'usage de documents reliés par le procédé dit hypertexte. Il est intéressant de situer l'hypertexte dans son histoire et son contexte.

En Avril 1968 des chercheurs décrivent l'an 2000 et ses millions d'internautes. (Licklider, 1968, pp. 20-40).

Les acteurs des sociétés IBM et CDC (Control Data Corporation) sont affirmatifs : "ça ne marchera jamais !" (Serres, 2003, section "Chronologie1965-1969.htm#Licklider5")

Une poignée d'hommes a la vision de comment peuvent s'articuler des éléments alors perçus comme hétérogènes. Les concepts "hardware" et "middleware" de mini-ordinateur de contrôle de réseau, de protocole de communication par paquets, de "souris" d'un côté, les concepts "software" de messagerie collective, de logiciel de recherche documentaire, d'hypertexte d'un autre côté sont portés par quelques passionnés. Il faudra encore trente ans pour que tout cela fonctionne harmonieusement pour des millions d'utilisateurs.

En 2005 il y a toujours énormément de choses à inventer du côté des matériels et des réseaux. Le concept de multitextualité se situe dans ce que l'on nomme les "couches hautes", celles qui sont le plus près de l'utilisateur. C'est à ce titre qu'il est abordé dans le chapitre logo-sémiographie plutôt que dans le chapitre "technographie".

Deux phénomènes se développent en parallèle.

D'une part des internautes cherchent des savoirs essentiellement via des moteurs de recherche comme Google. Dans l'état actuel de l'Internet, la recherche indique le contenu du document recherché mais pas sa forme. Si ce n'est qu'il y a une fonction "images" dans certains navigateurs. Dans le projet dit de l'Internet sémantique, l'internaute pourra dire le contenu qu'il cherche, par exemple "sol en terre battue" mais aussi s'il cherche un article de dictionnaire ou d'encyclopédie, un article de grenier de savoirs, une publication scientifique ou un mémoire de thèse.

D'autre part il y a des particuliers ou des collectivités qui se constituent comme éditeurs de contenu. Nous nous intéresserons ici aux publications de contenu sur l'Internet avec accès libre c'est à dire gratuit et sans "filtrage" par système d'affiliation, etc..

Nous prendrons comme exemples l'encyclopédie en ligne Wikipédia, le dictionnaire en ligne Wiktionnaire et des greniers de savoirs.

Dans son acception la plus simple, un grenier de savoirs est un ensemble de documents reliés par des liens hypertexte. Les documents qui le composent sont mis en ligne sur l'Internet dans un ou plusieurs sites inter-reliés. Les documents sont indexés par le moteur de recherche Google.

    L'auteur d'un grenier de savoirs a deux impératifs :
  • un impératif externe de réaliser des textes correspondant aux différents types d'utilisateurs potentiels - c'est la pertinence que nous venons de voir,
  • un impératif interne d'avoir le minimum de redondance d'information pour, en particulier, avoir une maintenance réalisable.
Ces deux familles d'impératifs l'amènent à segmenter l'ensemble de ce qu'il a à dire en textes de différentes formes reliés entre eux et vers l'extérieur pas des liens hypertexte.

Cette organisation en segments qui s'appellent les uns les autres présente une ressemblance avec les différents procédés de citations qui ont été réunis sous le vocable de transtextualité. /episteme/transtextualite.php Le terme de multitextualité a émergé à partir du terme de transtextualité.

Pour comprendre la dynamique multitextuelle il est indispensable de "naviguer" dans un ensemble multitextuel.

Voyons un document typique du GreDyCo le Grenier Dynamique pour la Construction en terre-argile crue.

Il s'agit d'une sorte de "bande dessinée" de dix écrans qui présente la réalisation du sol en terre battue dans la Maison de Mimi, une maison multiséculaire restaurée à l'ancienne à partie de 1996.

Nous trouvons le document via Google avec la requête terre battue sauf tennis ; le document est en sixième position en août 2004 - sur 14 mille.

http://www.euronto.com/gredyco/technique/terre_battue/tb1.htm

Nous verrons ci-après une version simplifiée et modifiée des cinq premiers écrans. La forme choisie pour ce point du grenier de savoirs est le témoignage qui donne les éléments de "l'aventure", de la décision à la réalisation.

Ce qui nous intéresse ici c'est de voir comment les documents du scénario sont organisés, via des liens hypertexte, en ensemble multitextuel.

Écran 1 Le sous-sol de la Maison de Mimi est naturellement humide. Les anciens s'en servaient de réserve d'eau. Cela ne posait aucun problème comme chaque fois que l'on respecte les propriétés dynamiques d'un matériau.
 

Principes multitextuels :

Le texte "propriétés dynamiques" traite d'une question générique qui doit donc faire l'objet d'une "mise en document" qui permette un accès depuis plusieurs points.
Écran 2

Jusqu'au jour où le sol a été cimenté ainsi que la façade. Les murs en pisé et composite pierre terre-argile crue - se sont mis à faire "mèche" . En 1996, il y avait du salpêtre dans la partie basse des murs et de l'humidité jusqu'au toit, deux niveaux plus haut.

Seule solution, enlever le béton - image de gauche - et refaire un sol en terre-battue

  Principes multitextuels : Le lien "terre-argile " mèneà l'encyclopédie Wikipédia donc au plus haut niveau de généricité.
Écran 3 Dans le sol d'origine retrouvé, les réseaux "modernes" sont installés dans des tranchées.
  Principes multitextuels :

Quand un texte ou une image ne nécessitent pas de précisions, il n'y a pas de liens ni externes ni internes.

3 bis La même pièce après travaux. Sur la terre battue, des tomettes à l'ancienne de la Tuilerie de Prony non-émaillées.
  Principes multitextuels : Lien vers le site du fournisseur. On voit la continuité qui peut exister entre l'Internet collaboratif "libre" et l'Internet marchand qui peut être riche en savoirs génériques.
Écran 4

La zone où se trouve la maison ayant une densité urbaine plus grande, impossible de prélever de la terre-argile locale.

Celle qui est trouvée comporte des pierres : il faut la tamiser.

On utilise un chargeur de type "bobcat".

  Principes multitextuels : Lien direct vers l'Internet marchand.
Écran 5 La terre tamisée est mélangée avec un peu de chaux puis étalée et "réglée" - ci-contre.

Séquence 3.3.1. : Une partie de chantier représentée en "bande dessinée"

La "géographie" de la multitextualité est résumée dans le schéma suivant.

 

Figure 3.3.1. : La multitextualité articulant WikiPédia - WP - et un grenier de savoirs multi-sites.

Un ensemble multitextuel résulte d'un projet d'articuler des documents de différents formats, tailles, etc. en un ensemble cohérent. Les documents ne sont pas nécessairement sur un nombre limité de sites - ici on a les greniers de savoir sous-ensemble du grenier de savoirs GS1, 2 et 3.

  Une règle WikiPédia est d'avoir un maximum d'inter-liens
  Lorsqu'une information est moins "objective" elle peut être mise dans une fiche complémentaire à l'article WikiPédia
  La fiche peut faire référence à une publication Cette dernière est, par exemple, sur le site de l'auteur/chercheur GS2
  Lien à double sens entre du générique - WP - et du plus spécifique - publication.
  L'auteur met en relation son mémoire et ses publications ou celles des collègues
  Le lexique du mémoire renvoie à des articles de WikiPédia
  Ce que l'on nommait "annexes" dans l'épistémè précédent est maintenant organisé en fiches autonomes

Commentaire des liens de la figure 3.3.1.

 

3.3.5. Multitextualité et transtextualité

Dans certains cas, la multitextualité remplace la transtextualité. On propose au lecteur "d'aller voir" un texte plutôt que de le recopier. Les deux procédés sont complémentaires.

3.3.6. L'ensemble multitextuel aujourd'hui et demain

Au bon vieux temps du document papier et de la machine à écrire, on ne pouvait décemment pas demander à un auteur de copier des volumes de citations. Les citations étaient limitées à leur cœur, à leur essentiel. Avec la présence de textes scientifiques sur l'Internet, les habitudes peuvent changer. Par exemple, dans la partie théorique, j'ai mis de longues citations in extenso de Jacques Ardoino et Guy Berger (1997) dont je n'aurais pris que le cœur "avant". Cette facilité est trompeuse. Elle nécessite une bien plus grande attention à l'intégralité du texte cité, à ses implications, etc.. Avec la multitextualité, la "puissance" augmente. En amont les sources accessibles et citables sont nombreuses, en aval des liens peuvent être créés vers des extensions du texte. Par exemple, dans les deux "petits" ensembles multitextuels de ma recherche, il y a des milliers de liens aval.

    Il faut :
  • les "fabriquer" avec toutes les questions de coordination de vocabulaire, etc. que cela suppose,
  • les maintenir - par exemple le passage de centaines de fichiers vers Hypermoderne.com a demandé la vérification de centaines de liens.

Les auteurs qui jouent le jeu de la multitextualité mettent des liens depuis leurs documents vers les miens.

Il est certain que nous sommes dans une situation intermédiaire où les idées vont plus vite que les outils. Demain, il y aura des outils pour vérifier les liens "entre sites" et autres cohérences des systèmes multitextuels, pour l'instant c'est fait à la main.

Transition

Matrice 3.3.1. : Les trois premières graphies.

Nous avons donc vu quelques éléments de l'épistémè hypermoderne qui importent pour comprendre les dynamiques étudiées. Ensuite la guipographie nous a permis de voir en particulier le rôle du "passeur de savoirs". Ici nous avons vu les langages et dynamiques langagières. On voit déjà que tout système de découpage est artificiel par rapport au réel dont il extrait des éléments. Par exemple, le langage est l'outil du passeur, la dynamique langagière est typique de l'épistémè ce qui est aussi le cas du rôle de passeur. Un texte n'est donc jamais purement "épistémographique", "guipographique", etc.. Chaque chapitre est comme une diapositive qui ne comporterait qu'une partie des couleurs du paysage. Le projet est de permettre au lecteur de "superposer les diapositives", de voir, en même temps "un passeur avec un langage dans un épistémè". Le propos de la médiographie que nous allons aborder maintenant est justement ce "voir ensemble" les dynamiques techniques et humaines et leurs corrélations.

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3.4. Médiographie

3.4. Médiographie

En septembre 2004 j'ai repris des activités d'enseignement. Je pensais que le décalage de génération - les étudiants ont environ dix ans de moins que mes enfants - ferait de moi le "has been" de l'art d'être branché.

A mon grand étonnement, j'ai trouvé de nombreux jeunes adultes branchés "au strict minimum" de l'échange de courriels. Sept années de pratique assidue de l'Internet faisaient de moi le plus "branché". Cela en soi n'est pas particulièrement intéressant, pas plus qu'une performance sportive locale. Où cela devient plus interpellant c'est que nous ne vivons pas, ces étudiants et moi dans le même épistémè. Et l'on se rappelle que l'épistémè c'est la vision du monde : nous ne voyons pas le monde de la même façon.

A partir de cette observation, il serait intéressant de préciser quelles sont ces différences de vision du monde. Car les observations faites dans la salle de classe ne sont pas directement "parlantes". Des froncements de sourcils, des silences quand je décris telle projection dans le futur mais pas beaucoup plus. Un absentéisme assidu du système de diffusion de documents en ligne et de travail collaboratif. Il va donc falloir procéder par rapprochements, similitudes, etc..

Pour explorer une situation, Quintilien, auteur ibérico-latin du premier siècle développe le fameux Quis, quid, ubi, quibus, auxiliis, cur, quomodo, quando : Qui, quoi, où, par quels moyens, pourquoi, comment, quand ? Nous pouvons l'utiliser.

3.4.1. Quand ?

Voyons le rapport au temps des individus hypermodernes observés pendant ces années de recherche. Par exemple en se passionnant pour la construction en terre-argile crue ils ont une partie d'eux-même tournée vers le passé plus ou moins lointain.

Un participant de l'expérience Evhemere dont les initiales sont O.F. dit : "J'aurais voulu plus de choses sur les méthodes ancestrales ..." Sa demande est significative d'un besoin de bien des individus hypermodernes de se "rebrancher" sur leurs racines.

Si d'aventure un de nos participants veut "tourner le dos" à son passé réel ou mythique ce dernier lui "saute à la figure" de manière peut-être inattendue.

Par exemple, si l'on fait sur Googgle la requête "banale" "terre briques argile bâtir" on trouve des textes généraux sur la Bible et précisément deux textes. C'est d'une part Esaïe 61-66 et d'autre part le mythe de la Tour de Babèl.

(Note 3.4.1.)

On découvre que dans ce mythe les hommes sont nommés "fils du glèbeux" ce qui peut intriguer. La glèbe, glaise, argile c'est "adam" en hébreu. André Chouraqui (1989) traduit donc Adam par "le glèbeux". La terre c'est adamah. Un territoire c'est adami.

La place de l'argile dans le mythe est donc extrêmement importante qui nous rappelle le long séjour des Hébreux en Mésopotamie, le pays de l'argile. Chacun peut constater la ressemblance de la tour de Babèl avec une ziggourat.

Le mythe : Babèl
Une pratique : Ur

Bâti 3.4.1. : Bâtir en briques de terre-argile, le mythe et la pratique.

 

3.4.2. Pourquoi ? Comment ?

A l'époque des livres rares, la Bible était le "best seller" et posait la question du "pourquoi ?" Pourquoi la création, pourquoi la souffrance, pourquoi le meurtre, pourquoi le désir mimétique, etc. ?

A l'époque du livre de poche, le "comment" occupe la place de choix dans les vitrines des libraires : comment construire sa maison, comment réparer sa voiture, comment élever son enfant, comment être mince, comment être séducteur, comment être riche, comment être en bonne santé, comment vivre vieux, comment domestiquer les orchidées, les batraciens ou les canaris. Pour le "comment" l'Internet est un sérieux concurent du livre de poche et aussi un vecteur de vente.

Les visiteurs du site sur la construction en terre-argile sont dans ce "comment", chacune de leur phrase en témoigne. Et c'est le rôle du grenier de savoirs et du passeur de les "tirer" du "comment ? vers le "pourquoi ?". En effet, si le "pourquoi ?" c'est comprendre la dynamique, les qualités "uniques" de la terre-argile, le "comment" ce sont les multiples choses que l'on peut faire à partir de ces qualités et toutes celles que l'on ne peut pas faire.

On voit le lien entre la pensée et le médium. La profusion des supports autorise l'exploration des "comment ?". Les humains se mettent à penser dans cet espace du comment. Mais les "vraies" réponses - i.e. celles qui sont efficaces pour être créatif avec la terre-argile - sont dans l'espace du "pourquoi ?" d'où l'émergence de la fonction "montante" du passeur. On remarque qu'à l'époque de la rareté des supports seules les valeurs et quelques histoires édifiantes pouvaient être publiées, le passeur avait de ce fait une fonction "descendante" d'expliquer comment traduire dans sa vie de tous les jours les préceptes généraux.

Aujourd'hui, on retrouve ce besoin de passeur "montant" dans les formations aux savoirs sur l'homme. Les participants aux formations en ligne ou en face à face ont lu quantité de textes, ont suivi des formations sur le comment du management de projet, de l'information des clients, de la communication avec les partenaires, etc..

Ils ont demandé des "recettes", on leur a donné des recettes mais comme le monde bouge, l'instution bouge, eux bougent les recettes sont rapidement hors sujet.

Il y a donc un besoin de savoir générique, de savoir en amont des recettes, de savoir pour fabriquer ses propres recettes.

Un nouveau profil de passeur est nécessaire qui "monte" vers des concepts génériques sur l'homme - qui a besoin de recettes et qui en fabrique -, sur le langage - qui permet de formuler le problème et de formuler la recette et sur le discours - comme articulation de l'homme et du langage. Concepts qui permettent aux participants (i) de faire le lien entre les modèles disparates (ii) d'avoir des concepts de "haut niveau" déclinables dans une multitude de situations.

3.4.3. Par quels moyens ?

La "vie de chantier" permet d'observer les relations des humains avec les non-humains.

Bien des humains "maltraitent" les non-humains. On utilise un tournevis comme levier, tournevis tordu. On fait tourner la visseuse trop vite, embout de vissage détruit. On charge trop le malaxeur, moteur "grillé".

Bien des humains préfèrent se briser le dos plutôt que d'utiliser l'util idoine. Le plan incliné est là sur le chantier ainsi que la poulie et le levier. Avec un bastaing on peut soulever 200 kg avec un doigt. Mais il faut "réfléchir", "ralentir" un instant pour préparer l'util, négocier avec le voisin qui prêtera le petit accessoire qui manque.

La médiologie fait l'hypothèse "la pensée évolue avec les médias" (Debray, 1991). Nous avons vu que les médias nous disent "tout" sur les utils en particulier. Mais l'impulsivité, la peur de l'introspection, la difficulté de communiquer avec les humains et les non-humains reste.

On "sait" qu'il faut mettre en place une barrière ou un filet de sécurité. On ne le fait pas. "On est des hommes et les hommes c'est fait pour prendre des risques." dit un acteur du chantier.

3.4.4. Où ?

Peter Sloterdijk (2002) propose un changement d'épistémè qui va du "qui suis-je ?" comme question première à "où suis-je ?" Lorsque mon voisin de file d'attente au supermarché reçoit un appel sur son portable, la première question à laquelle il doit répondre c'est "t'es où ?" Lorsque les participants échangent pendant l'expérience Evhemere, la question vient "tu est où ?" Lorsqu'un internaute découvre le grenier de savoirs, la question vient "où est l'auteur ?".

Les médias "délocalisent" la source du discours. Où est l'émetteur d'Europe 1 ? Où sont les studios de CNN ? Mais cela crée de l'inquiétude, consciente ou non. Le discours a besoin d'un "lieu d'où l'on parle" à la fois dans le réel et le symbolique. La psychanalyse fait partie des disciplines qui nous le rappelle. Le jeune de banlieue aussi me dis "t'es d'où toi ?"

Il faudrait développer le concept de "SMONI" - Sources Médiatiques d'Origine Non Identifiée - et analyser les deux versants de la croyance : "tout croire" de ce que déverse l'Internet, "ne rien croire" et penser le développement d'une pensée critique et d'un "savoir vérifier ses sources".

En attendant, on se replie sur la tribalité, on demande avis à son voisin. Lorsqu'un internaute interroge le grenier de savoirs et son passeur, les avis sont souvent mis en balance avec un avis de proximité. "Mon maçon", "mon maalem" dit que. Mise en balance étrange entre un savoir lointain de "spécialiste" écrit, illustré, documenté et un savoir proche oral de praticien.

3.4.5. Quoi ?

Le médium véhicule des mots qui désignent des humains, des non-humains et des concepts. Dans l'épistémè précédent, lire un texte sur un thème nouveau est "difficile" car le dictionnaire est rare, lourd, malaisé à consulter. Dans l'hypermodernité, le lecteur clique sur le lien qui le même directement à la définition du mot. Au pire il fait une requête via un moteur de recherche. Le mot "systémologie" n'est pas dans le dictionnaire, il est sur l'Internet. Le boustrophédon est décrit sur le papier comme "une écriture primitive dont les lignes allaient sans interruption de gauche à droite et de droite à gauche". Nous avons vu que c'est beaucoup plus riche que cela et le texte créé est sur l'Internet.http://fr.wikipedia.org/wiki/Boustroph%C3%A9don

Avant que la pensée de l'homme ne change, sa pratique du mot, du texte, du discours, de la langue change [hypothèse à travailler en particulier à partir de Leroi Gourhan (1980) en considérant le mot comme un "util" - Peter Sloterdijk (2002)]. Un grenier de savoirs comme un mémoire universitaire sans hyperliens vers un lexique local et des lexiques globaux sont des anachronismes. Il n'est plus acceptable de ne pouvoir répondre à la question "c'est quoi ?"

3.4.6. Qui ?

Le "qui suis-je?" est en perte de vitesse. Pascale Weil (1986) observait les premiers individus hypermodernes développer des personnalités multiples, hétérogènes. Difficile de dire "face à toi je suis un jeune cadre dynamique mais ce soir je serai un drag queen".

Sur un même chantier qui a duré quelques années on a vu un boulanger devenir charpentier, un maçon devenir animateur musical dans les écoles, un camelot devenir "roi des enduits à la chaux".

Sur le chantier on a vu un "multipraticien" qui, entre autre, est dyslexique. "Comment apprends-tu tous ces tours de mains ?" lui est-il demandé. "Je vais à Castorama, Leroy Merlin, au BHV, chez Monsieur Bricolage, etc. et je regarde les vidéos. Je vais chez les grossistes et je demande des notices. Je vais sur les chantiers et je regarde les compagnons travailler." De nouveaux espaces de médiation-médiatisation des savoirs ont émergé qui permettent à cet individu dyslexique de devenir "multipraticien" et de nourrir sa famille dans un monde où on vous dira que sans une bonne maîtrise de la lecture et de l'écriture "pas de salut".

Quelle est son "identité" ? Elle change selon les chantiers. Lorsqu'il réalise une terrasse en bois rond, il est charpentier. Lorsqu'il fait une cloison en briques il est maçon, etc.. Il fait partie d'une SCOP Société Coopérative Ouvrière de Production "multiservice" où ce sont des fonctions qui sont premières, pas des identités professionnelles.

  A B C
Terrassier x   x
Maçon   x  
Charpentier   x x
Menuisier x    

Matrice 3.4.1. : Quand l'identité a fait place à la multi-fonction

L'individu A est, selon les semaines terrassier ou menuisier, etc.. Nous avons vu qu'en amont ce sont les possibilités de médiation-médiatisation qui ont permis aux acteurs de se former.

En aval, c'est parce que la SCOP trouve ses clients "à distance" via l'Internet, le téléphone et les réseaux humains que la fonction peut primer sur l'identité.

Transition

Un monde avec de nouveaux médias est donc un monde avec de nouvelles pratiques qui créent de nouveaux hommes. La considération de cet "être ensemble" des humains, des non-humains, des concepts, etc. est le travail du systémologue. Nous ferons ici, modestement, une systémographie.

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5. Systémographie

3.5. Systémographie

"Comment tout cela tient-il ensemble ?" est la question du systémologue.

Non pas qu'il espère trouver "la" réponse. Mais il espère débusquer des incohérences qui auraient pu échapper à l'étape analytique.

On se rappelle également que le systémologue pense "en boucle". Son point de vue est donc à la fois à l'amont et à l'aval.

A l'amont, il fonctionne comme un principe de vigilance qui suit le chercheur tout au long de l'analyse, lui rappelant que s'il étudie deux axes et un plan, il y a d'autres axes et d'autres plans.

3.5.1. Le systémologue et le temps

Prenons un exemple.

Trièdre 3.5.1. : "humain, temps, util" : la route vers l'hypermodernité

Comme le suggèrent la médiologie et la guipologie nous partons de l'util. Lorsque l'util "imprimerie" apparaît il crée la fin d'un épistémè, le début d'un autre. Le temps n'est pas une donnée "naturelle". Si l'humain s'était arrêté d'évoluer à la Renaissance, la modernité, la postmodernité, l'hypermodernité n'auraient pas existé.

Nous serions toujours à la Renaissance, les fleurs en forme de cœur auraient toujours des vertus cardiaques (Foucault, 1966, p.42).

L'antiquité serait toujours la source de la sagesse, on citerait toujours les histoires édifiantes d'Hérodote : " Ayant rendu pour de l’argent une sentence injuste, Sisamnès avait été, sur ordre de Cambyse, égorgé, écorché de la tête aux pieds ; dans la peau arrachée de son corps Cambyse avait fait tailler des bandes de cuir qu’on avait tendues sur le siège où Sisamnès s’asseyait pour rendre la justice ; et, le siège une fois recouvert de ces bandes, il avait désigné pour être juge à la place de Sisamnès, qu’il avait fait mettre à mort et écorcher, le fils de Sisamnès, en lui commandant de se rappeler sur quel siège il était assis quand il rendait la justice " (image de la figure 2 en couverture d'Anzieu, 1985)

Oeuvre 3.5.1. : Le jugement de Cambyse (Gérard David 1498-99)

Remarque : Le systémologue tente de voir "tout" dans un épistémè. S'il s'intéresse à la Renaissance, il ne censure pas, par exemple, cette "image forte" de l'époque. Image représentative d'un épistémè mais qui peut, aujourd'hui, nous être "insoutenable" ce qui m'amène à traiter en noir et blanc et en flou l'image haute en couleurs.

Le systémologue, par son attachement au temps - Jacques Ardoino (1988) comme Edgar Morin (1988) le soulignent - évitent des contresens dont le plus courant est "le bon vieux temps". C'est donc l'homme qui, par ses inventions, par sa "civilisation", crée un temps où le bien-être évolue d'un pire - le jugement de Cambyse - à un "moins pire".

3.5.2. La pensée et la langue

En même temps qu'il crée le nouvel util et qu'il crée le temps, l'humain développe sa sensibilité. J'entends cela dans le sens d'un instrument de mesure "sensible". En effet, chaque fois que l'humain crée un nouvel util il crée une nouvelle métaphore possible, il crée une nouvelle division sur l'échelle des subtilités du langage et du discours.

Observons les métaphores employées dans le dialogue de l'expérience Evhemere.

  Métapheur Métaphrande
BT Cabine d'un Boeing Dispositif du grenier de savoirs
AD Décortiquer un fruit Dynamique d'une maison en terre-argile crue
AD Éplucher un légume Dialogue en ligne
AD Roue de secours Tableau de bord des échanges collaboratifs
JB Éclairage Conseils
JB Casse-pipe Évaluer l'expérience
JB Bordel Organisation du grenier de savoirs
JB Courants et remous Difficulté d'être passeur
JB Minotaure "Monstre" technique

Méta 3.5.1. : Les métaphores des participants à l'expérience Evhemere.

Il y a des métapheurs "végétaux" qu'auraient pu employer de lointains devanciers, il y a référence à l'antiquité, à la technique, aux lieux de risque et de plaisir.

La sensibilité du systémologue lui permet d'entendre cette polyphonie du sens.

3.5.3. Le chercheur comme systémologue

L'organisation du présent travail est-elle pensable sans un modèle systémologique ? Est-il pensable dans la modernité analytique, cloisonnante d'imaginer une heptagraphie ? Est-il pensable de "jouer" l'hybridation en ayant un mémoire en partie "comme un histoire linéaire" et en partie "comme un grenier de savoirs spatial" ?

Les centaines de liens vers la bibliographie ne sont-ils pas le résultat d'une sorte "d'idée fixe systémologique" ?

La systémologie n'est donc pas un idée loin du terrain. Comme nous l'avons dit c'est un des principes d'inquiétude qui joue à chaque instant. La systémographie est là pour rappeler cette dynamique qui est visible "partout" dans le travail.

Transition

L'objectif est ici de maintenir un équilibre entre la prise en compte de l'humain et celle du non-humain. Ce dernier, et en particulier les utils des NTIC seront évoqués maintenant dans la technographie.

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6. Technographie

3.6. Technographie

3.6.1. Fonctionner en anticipation et en boucle

Par ses dimensions à la fois pratiques et abstraites, l'usage des TIC nous apprend beaucoup sur la manière dont nous organisons notre pensée.

Avec les utils TIC, les choses se passent selon un mode où il y a à la fois du, "en anticipation", du "en parallèle" et du "en boucle".

Par exemple ce matin on me prête un appareil photo numérique (util 1). Il est accompagné de son logiciel de manipulation (util 2). Je le charge sur mon poste de travail (util 3) où j'ai un logiciel de retouche (util 4). Ce qui donnera des photos idoines pour installer sur le grenier de savoirs (util 5).

La première chose que j'observe est que je pense cette chaîne "à l'envers" (i) J'ai besoin de photos pour mon grenier de savoirs (ii) Il me faudra les "traiter" (iii) Il me faudra faire des prises de vue en fonction des possibilités de traitement.

Quelques semaines plus tard un observateur externe me voit par exemple réaliser la chaîne (i) je photographie la cathédrale de Burgos (ii) je fais la retouche (iii) je mets en ligne.

En réalité, dans ma tête (i) j'imagine l'image dont j'ai besoin (ii) je considère les possibilités du logiciel de retouche (iii) je fais la photo en conséquence.

   

Oeuvre 3.6.1. : La cathédrale "imaginée" et la cathédrale réelle avant retouches.

La photo a donc été faite avec le câble électrique positionné à un niveau de l'architecture où la retouche sera plus facile.

Cet exemple illustre comment le lecteur qui voudra se lancer dans une aventure de grenier de savoirs sera amené à fonctionner à la fois en anticipation et en boucle. Par exemple, il est impossible d'apprendre la plate-forme à distance sans un usage minima du poste de travail. Impossible d'apprendre à se servir du poste de travail comme "client" d'un site sans travailler sur ce dernier.

3.6.2. Le poste de travail

Lorsqu'on s'intéresser àla construction en terre-argile crue on peut rêver d'un poste de travail "alternatif" à base de logiciel libre. C'est sans appel impossible car le logiciel central du travail est DreamWeaver et qu'il n'existe aucun équivalent dans le monde du libre.

Une "curiosité" consiste à dessiner avec Word. Peut être existe-t-il un outil équivalent où même meilleur. Mais n'oublions pas l'objectif (i) avoir dans le même dessin un tableau, des ovales, du texte et une photo (ii) gérer une palette de couleurs "simple" (1) (iii) gérer des formes de texte "WordArt (iv) faire une copie d'écran (v) la transformer au format PNG avec un logiciel "courant" (vi) lui donner la bonne taille. Cela donne les schémas que l'on a vu dans le mémoire. /episteme/schema.htm

(Note 3.6.1.)

Le navigateur choisi est FireFox avec quelques petits "défauts" qui font que parfois il faut revenir à Internet Explorer.

Comme dit par ailleurs, l'idéal serait une configuration multi écrans.

NTIC 3.6.1. : Le poste de travail multiécran "idéal"

Sachant que les écrans doivent être "en profondeur".

NTIC 3.6.2. : Écran juste au dessus du clavier

L'organisation des dossiers est "critique" bien qu'il soit difficile de dégager un modèle, en particulier par le classement des photos et schémas.

3.6.3. La plate-forme d'hébergement des sites

Une sorte de "standard" émerge avec LAMPJ pour Linux Apache MySQL PHP JavaScrip. Voir la fiche : /techne/poste_plateforme/plateforme.htm

3.6.4. SPIP et Wiki

 

Le collaboratif est en aval - annotation, etc.

HTML, PHP, JavaScript "maison"

Exemple : DiAnnot

/techne/diannot/DiAnnot.htm

Articles en parallèle, réactions aux articles

SPIP

/techne/poste_plateforme/SPIP.htm

Co-écriture

Wiki Ex : WikiPédia

/techne/wikipedia/wikipedia_liste.htm

NTIC 3.6.3. : Des objectifs et des utils-langages.

Le problème n'est pas, comme c'est souvent le cas, dans la technique mais dans la "main-d'œuvre". Pour réaliser un travail de co-écriture il faut soit des auteurs très auto-disciplinés soit des modérateurs.

Idem pour un travail de coédition avec SPIP.

Le GreDyCo est plutôt un travail à cœur "mono-auteur" avec des coréalisateurs qui sont venus s'articuler à posteriori. Il faut dire que l'objectif était assez équilibré entre la réflexion sur le contenu et celle sur l'indexation via Google, etc.. Il aurait fallu du temps pour former des auteurs aux "règles" ... qui étaient très mal connues au début du projet.

Transition

Une partie importante de la technographie a été réalisée sous forme d'articles autonomes qui sont dans la suite de la partie 3 nommée "Wiki".

Nous allons maintenant considérer brièvement les topoï de l'expérience.

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7. Topoïgraphie

3.7. Topoïgraphie

Dans l'hypermodernité, il est de rigueur de montrer le "making of" des films, etc..

Ici l'on peut, par exemple montrer un "brouillon" de schéma de topoï.

Topoï 3.7.1. : Un brouillon de schéma : les intersections des topoï.

Comme nous l'avons vu par ailleurs, le terrain et les concepts se sont co-construits au fil des quatre années de recherche. Il y a en ce sens une très grande symétrie entre les acteurs des trois topoï.

Il n'y a pas eu application d'un modèle de recherche à une situation de terrain. Le premier titre de la recherche commençait par le mot "systémologie". Le projet était donc clairement (i) de "couvrir" les topoï (ii) de laisser une méthode émerger dans la mesure où la définition de ce que pouvait être une systémologie n'avait été appliquée antérieurement qu'à une "desk-research" - travail sur discours de chercheurs. (Bois, 1999)

Et effectivement, par approximation successives, les "exigences" des topoï se sont dessinées.

Dans le topoï des humains de la terre-argile crue il y a eu à la fois des enthousiasmes et des retenues. Paradoxalement, il y a une solution commune aux deux cas : faire plus et mieux. En effet, il faut encourager les enthousiasmes et par exemple porter des articles sur WikiPédia, leur donner une visibilité perçue comme planétaire. Cela peut influencer un certain type de retenue de la famille "qui c'est ç'ui là qui bricole son grenier dans son coin ?"

Bien sûr, chaque "grandissement" du projet apporte son lot de nouvelles difficultés.

Dans le topoï des non-humains, il y a un point commun déjà souligné entre un tas de terre-argile crue et un tas de lignes de code informatique. Si l'humain considère vraiment le non-humain avec respect, en "écoute" les propos qui l'avertissent des difficultés et des opportunités alors des choses intéressantes peuvent être faite.

Sinon la maison sera bancale voire dangereuse, l'application informatique ne fonctionnera pas.

Dans le topoï des auteurs et chercheurs il y a des "blancs à la langue fourchue" selon l'expression de Bruno Latour (1991). "Ils ne font pas ce qu'ils disent qu'ils font". Sur le terrain ils pratiquent une hybridation effrénée, dans les colloques ils décrivent une vie de chercheur "purifiée". Il a fallu que j'écrive et présente quelques publications pour réaliser l'ampleur de cette réalité. Et enfin pouvoir dire que le présent travail est hybride, assume cette hybridation et que cela permet des "percées".

Transition

Le lecteur sera certainement frustré par la brièveté de ces propos. Mais le temps du chercheur n'est pas infiniment extensible et il faut bien abréger.

Nous ferons un point global avant de passer à la conclusion. 8heptagraphie.htm

 

8 Heptagraphie

3.8 Vers une heptagraphie collaborative

J'ai appliqué le modèle de l'heptagraphie au grenier de savoirs de manière "solitaire". En effet, le propre d'un travail universitaire est, pour l'instant, d'être une démarche individuelle.

3.8.1. L'heptagraphie collaborative globale de Wikipédia

Si l'on considèle que des encyclopédistes en train de rédiger un article "couvrent" les dimensions épistémique, langagières, technique, etc. du sujet de l'article on peut nommer leur travail "heptagraphie".

J'ai donc "jeté dans l'arène" de Wikipédia quelques articles pour voir les gains et les pertes d'une heptagraphie collaborative. Par exemple un article "épistémè" a été créé sur WikiPédia.

 

Document en ligne 3.8.1. : Article "épistémè" sur Wikipédia

On peut voir que l'article a été créé le 21 février, catégorisé le même jour par un autre contributeur puis que l'ISBN a été introduit par un troisième avec un lien vers l'article correspondant qui donne des sites de libraires. Un quatrième a ajouté la citation qui a ensuite été corrigée.

 

Document en ligne 3.8.2. : Le suivi des contributions à l'article

On voit l'immense différence avec un article créé sur un site individuel "pauvre".

L’épistémè est la conception du monde, la pratique du monde d’un groupe social, à une époque.Le concept d’épistémè est employé dans un sens plus large que le concept de paradigme.

Michel Foucault étudie les épistémès des époques successives – Renaissance, Age classique, Modernité – et suggère que nous sommes déjà dans un épistémè ultérieur. Cet épistémè peut porter le nom d’hypermodernité.

Il est intéressant de comparer les épistémès décrits par Michel Foucault avec les médiasphères décrites par la médiologie – logosphère, graphosphère, vidéosphère, webosphère.

Le terme est écrit «épistémè» - c’est en particulier le choix de Michel Foucault – mais aussi «épistémé» ou «épistémê».

Le terme d'épistémologie désigne l’étude des épistémès avec deux sens distincts, celui d’ «étude critique des sciences» et celui de «théorie de la connaissance» - à partir de l’emploi du terme dans le monde anglo-saxon.

Document en ligne 3.8.3. : Le texte initial tel qu'il serait resté sans l'outil Wikipédia

Se réalise ainsi une heptagraphie collaborative.

J'en attendai un gain bien plus important. De toute évidence, parmi les contributeurs actuels francophones à Wikipedia, il n'y a pas encore de passionné de l'épistémè.

Par contre, je viens de découvrir à l'instant qu'un article sur la "terre crue" articulé à celui que j'avais créé sur la "terre-argile" vient d'être mis en ligne. Bien qu'il ait été écrit "sous pseudonyme" le connaisseur en connait l'origine ce qui est souvent le cas pour les articles spécialisés. Créé le 10 août 2005, il n'a pas encore été amendé.

3.8.2. Heptagraphie collaborative en aval d'un mémoire de thèse

Matrice 3.8.1. : Heptagraphie collaborative

Si le présent mémoire a été réalisé sous forme de fichiers HTML/PHP ce n'est pas pour la simple visibilité de son auteur sur l'Internet.

C'est beaucoup plus pour que la matière travaillée puisse être reprise par d'autres chercheurs pour amendement et complément ou par des étudiants pour "nourrir" leur travail.

L'idéal sera, dans une étape ultérieure, de transformer l'essentiel du contenu du présent mémoire en "fiches" qui seront installées sur un wiki et pourrons ainsi faire l'objet d'un enrichissement colaboratif.

Dans cette attente, un certain nombre d'articles ont été créés qui ont vocation à être installés dans ce wiki. Le travail de leur création a permis d'explorer une partie des difficultés et les avantages de cette "mise en articles".

3.8.2.1. Articles de l'axe épistémographie

3.8.2.2. Articles de l'axe guipographie

3.8.2.3. Un article de l'axe logo-sémiographie

3.8.2.4. Articles de l'axe technographie

3.8.2.4.1. L'application DiAnnot de dialogue auteur-lecteur par l'annotation de document
3.8.2.4.2. Le site GoogleXpert.info pour la connaissance de Google

3.8.2.5. Un article sur la discipline Sic

         ../../les_articles/Sic/SIC.htm

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3.c. Pour conclure la partie 3

3.c. Pour conclure la partie 3

3.c.1. Quant à la forme

Le terme est clair, il s'agit de clore le travail.

Or, justement, l'idée du présent travail est qu'il soit plutôt un début qu'une fin. La vocation du GreSLAMED sur la construction en terre-argile est d'être installé sur une plate-forme de type Wiki, entrant ainsi dans une sorte de "vie éternelle". Bien sûr, il y aurait beaucoup à dire - sur plusieurs des axes de la philosophie - sur cette évolution de la technologie qui permet au discours d'avoir "l'éternel jeunesse".

La présente heptagraphie du GreSLAMED a aussi vocation à être installée sur une plate-forme de type wiki et à elle aussi entrer dans l'éternelle jeunesse. Et ainsi de suite pour la méthode du discours positif et la réflexion sur l'épistémè hypermoderne dans lequel tout cela devient possible.

Le sujet est d'actualité puisque l'ADBS organise des journées sur la diffusions électronique des thèses. http://www.adbs.fr/uploads/journees/3705_fr.php

Le thème de la thèse "modulaire" ne semble pas encore devoir y être évoqué.

3.c.2. Quant au modèle théorique

L'heptagraphie a-t-elle un avenir ? Le présent travail a-t-il montré autre chose que le fait de vouloir réaliser une heptagraphie est un travail "gigantesque" qui entre difficilement dans le temps dont dispose habituellement un doctorant ?

L'intérêt de l'heptagraphie est-il suffisant pour que l'on imagine qu'un jeune chercheur - ou un moins jeune - puisse faire un travail homogène sur cinq années - deux années de master et trois années de doctorat ?

L'heptagraphie n'est-elle pensable que pour un senior qui a derrière lui des années de lecture, d'expérimentation et d'articulation terrain-concept ?

Il faudrait faire une critique interne de l'heptagraphie. Mais justement cette critique interne demanderait encore du temps supplémentaire.

Les "révélations" des auteurs-piliers du présent travail - Foucault, Latour et Sloterdijk - sur ce qu'est un épistémè et sur ce que peut être un épistémè hypermoderne ou non-moderne vont-elles déboucher sur de nouvelles manières de construire le discours positif du chercheur ?

Le présent travail a-t-il tracé le début d'une voie ?

3.c.3. Quant à l'articulation du terrain et des concepts

Peut-on à la fois "voler haut" - au niveau de l'épistémè - et s'installer suffisamment dans l'empirie, dialoguer suffisamment avec les acteurs humains et non-humains du terrain ?

Le jeu interactif entre terrain et concept est-il plus productif que les approches antérieures montante - praxéographie - et descendantes - application d'un modèle à un terrain ?

Cette construction "live" de composite terrain-concept ne met-elle pas le chercheur dans une situation de solitude insoutenable ?

Que peut-on faire dans une discipline avec la juxtaposition de chercheurs porteurs de composites ?

3.c.4. Des questions sans réponses ?

Dans le modernisme, la passion partagée par les chercheurs était de trouver. L'évaluation de leur travail se faisait sur ce qu'ils avaient trouvé. Alors les discours complexes sur la "relativité" des découvertes n'étaient pas de mise. Il fallait purifier et affirmer.

L'hypermodernité étatisée semble obsédée par l'évaluation de "tout". Bruno Latour décrit des projets de recherche lancés par la fondation du Téléthon. Y-aura-t-il des acteurs assez audacieux pour à la fois ne pas jeter l'argent par les fenêtres et laisser des chercheurs chercher sans nécessairement trouver. Ou encore qui trouvent mais ne sont pas encore en mesure de "conscientiser" la vraie richesse ou non-richesse de leur apport ?

Le chercheur qui pratique la recherche chaude impliquée risquée décrite par Bruno Latour, est-il la bonne personne pour dire l'intérêt de son travail. Ne faut-il pas du temps pour passer du vivre chaud au penser froid de Peter Sloterdijk ? Peut-être le temps entre l'écrit du mémoire et la soutenance est justement le temps qui permettra ce "refroidissement".

3.c.5. Une conclusion "répartie"

Le mémoire étant d'abord fait pour être lu "par bout" quand il est découvert par un internaute via Google, chaque chapitre a comporté une "transition", chaque partie une "conclusion". La conclusion finale viendra donc s'ajouter à ces conclusions partielles.

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